Keny Arkana - L'Ordre Mondial
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Keny Arkana - L'Ordre Mondial
Keny Arkana - L'Ordre Mondial
Contrairement à ce qu’elle affirme ici, elle n’est pas l’ordre mondial. Non, elle est tout le contraire. Et vous l’aurez deviné, Keny Arkana enfile le costume du diable pour quelques minutes seulement. Ni ange, ni démon, elle affirme son humanité. Cette chose innée qui disparait de plus en plus tôt à travers les conditionnements. Fracasser l’enfance, défendre le capital et la méritocratie. Il est interdit de rêver, les chiffres ont la parole. Keny, avant de se faire tuer, n’a qu’un projet : rendre le pouvoir aux peuples. Le boulot est long mais elle s’y attelle depuis quelques années déjà .
Née à Boulogne-Billancourt en 1982, elle quitte rapidement les Hauts pour descendre en bas de la Seine, à Marseille. Maintenant, chope un double décimètre, dépose une belle trace de merde dessus, et commence à sniffer. Jeune fugueuse, elle est placée à onze ans en foyer. Entre juges pour enfants et éducateurs, on pousse plus vite il parait…Avec Je Me Barre et Eh Connard, elle nous décrit ces quelques années de plaisir intense. Un plaisir qu’elle a réussi, par sa force, à transcender. On imagine facilement la joie de grandir entre quatre murs. A force de subir, on doit canaliser et trouver un échappatoire. Douze ans et des premiers textes plein de tripes. Exploration de l’underground, les caves ont le micro entre les mains. Un premier maxi avec son collectif Etat Major, une rampe de lancement, et la femme canon arrive en solo dès 2003.
Le Missile Est Lancé, une première œuvre concise mais agressive. Et notre enturbannée commence à se mouvoir dans l’impossible à encarter. Il est vrai que lorsqu’on évoque Keny Arkana, on a tendance à apposer militantisme à son blaze, à juste titre d’ailleurs. Mais ça n’empêche que son combat est si large qu’il serait insultant de vouloir le résumer à une étiquette. Altermondialiste ? Anticapitaliste ? Anarchiste ? Anticolonialiste ? Ces mots ont un poids sévère. Elle se les approprient sur le terrain et respire pour que le vivant l’emporte. Fille du mouvement Zapatiste, du panafricanisme et de l’écologie, Keny décide de retranscrire ses idéaux sur le terrain (voir le documentaire Un Autre Monde Est Possible – 2006). Afrique, Amérique du Sud, elle voyage, agit ; refuse la prostitution médiatique, impose à elle-même la présence sur les Zones A Défendre (ZAD), sans fioritures, avec toute l’humilité qui la caractérise.
Depuis 2004, elle a créé avec d’autres artistes (David Gabriel, Akadak, MC Ray etc.) le mouvement phare de sa lutte : La Rage Du Peuple. Elle chante pour le développement local, la fin du désordre global et le retour du social. Son morceau La Rage, entre autres, lui a permis de développer ses idées auprès du grand public. Princesse de la désobéissance civile, sa musique sert l’essence même de son cœur. Elle, la spirituelle, l’humaniste. A l’aide de ses deux opus studio Entre Ciment Et Belle Etoile (2006) et Tout Tourne Autour Du Soleil (2012) et de quelques street-albums, on découvre une œuvre solide, cohérente et plein de sincérité. L’indignation au service du Rap. A déplorer à mon sens, quelques instrus trop actuelles. Pas d’autotune, mais des rythmiques parfois trop « Skyrock ». Ses titres peuvent être aussi bien poétiques que violents. En tout cas, ça ne laisse jamais indifférent : L’Ordre Mondial en est un bon exemple. En résumé, la fille du vent qui résiste à la puissance des multinationales et appelle à nettoyer les institutions au Kärcher, c’est Keny Arkana.
La Rabia Del Pueblo !
Enjoy & Keep The Funk !
