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@eternal-melody
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Une Mexicaine, un sportif, un noir, un chinois, une vieille dingue, une Marocaine et une fille aux cheveux blancs entrent dans une laverie...
Cette blague n’a pas de chute. Et mon point de chute fut une crêperie quelques heures après les événements. D’où la photo. Je n’avais plus de photo de laverie en stock.
Samedi après-midi de début septembre. Il y a 10 jours que je me suis installée à Paris, et je commence à devoir ressortir des vêtements douteux du fond de mon étagère. Toutes les tenues sobres que je porte au travail ont atterri dans ma panière à linge. Il est temps que je me résigne à me rendre à la laverie, au risque de perdre ma couverture de fille bien comme il faut dimanche matin. Mon début de journée a consisté en un débat avec moi-même sur l’importance ou non d’embrasser les gens avec qui on s’adonne à diverses activités charnelles. Je n’arrive pas à me défaire de l’idée qu’il n’y a que les prostituées qu’on n’embrasse pas. Ou les gens que l’on trouve repoussants mais que l’on n’a pas la force de repousser. Que ce soit pour une raison ou pour l’autre, mon estime de moi-même vacille et je fais le chemin jusqu’au lavomatic les sourcils froncés. À cause de mes questionnements philosophiques, mais aussi parce que c’est, quand même, une sacrée corvée, quand on a toujours eu accès à une machine à laver... Tant pis, j’écouterai de la musique et j’ai un livre dans mon téléphone. Guère enchantée, j’entre dans l’endroit redouté au même moment qu’une petite brune qui a visiblement l’air aussi heureuse que moi d’être là . Un vague bonjour, et j’enfourne mon sac de linge dans une machine, mets ma lessive dans le compartiment réservé à cet effet et me dirige vers le terminal de paiement. Et merde. J’étais persuadée d’avoir retiré de l’argent hier, mais il n’en est rien. Je me retourne vers l’autre usagère et lui demande à toute vitesse si elle peut surveiller mon linge le temps que j’aille retirer de l’argent à côté. Elle me fait les gros yeux, et déclare en articulant chaque syllabe : “Encore une fois, je ne comprends pas très bien le français”. Je ne saisis pas bien le “encore une fois”, mais lui répète toutefois ma requête à grand renfort de mime ridicule. Elle me lance un regard légèrement exaspéré mais accepte gentiment. Quand je reviens, elle se débat avec des draps près d’un des gros modèles de lave-linge. Je lui donne un coup de main pour déchiffrer les indications de fonctionnement de la laverie, qu’elle juge bien trop compliquées pour rien. Très français, ça. Une fois ma machine lancée, je m’assois sur un banc au fond de la pièce, contre les sèche-linge dont la moitié affichent “hors service”, et remonte mon casque audio sur mes oreilles, pour une durée prévisionnelle de 46 minutes de lavage. Je ne sais plus si j’ai écouté ne serait-ce qu’une chanson en entier avant que le spectacle ne démarre. Sur fond de Mylène Farmer ft Sting, je vois l’étrangère pester et s’énerver contre le terminal de paiement. J’éteins la musique, me lève et la rejoins. L’appareil a avalé ses pièces sans les prendre en compte et ne veut pas les lui rendre. Nos efforts conjoints parviennent à lui faire recracher les deux tiers de la somme sans aucune logique apparente. Je lui conseille d’essayer de transférer son linge dans une plus petite machine et de réessayer, mais il en résulte la disparition de 4€ supplémentaires. J’apprends au détour de nos aventures que ma comparse est Mexicaine, qu’elle vient faire son master à Paris, et qu’elle est là parce qu’elle “n”aime pas la toute petite machine de son appartement”. Plus tard, elle me dira qu’au Mexique elle n’a jamais lavé son linge, qu’elle avait quelqu’un pour le faire à sa place. Comme la cuisine. Une femme étrange pénètre soudain dans la laverie. Elle n’a pas de sac de vêtements, une coupe de cheveux douteuse et porte des ballerines abîmées qu’elle ne cesse de remettre en place à deux mains. L’air de tout savoir, elle nous regarde de haut et me demande d’un ton agacé si je sais lire le français et si j’ai appelé le numéro d’urgence. Oui, deux fois. J’ai laissé deux messages sur le répondeur qui m’a accueillie directement à l’autre bout du fil. La vieille ahurie nous tient la jambe en débitant un tas d’inepties sur notre incapacité à faire fonctionner les machines. Elle finit par partir, convaincue de notre faiblesse d’esprit, et je traduis piteusement l’échange à la Mexicaine, qui s’en amuse. Je reprends ma place sur mon banc pendant qu’elle part faire les yeux doux au barman d’en face pour se laver les mains, qu’elle a pleines de lessive. On a chacune une fournée de linge qui tourne, rescapées des caprices du terminal de paiement. Un homme, de haute stature, à l’allure et au look sportifs entre un peu plus tard dans la laverie. Je le préviens d’emblée qu’une panne générale est en cours. L’air hagard, il enregistre l’information mais tourne dans la blanchisserie cinq bonnes minutes, sans rien faire, avant de se décider à aller voir ailleurs. Plus tard, un jeune homme noir vient transférer son linge d’une machine à un séchoir. J’hésite à le prévenir, mais suis curieuse de savoir si les sèche-linge fonctionnent. Je le laisse donc insérer ses pièces, en culpabilisant un peu, mais c’est “pour la science”. Fatalement, le problème se répète. Je lui explique la situation, et il appuie vigoureusement sur le bouton “retour monnaie” qu’on viole régulièrement depuis une demi heure. Chance du débutant ou geste expert, il parvient à obtenir plus d’argent qu’il n’en avait introduit dans l’engin. Grand prince, il tend le surplus à ma Mexicaine dont le bilan était toujours négatif. Sa gentillesse me surprend un peu et m’arrache un sourire. Malgré tout, la situation m’amuse et je me retiens péniblement de l’exprimer par respect de mes partenaires de galère. On discute tous les trois quand un asiatique fait son entrée dans le théâtre de nos déboires. Lui aussi vient sécher son linge. Lui aussi affiche un air hébété quand on lui annonce que ça ne va pas être possible. La propension des gens à avoir un temps de latence si important pour des questions si anodines me rend un peu perplexe. Ils perdent pied très vite... Je remercie la vie de m’avoir assez malmenée pour m’avoir appris à rebondir en un instant. Cependant, le temps de réflexion de ce dernier protagoniste n’aura pas été vain. Peu après que l’homme noir nous ait quittés, l’asiatique nous propose soudainement, avec un fort accent et un faible français, de nous guider jusqu’à une autre laverie, quand nos cycles de lavage seront terminés. Son regard est humble et il n’est pas difficile de deviner qu’il a du prendre son courage à deux mains pour vaincre sa timidité et formuler cette phrase. J’étais persuadée que je ne croiserais que des zombies à Paris, mais chaque jour s’attèle à me prouver que la capitale est pleine d’humanité. Mon cœur se réchauffe au fil de la journée. Et ce n’est pas fini. Dix minutes plus tard, notre drôle de troupe quitte la laverie et nous rejoignons en file indienne celle d’un concurrent, à quelques minutes. En sortant de chez moi, je n’avais pas l’intention de sécher mon linge. J’ai un étendoir (pardon, un tancarville - le correcteur orthographique de tumblr ne connaît pas le mot, tiens donc...-) et je comptais l’y entreposer. Mais je n’ai pas envie de quitter mes compagnons dans leurs aventures et change mes plans. La blanchisserie où l’on atterrit est toute petite, et son propriétaire est dans les lieux, en train de nettoyer ses appareils. Il me dira plus tard qu’il est là tous les jours, toute la journée. Ça paye, puisque tout fonctionne très bien. Il discute avec une habituée, une Marocaine très expressive qui raconte comme son fils, doux comme un agneau à la maison, “se bat dans des cages, un sport interdit en France”. Elle me touche, comme tous les autres aujourd’hui. J’aime la liberté de ses propos, la tendresse de ses paroles. Le patron nous aime bien, je crois. Il sort une boîte en métal et nous offre ses “biscuits faits maison. Allégés en sucre! Amande abricot”. Leur goût en soi n’a rien d’exceptionnel, mais ils bénéficient de la saveur puissante de la générosité qui les a conduits à nos bouches. Mon linge est vite sec, et je sens que nos péripéties arrivent à leur terme. Hier, à table, je faisais part à mes collègues de mon espagnol déclinant, faute de pratique. Aujourd’hui me sert une partenaire sur un plateau. C’est mon tour d’être courageuse, et de demander à la Mexicaine si ça lui dirait qu’on se revoit. La réaction de Paulina est plus qu’enthousiaste et elle insiste sur le fait qu’il faut qu’elle me paye un verre, dès ce soir. Finalement, je lui ai fait manger des crêpes. Mais c’est une autre histoire, pour demain.