Petibois
Acid Bath - Scream Of The Butterfly
Acid Bath - Scream Of The Butterfly
Je vais vous conter l’histoire d’un groupe disparu, oublié. De ces groupes qui auraient dû vivre légende mais sont morts dans une seringue. Acid Bath, ou l’incarnation des névroses. Le tableau commence à s’esquisser dans les années 1990, en Louisiane. Dark Karnival et Gorgotha, deux groupes de Sludge Metal méconnus se rencontrent et s’accouplent. Un bébé mort né est expulsé des méandres de la musique. Daxs Riggs au chant, la voix symbolique d’un monument regretté. Mike Sanchez et Sammy Pierre Duet à la gratte. Audie Pitre et Joseph Fontenot se relayaient à la basse. Tommy Violator à la batterie et claviers. Il fut remplacé plus tard par Jimmy Kyle.
L’année 1991 bat son plein, et le monde du Grunge n’a qu’à bien se tenir. D’un avant-gardisme rare, la créativité d’Acid Bath nous plonge dans un univers singulier, totalement vide de repères. Monde qui correspondait à Dax Riggs. Lui, dont les paroles traduisaient son mal être. Une obsession pour la mort, la maladie mentale, la prise de drogue…Il ira même jusqu’à revendiquer sa misanthropie. Adepte des œuvres savoureuses de Frank Miller et Jim Morrison, les thèmes abordés nous plongent dans une prise de LSD agrémentée de fortes pulsions morbides. Imagination et réincarnation nous soulèvent et ôtent à la vie ce qu’elle a de malsain. Exorciser le mauvais pour ne retenir, dans les faits, que le bon. Peut-être est-ce cela que Riggs veut nous dire. Un appel à l’aide des plus poétiques.
Le concret se fera sentir en 1994 après quelques démos. When The Kite Sring Pops, premier opus d’Acid Bath. Entre Stoner et Doom Metal, la formation aime à se qualifier de Deathrock. Pour ce qui est de l’esprit morbide, c’est sûr. Personnellement, j’ai plus de mal à considérer le Rock ici. Selon moi, ces sonorités techniques et grasses nous ensevelissent davantage sous un amas de brutal. A la même époque, le Trash sévissait. Et pourtant, ici, on a un parfait mélange de Pantera, Carcass et Nirvana. Du Sludge Metal à la Phil Anselmo & The Illegals, mais vingt ans plus tôt. Et puis cette voix…Des back voices, mais le leader sait sublimer tout ça. Un coup en haut, un coup en bas. Ne jamais oublier que c’est cet organe le premier instrument des êtres. Plus tard, en 1996, un second album (Paegan Terrorism Tactics) encore plus violent verra le jour, complété de quelques démos inédites publiées en 2005. Le charme opère toujours…Mais depuis, le groupe s’est éteint. Un accident de voiture a emporté l’une des âmes du groupe en 1997, Audie Pitre, le bassiste principal. Incapables de continuer à créer après le deuil, Acid Bath préfèrera mettre un terme à sa création. Une fin regrettable pour un groupe qui aurait dû être connu de tous. Hier stars, aujourd’hui enterrés.
Pour illustrer la sensibilité de ces américains, rien de mieux qu’une power ballade des plus bouleversante. Scream Of The Butterfly sorti en 1994 sur le premier album du groupe…un morceau qui pourrait se résumer en une larme de sang. Pour certains, elle rend hommage à Jim Morrison et aux voyages d’acide. Mais la prose nous dit des choses bien plus profondes. Un avortement, la fin d’une vie naissante. Belle jeune fille violée par son père, et la fin des idées parentales. Tuer ces préceptes, tuer la symbolique des géniteurs pour affirmer sa vie. Le cri sourd d’un papillon qui brise sa chrysalide. La violence du mutisme qui se transcende et parvient à expier la culpabilité. Un dilemme, le meurtre ou le suicide. L’enfant monstre qui est né de l’inceste n’a pu voir le jour, l’horreur est partout…Et ça devient beau. Lorsqu’il nous le raconte, cette fin est divine. Où est l’échappatoire pour la jeune fille qui n’a rien pu vivre d’autre que la torture ? Nulle part.
Enjoy & Keep The Funk !
Petibois
D'Angelo - Sugah Daddy
D'Angelo - Sugah Daddy
Aujourd’hui, le phénomène Di Angelo fait son grand retour. Une énorme bombe qui va laisser plus d’un cratère dans le bitume. Nous sommes le 15 décembre 2014, et après quatorze années d’absence et de turbulences, l’ange déchu de la Soul  s’exprime à nouveau. Et ce, pour notre plus grand plaisir.
Deux ans, il aura fallu deux ans de vie à ce mec pour se mettre à prendre des cours de chant. A l’heure où on se fait torcher le fion par mamie, le baby « D » s’en allait déjà quérir la gloire. Et il allait faire sensation le gosse. A quinze ans, entre deux explosions de spots, il décide de faire de la musique son métier. C’est ce qui s’appelle avoir confiance et suivre sa destiné. Tout au feeling et vas y que je te balance les livres scolaires. Pourquoi pas après tout. First album en 1995, c’est Brown Sugar et ça peut être monté en monument je pense. De la Nu Soul à la Maxwell, qui finira disque de platine, notamment grâce aux singles Brown Sugar et Lady. Compliments, ovations, caresses et autres courbettes vont élever D’Angelo au rang d’artiste de génie. Inspiré de Marvin Gaye et de Sly et sa family toute Stone, le disque tourne à la perfection. A l’écouter, on pourrait croire à du Prince tellement c’est hors du commun. Entre Gospel  et Hip-Hop.
Du coup, quitte à être lancé, autant continuer à grimper. D’Angelo quitte EMI et signe chez Virgin Records. L’occasion pour lui d’ajouter à la belle liste de producteurs (Raphael Saadiq, Questlove), un mec comme DJ Premier. On est en 2000, et Voodoo sort dans les bacs. Rapidement classé parmi les cinq cent meilleurs albums de tous les temps par le mag Rolling Stone, cette deuxième œuvre est aujourd’hui considérée comme un pilier de la musique actuelle. Il n’y a qu’à écouter le vibrant morceau hommage à Jimi Hendrix et Prince Untitled (HowDoes It Feel) pour se rendre compte que ça tourne différemment dans la tête du natif de Richmond (Virginie – USA). Disons qu’il est un peu plus égaux que les autres. En plus de son charisme, sa voix et sa classe, il a une créativité qui dépasse la normale. C’est de plus en plus rare, ces artistes qui arrivent à percer, et comme il faut, tout en tentant vraiment la nouveauté, l’inattendu. C’est là que tu sens le modjo. Du neuf pour aller plus loin, mais ça reste totalement ouvert à tous. Pas d’élitisme chez les patrons qui parlent le langage courant.
De hits parades en hits parades, « D » ballade son flow et parade et sur les rythmes saccadés de ses camarades. On se dit que ça peut pas s’arrêter, on en veut encore et encore. Le petit souci, c’est que pendant presque quinze ans, les relations entre D’Angelo et lui-même vont s’effriter. Et ouais, le modjo, tu sais quand tu l’as, mais parfois il s’en va. Dans la famille drogue, donnez moi la fille cocaïne et le petit frère cannabis. Plusieurs fois emmerdé à cause de ça, à coups de sursis et de retraits de permis. Et lorsqu’en 2005 la machine reprend un peu du poil de la bête, un accident de voiture vient la remettre hors jeu immédiatement. Un genre de période merdique qui va s’intensifier et faire des zigzags. L’exemple le plus frappant est l’histoire de James River, un projet d’album avec Q-Tip et Common. A peine quelques mois après son écriture, le D’Angelo perd confiance en son taf et décide de partir sur autre chose, un son moins sombre qu’il dit.
Résultat, quatorze ans d’attente entre deux œuvres. Ben putain, ça valait la peine. Pardon, j’aurais pas dû jurer, ça me fait peur et ça vous choque. Mais bon, faut dire ce qui est. Surtout que personne ne s’attendait à cette sortie. Pour la petite anecdote, même les employés de son label RCA n’étaient pas au courant…Enfin, toujours est il que Black Messiah est dores et déjà un grand nom de la musique. On peut être sûrs d’une chose, dans vingt ans, cet album sera toujours élevé au rang de grand, et l’on pourra prier le vieux D’Angelo. Un petit avant goût avec Sugah Daddy. De la pure sensualité.