J'ai d'abord vu sa nuque. Extrêmement pâle et parsemée de tâches. Alors que j'étais prise d'une drôle de fascination pour ce morceau de peau, elle a passé la main dans son cou pour en balayer une mèche qui s'échappait de son chignon. Un chignon assez gros, à l'arrondi parfait, entouré par son excédent de cheveux maintenu par de multiples épingles. “Détachés, ses cheveux doivent être très longs”, me suis-je prise à penser. En réponse à mon interrogation muette, elle a retiré les pinces une à une, puis l'élastique, puis… Le bun qui permettait à sa coiffure d'être si gonflée. Tricheuse. Je fantasmais doucement de voir tes cheveux dégringoler dans ton dos, et voilà qu'ils dépassent à peine tes épaules. Tant pis. J'ai reporté mon attention sur son visage, aux yeux bleus perçants et à la peau d’albâtre couverte du spectre d’une acné passée. Malgré ça, je la trouve très jolie. Elle a vite réuni sa crinière en un nouveau chignon bien plus lâche. Quel intérêt ? Est-ce qu'elle revient d'un rendez-vous, ne ressent plus le besoin d'être tirée à quatre épingles, et s’autorise enfin à respirer ? Est-ce que c’est le visage qu’elle affiche au travail qu’elle vient d’abandonner ? Je ne parviens pas à la quitter des yeux. Quand elle se lève pour descendre, comme par miracle à la même station que moi, mon regard s'attarde sur son corps élancé et je marque un arrêt avant de me souvenir que je dois moi aussi sortir de la rame. Je ne sais pas vraiment si c’est elle que je suis ou les panneaux qui mènent jusqu’à la deuxième ligne de métro que je dois emprunter. La même qu’elle, semble t-il. L’escalator est en panne et je fixe ses fesses malgré moi, alors qu’elle gravit les marches sous mon nez. Elle presse le pas et quelque chose dans sa démarche me dit qu’elle est agacée. Une fois sur le quai, elle se hâte jusqu’à son extrémité, loin de tout être humain. J’hésite, puis décide d’arrêter là cette étrange poursuite. Une fois assise, deux minutes plus tard, elle traîne encore dans mes pensées. Et une fois arrivée à ma destination finale, je ne peux m’empêcher de la chercher du regard au fond du train. Elle a disparu.
Ce soir j’ai allumé une bougie que je conservais précieusement intacte depuis 6 ans. Elle m’a suivie lors de 3 déménagements, jamais égarée, jamais consumée. Et tout à l’heure, au détour du déballage d’un carton, elle était là , bleue nuit et recouverte de son couvercle d’argent... Sans le moindre instant de réflexion, je l’ai posée sur ma table de nuit, suis allée chercher un briquet et ai mis le feu à la mèche. Pour la première fois de ma vie, j’ai découvert les effluves qu’elle dégage. Le reflet parfait de la flamme sur la cire liquide brûlante me fascine et je n’arrive pas à me résoudre à l’éteindre. C’est amusant, d’ailleurs. Le reflet est plus net que la flamme elle-même... Je ne suis pas sûre de ce que cette bougie représente. Elle faisait partie du coffret d’un parfum que j’aimais beaucoup, ce qui présageait donc une odeur délicieuse... J’en attendais tellement, peut-être, que je me la réservais pour un grand jour et l’économisais. Aujourd’hui, j’ai rangé des résidus de soirée, organisé un peu plus mon appartement et fait du shopping dans ma rue qui m’enchante. Rien de spécial. Si ce n’est la fragrance de souvenirs qui embaume désormais mon intérieur... “Féérie”, de Van Cleef & Arpels. Je me demande ce qu’on peut tirer de l’évolution des choix de parfum des gens. Je suis sûre que c’est révélateur. Je suis bien placée pour le savoir, j’ai deux parfums. Un pour les gens qui m’importent, et un juste histoire de sentir bon.
Minuit onze. Le sol tremble. Minuit dix-sept. Le sol tremble encore. D’ici quelques jours, la ligne de métro qui s’agite sous mon immeuble me bercera. Du moins, en cette première nuit parisienne, je l’espère.
23h31, mon nouveau voisin d’en face conseille un ami sur sa vie sexuelle par téléphone. J’aurais pu participer à la conversation tellement sa voix porte clairement jusqu’à mon lit. À la place, j’ai pris mon air le plus innocent, ouvert la fenêtre et lui ai fait remarquer d’une voix mal assurée qu’ “Il y a de l’écho”. Il a rougi, souri, levé le pouce et reculé gauchement dans le brouillard de son appartement. Et voilà , je suis gênée moi aussi. Je prends comme une défaite d’avoir dû intervenir. De ne pas avoir supporté ce paramètre de mes nouvelles conditions de vie. On se croisera bientôt sur le pallier, il aura honte, j’aurai l’air fier alors que mes pensées seront bien plus embarrassées que lui.
J’ai menti. Ce n’est pas ma première nuit, j’ai déménagé hier. Et fui le domicile à la première proposition de sortie venue. Puis j’ai évité d’y rentrer, en recevant une nouvelle proposition. Je me suis retrouvée dans un espace-temps parallèle, je crois. Une rue totalement sombre de la “ville lumière” et un de ses habitants plus qu’accueillant qui me tend un verre de sirop de citron avant même de me faire monter. Et s’inquiète d’avoir raté son effet parce que je ne trouve rien de mieux à lui dire que “avec du vrai citron, ce serait mieux”. J’ai du mal avec les gestes gentils, je n’ai pas l’habitude. Du coup tous ceux qui ont suivi ont reçu le même genre de réaction. Ça, ou une hésitation soutenue à  “abuser de son hospitalité”. J’aurais aimé lui dire, moi, que sa façon d’être est exceptionnelle et que sa confiance en lui exacerbée est presque justifiée. Que son sourire est une belle chose mais que ses yeux communiquent encore mieux ce qui lui traverse l’esprit. Que son crâne qui sonne creux est pourtant bien rempli. Qu’il a de quoi garder la tête haute et qu’il ne doit rien changer (si ce n’est apprendre à dire non). Que, vraiment, c’est impossible de lui souhaiter autre chose que de récupérer son bonheur, parce qu’il ne mérite que ça. Et que quand-même, une autre part plus égoïste de moi aurait voulu lui dire “à bientôt” plutôt que de se résigner avant même de passer la porte. Bonne chance.
Bonjour Paris. Continue à me décontenancer comme tu l’as fait en 24 heures. Tu me rends perplexe et m’embarrasse, mais je crois que j’apprécie. Je suis à l’image de mon appartement : vétuste, sans lumière au plafond, secoué en permanence mais à un carrefour qui fourmille de promesses.
Par pitié, ne “monte pas à Paname”
Au lycée, et les quelques années qui ont suivi, je me suis fâchée plusieurs fois avec des amis qui voulaient à tout prix “trouver un taf à Paname”. J’avais souvent l’occasion d’y aller, et l’idée qu’ils veuillent s’y installer m’atterrait.  Ils ne comprenaient pas ma désapprobation, et pensaient sans doute que je voulais conserver ma supériorité de fille “qui connaît bien la capitale”.  Que nenni. Mon désamour pour la ville lumière qui fait tant rêver provinciaux et étrangers est bien réel. Cette cité bouffe l’humanité des gens.
Ce soir, un samedi, j’ai pris le métro puis le RER pour rentrer. Entre 23 heures et minuit, au milieu des zombies. Les gens baissent tous les yeux, clignent à peine des paupières et leurs visages expriment peu de choses. Le pli se prend vite et je m’adapte aux us et coutumes locaux. Mais j’ai souvent durant mes trajets un sursaut de conscience, et je décide sciemment d’observer le “paysage”, donc les usagers. Sans insistance, sans fixer quiconque en particulier. Mais je les vois et enregistre leur existence dans mon esprit. Parfois, l’un d’eux croise mon regard. Presque à chaque fois, ils se figent, surpris... puis méfiants. “Que fait cette fille ? Elle ne paye pas de mine comme ça, mais maintenant que j’y pense, elle est un peu louche. Quel méfait va t-elle donc commettre à mon égard ? Elle me dévisage, c’est sûr, je suis sa prochaine victime. Vite, il faut que je détourne les yeux, elle n’est peut être pas encore décidée et mieux vaut que je ne me fasse pas plus remarquer !”
Ce climat de suspicion m’étouffe et m’attriste. Pauvre de vous, quels préjugés avez- vous d’enfoncés dans le crâne ? Quand avez-vous commencé à craindre le regard de votre prochain ? Si vous prêtiez vraiment attention au mien, vous n’y trouveriez que curiosité polie et intérêt latent. Modeste part d’humanité à laquelle je tiens.
Échec et rédemption
C'est fou, la puissance des sentiments amoureux. Comme une lampe de cent millions de watts braquée dans vos yeux, qui vous aveugle et vous prive de toute capacité de jugement. Ça vous fait construire des palais de cristal dans votre tête, dont chaque pièce reflète un énième fantasme dont l'acteur principal est l'objet de votre émoi. Il a beau vous avoir econduite, rien n'y fait, vous continuez d'arpenter votre château, y ajoutant des flèches acérées à l'architecture périlleuse, de plus en plus abracadabrante. Et puis un jour votre pyramide étincelante ne respecte plus les lois de la physique, vous vous en rendez compte et vous prenez peur. Il ne reste plus qu'à détruire votre œuvre avant qu'elle ne s'écroule et vous emporte avec elle. La tâche peut s'avérer ardue. Votre création fantaisiste cristallise tous vos espoirs, qu'il faut trouver le moyen d'annihiler. Et finalement, parfois le destin fait bien les choses. Il suffit de se reconnecter à la réalité et constater que votre aimé a commencé à construire une maison de plain pied avec quelqu'un d'autre, classique mais solide, et qu'il n'a que faire de votre sens artistique de la démesure. Votre joli palace devient tout à coup hideux et ridicule avant d'éclater, et vous ne savez plus où vous cacher. En pleine vue. C'est la meilleure solution. Avec un sourire, c'est encore mieux. L'air est plus frais en dehors de feu votre palais de sentiments macérés.
Alors que je savourais la ligne de basse d'un morceau tout juste découvert, en marchant dans la rue, je me suis souvenue pour la centième fois a quel point j'aime les sons graves. Rien ne m'apaise plus, rien ne résonne plus profondement en moi. Je sais, c'est une loi de la physique. Mais même. Fatalement, je me suis rappelé combien sa voix grave me faisait frissonner, combien son timbre m'envoutait. Je suis tombée amoureuse de la voix de basse qu'il utilise pour raconter ce qui lui tient a coeur, après être tombée amoureuse de son regard. Avant de tomber tout court. Mais dans cette rue, perdue dans ma mélancolie, je me suis aussi rendu compte que j'ai perdu le souvenir de sa voix. Impossible de l'entendre dans ma tête. Je le revois me dire qu'il m'aime pour la première fois, de façon très précise. Mais de sa bouche, aucun son ne sort. Ma cervelle a beau travailler a toute vitesse pour retrouver sa fréquence, elle s'en approche mais rien ne correspond vraiment. Je ne sais qu'en penser. Peut être que mon esprit sournois, qui projette des visions utopiques dans tous mes rêves, a finalement décidé de m'épargner des souffrances supplémentaires. Impossible de l'imaginer me rassurer ou me crier son désamour. Je ne peux me construire de fantaisie sciemment. Mais les mauvais rêves m'assaillent toujours. Et l'odeur de son parfum perdure, ne se détache pas de mes narines. Elle s'y accroche, comme un relent putride passé par le mauvais conduit. Cette fragrance épicée et sucrée qui m'enivrait me monte désormais a la tête.
À l’aube du troisième jour
On a grimpĂ© les marches des trois Ă©tages qui mènent Ă son appartement. Lui, moi et derrière, les autres invitĂ©s de la soirĂ©e. Il n’était pas enchantĂ© que je sois la première Ă le suivre. Moi, je n’avais pas la moindre idĂ©e de ce que je faisais lĂ .. AttirĂ©e comme un aimant, c’est bien la seule explication. La nuit avait commencĂ© ailleurs, et je n’avais pas croisĂ© son regard une seule fois. Pas la force. Jusqu’à ce qu’il glisse la grosse clĂ© cuivrĂ©e dans sa serrure et se tourne vers moi avant d’ouvrir sa porte.Â
Et pour la deuxième fois, la magie opère alors que ses yeux verts et jaunes et bleus et marrons et merveilleux se verrouillent dans les miens. Dans un même élan, nous nous enlaçons, nous nous embrassons. Impossible de dire de qui vient l’initiative, et ça n’a pas d’importance. Nous ne sommes qu’un et rien n’existe autour. Les autres qui s’impatientent dans l’escalier ne représentent rien.
“Ce qui compte, c’est toi et moi.”
Et puis je me suis rĂ©veillĂ©e. Et mon cĹ“ur s’est brisĂ© une nouvelle fois, sans que j’aie rien demandĂ©. Je ne suis pas quelqu’un qui rĂŞve. Du moins, je ne me souviens presque que de mes cauchemars, et quand je m’en extirpe je m’accroche Ă la rĂ©alitĂ© et Ă©vite Ă tout prix de me rendormir. Cette fois ci, j’ai maudit mon rĂ©veil comme rarement dans ma vie. Ce n’est pas que j’aurais voulu rester coincĂ©e dans ce rĂŞve. PlutĂ´t qu’il n’ait jamais pris place dans mon crâne. Je m’en sortais bien jusque lĂ , avec ma tĂŞte dans le sable et mes fausses convictions que tout va de mieux en mieux pour moi. Pas une larme n’a coulĂ© depuis bien.. 3 jours. Aujourd’hui je vacille.Â
“Mon cœur te crie je t’aime, à chaque fois qu’il bat” Plus je m’enfonce... et plus mes références musicales suivent le mouvement.
Sur les dents
“Futuroscope. Valentin. Valentin. Valentin. Coup de foudre. Hellfest. Je suis passé chez Sosh.”
J'ai entendu tout ça aujourd'hui, et j'ai serré les dents. Je les ai serrées fort. Et j'ai ravalé ma bile entre mes dents serrées.
J'ai pleuré en silence aujourd'hui, et j'ai serré les dents. Je les ai serrées fort. Et j'ai ravalé mes sanglots entre mes dents serrées.
J'ai failli tout envoyer valser aujourd'hui, et j'ai serré les dents. Je les ai serrées fort. Et j'ai ravalé ma faiblesse entre mes dents serrées.
Il y avait un énorme cœur dessiné à l'extérieur de la vitre de mon train du retour. Je ne pouvais rien faire pour l'effacer. Il fallait regarder à travers le gros cœur pour calmer mon cœur gros en fixant l'horizon. Mes trajets du jour m'ont redonné une leçon de self contrôle. Et puis j'ai poussé la porte de chez moi, et tout repris dans les dents.
Les yeux rivés sur les étoiles de mon plafond Mon coeur nauséeux tangue, mon âme est agitée De l'eau de mer emplit peu à peu mes oreilles.
(via https://www.youtube.com/watch?v=Q0QBzX7zZBw)
Help, I have done it again I have been here many times before Hurt myself again today And the worst part is there's no one else to blame
Écouter des trucs. Écrire des trucs. Me vider la tête. La remplir d’autre chose. Aller de l’avant. Si je m’enferme dans ma douleur, rien de bon ne ressurgira. Mon seul devoir, c’est de m’autoriser à être heureuse. J’ai utilisé mon coup de fil à un ami, et il m’a dit “Je pense que toi et moi on a besoin de drame dans nos vies”. Charmant n’est-ce pas ? J’ai pas envie putain, putain, putain. C’est pas ça mon idéal. Je ne veux pas non plus que ce soit mon destin. On m’a rabâché toute ma vie que les chiens ne font pas des chats et que je reproduirais les schémas de ma famille. Quels exemples est-ce que j’ai eus ?
Puis j’ai pas envie de stigmatiser mon ascendance non plus. Je devrais raconter autre chose que ma vie.
Je devrais dormir. Il est 21h23 (belle heure), et je devrais dormir, pour me réveiller dans 2 heures et aller au cinéma. Je me suis couchée, sur le ventre, et j'ai tente d'ecraser cette horrible boule qui s'est installée dans mon estomac ce midi. J'ai beau appuyer contre le matelas, rien n'y fait... Elle est la, bouge un peu de temps en temps, ronronne, et m'handicape. J'étais handicapée avant, cela dit. C'est bien parce que je suis handicapée, de base, qu'elle a eu l'occasion de se réinstaller. A cause de cette maladie insidieuse qui me pousse a saboter tout ce qui pourrait me rendre heureuse. Il faut dire que je ne l'avais pas vu venir, cette fois, la tentative du destin pour améliorer mon quotidien. Le fourbe me l'a balance a la tronche, du genre "demerde toi !". Sans mode d'emploi, sans préparer le terrain. Comme si j'allais y croire, accepter le fait accompli ! Non monsieur, moi je vais d'abord tenter de démolir ce début d'espoir par tous les moyens possibles, et s'il tient encore debout après, je lui laisserai peut-être une chance. Mais y a que les scorpions et les cafards qui résistent aux bombes nucléaires. Et moi j'avais affaire a... Je ne sais pas. Une sorte d'alter ego, en beaucoup plus grand, avec des yeux plus vifs, constellés d'un milliard d'univers. Je n'aime pas specialement fixer les gens dans les yeux indefiniment. J'aime me plonger dans ceux la. Je ne dois plus compter la dessus. Mon bulldozer a fait son oeuvre. Je dois attendre ma sentence, et je suis absolument nulle a ce jeu la. Attendre. S'il reste un espoir, je vais le faire sauter en beaute. Chaque heure qui passe, la saloperie de boule au creux de mes entrailles me suggere une nouvelle idee stupide. "Dis lui qu'il te manque !" "Dis lui a quel point tu as peur !" "Dis lui que tu sais que tout est perdu !" "Va te pointer devant chez lui, peut-etre qu'il sera touche de l'attention !" "Poste un tas de trucs depressifs sur facebook pour qu'il voit comme tu es mal." "Poste un tas de trucs super gais pour lui montrer que tu vis tout ca super sereinement !" TA GUEULE MARION. Tu viens de recevoir un "Je ne crois plus en grand chose". Eteins.
“Et si par mégarde un jour tu m’aimes, surtout tu me le dis pas
- Et si je te le dis dans un an, tu fuis ?
- Non.
- Ne me dis jamais je t’aime pour ma part, même dans un an.”
Je suis une naufragée des sentiments, et s’il est une chose que je déteste, ce sont mes trajets en train les dimanches et jours fériés. Exit les business man en costume, bonjour les couples niaiseux qui montent à “Paname” passer du temps en amoureux. Et qu’on se papouille dans le TGV, et qu’on se bave dessus, et qu’on se lance des regards de mérous. Vraiment, ça me file la gerbe. Zéro jalousie derrière. Je sais juste que vous allez vous casser la gueule. Dilapidez vite vos démonstrations d’affection gluantes et ne gardez rien que du mépris pour plus tard. C’est drôle parce qu’il y a un peu moins d’un an j’ai passé quelques jours à Paris avec mon amoureux. Le cliché ne m’a pas échappé à ce moment là non plus et la gêne n’est jamais vraiment partie. J’ai eu l’impression de jouer au parfait petit couple, de rentrer dans un rôle mignon qui ne me correspondra jamais. Je sais maintenant que je n’ai jamais été complètement dingue de lui, et j’ai peur pour l’avenir. Est-ce que je le serai à nouveau un jour ? Est-ce que je vais trouver quelqu’un de compatible avec mes humeurs ? Avec le paradoxe abyssal entre ma tendresse physique et mon incapacité à exprimer des sentiments ? Est-ce que je les ressens, d’ailleurs ? Je n’en ai plus la moindre idée. Chaque geste tendre qui émane de quelqu’un envers moi me brise le coeur, et pas d’une bonne façon. Tout mon être les rejette. Et je creuse et je creuse dans ma tête, et je ne trouve pas de raison. Je pourrais me dire que c’est parce que je suis convaincue que je ne le mérite pas, mais mon estime de moi n’est pas si terrible. Alors rien, mon corps m’envoie des signaux mais je n’ai rien pour les décoder.
Et puis j’ai divagué, putain. Je voulais dire que je déteste aussi les gens du dimanche soir, ceux qui se séparent sur le quai et donnent l’impression de devoir faire un deuil à chaque fois, toutes les semaines. Monter dans son wagon le dimanche soir revient à slalomer entre des couples éplorés, et j’en suis presque à m’excuser de devoir les séparer le temps de passer la porte, pendant qu’ils tentent de ne faire qu’un et qu’il en résulte une masse immonde. Et puis merde je suis de mauvaise humeur maintenant, et je ne finirai jamais cette réflexion.
Ça fait plus de deux ans que je n’ai rien écrit ici. Ni nulle part. Ah si, j’ai envoyé des lettres. C’est bien, les lettres. C’est plus tangible qu’une page web, ça laisse une trace si on le décide, mais ça peut tout aussi bien disparaître. Une fois brûlée, pfiut. Plus rien dans le cache ou dans les fichiers de la NSA. Du coup, voilà . Quelques personnes, s’ils ne les ont pas déchiquetées ou faites manger à leurs chiens, possèdent des preuves de mon humanité qui datent de ces deux dernières années. J’espère qu’ils ont conscience de la rareté de la chose et qu’ils la chérissent un minimum. Enfin je m’en fiche... peut être. Ces lettres ont toutes eu pour but de me délester de quelque chose. Pas de raison de m’y accrocher. Merci au revoir, pas d’adresse d’expéditeur à qui envoyer une réclamation. C’est lâche, maintenant que j’y pense. Mais est-ce que ça l’est plus que de s’épancher sur un blog dont 3 personnes et demi connaissent l’existence ?
J’ai un drôle de bilan à faire de ces deux ans. Rien de reluisant, j’en ai peur. J’ai quintuplé mes “expériences” durant ce laps de temps, au cours duquel figure cependant une relation abstinente de 6 mois. C’est risible. Pas la relation - j’ai suffisamment essayé- , mais l’ensemble. Je fais tout à l’envers. C’est drôle.
Et puis, hier, Elle m’a dit : “Allez, vas y, il est temps que t’arrêtes tout ça, c’est pas toi.” Peut être qu’elle sait qui je suis, Elle. Moi, je lui demandais juste quelle sensation ça fait d’embrasser un garçon avec un piercing à la langue. Depuis, j’ai eu l’occasion de constater que notre avis sur la chose diffère totalement. C’est con, elle était anodine, cette question. Mais je suis contente de l’avoir posée. Surtout, d’avoir eu envie de le faire. Qu’elle m’ait trotté dans la tête pendant 3 jours. D’avoir rongé mon frein avant d’aller chercher ma propre réponse. Y a que comme ça que ça peut fonctionner. Me présenter les choses sur un plateau ça ne marche pas. Du tout. Pardon.
Du coup tant pis si j’entraîne quelqu’un d’autre dans ma frustration, mais j’en ai besoin pour avancer. J’ai l’envie d’avoir envie. Qu’on rallume ma vie.
J’ai oublié mes rêves et les mercis.