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Petibois
Erykah Badu - Apple Tree
Erykah Badu - Apple Tree
On a beau ressasser, repasser, se replonger…ça reste unique. Auto reverse ou le plaisir d’écouter Erica Abi Wright toute la journée. Allez les petits potes, on recharge la seringue et on s’enfile une bonne dose de Nu Soul. Si vous êtes normaux, et si ce n’est pas déjà le cas, vous serez amoureux avant la fin de la journée. C’est votre conjoint(e) qui va être content(e). Alors on se retourne et on écoute l’histoire d’Erykah. Promis, elle ne pollue pas (je me tais).
Dallas, 1971. Sue Ellen et John Ross sont encore dans les couilles de David Jacobs. La belle époque quoi. Et voilà qu’après de brèves études, parce que faut pas déconner, la belle Erykah passe en mode MC Apples et nous gratifie de quelques sorties musicales prometteuses. Histoire de famille, c’est avec son cousin qu’elle va créer Erykah Free, un Hip-Hop smooth et sans bavures. Et quoi de mieux pour se faire la main que d’engranger de l’expérience auprès des Tim Grace et autres Method Man ? Je vous le demande. De premières parties en premières parties, elle roule sa bosse et s’affirme chez d’Angelo et les légendaires A Tribe Called Quest.
Coup de bourre donc pour la néo New-Yorkaise, qui décide d’opter pour du solo. Et c’est de ce premier essai en tête d’affiche dont on va parler. Baduizm (1997), ou le sommet déjà atteint. C’est d’ailleurs cette année là qu’elle délivre le premier de ses trois enfants. Celui-ci est le fruit de l’amour d’Erykah et d’André 3000 (Outkast). Paye tes parents sans intérêt…Pour revenir à l’album, je dois dire qu’une telle bombe fait du bien. Parmi les producteurs, on retrouve la Badu mais également The Roots. Une belle référence qui annonce la couleur. Et franchement, les promesses sont tenues. Une grande tartine de tubes où l’on peut saupoudrer la classe ultime des Afro descendants. Et même si je laisse On & On de côté, il est vrai que j’ai pas fait dans l’originalité quant au choix du morceau : Apple Tree.
Avec la femme parfaite, le son parfait rime parfaitement. Et ça fait trois fois parfait…Passons ! Non, plus sérieusement, ce titre est ultra connu, mais déchire tellement que pour monter plus haut, il aurait fallu que je me fasse mal au dos. Et jamais le matin. Ici, l’arbre de la connaissance offre ses fruits pour nourrir les enfants du monde entier. Chouette non ? Mais ce qui nous ravit le plus, c’est le sucre qui enrobe cette pomme. Si ça passe pas par votre anu’ ça, c’est que la coloscopie n’est pas loin, méfiez vous ! Tous mes pores et autres orifices en prennent pour leur grade…D’ailleurs j’allais oublier, faut me dire quand ça devient dégueulasse…Aparté nécessaire mais terminé. Nécessaire pourquoi ? Simplement parce qu’un groove comme celui là vous marque à vie. Mais elle pourrait chanter Les Sardines sur l’instru de Est-ce Que Tu Viens Pour Les Vacances que ça nous ferait remuer les hanches. Le genre de coup rein qui te brise le coccyx. Je vous laisse vous rendre compte par vous-même.
Vu la base, la suite ne peut que plaire. Et en effet, l’évolution d’Erykah Badu nous laisse un doux goût au fond du palet. Un rôle dans les Blues Brothers, une collaboration avec Guru sur JazzMatazz Vol.3 : Streetsoul, et quatre autres albums studios fantastiques. « C’est que de l’amour » comme dirait un navet ambulant que je connais. Merci Madame Badu, tout ce qu’on te souhaite c’est que ton  : « Cypher keeps on moving like a rolling stone ».
Enjoy & Keep The Funk !
Petibois
LeYan & Tomapam Feat. Cyph4 - A.M. Horrorscope
Leyan & Tomapam Feat. Cyph4 - A.M. Horrorscope
Des sons venus d’Orient, où règne la cuisine au piment. Et pourtant. Polonais d’origine, le corsaire du jour se prénomme LeYan. Adepte des beuveries, femmeries, drogueries et autres voleries (ouais, ces mots ne veulent, soit rien dire, soit pas dire ce que c’est censé dire, mais vous aurez fait l’effort de comprendre), LeYan ne colle pas vraiment avec l’image d’un bon enfant carriériste. Voler, c’est pas beau disait Alpha Blondy. Mais heureusement, par un beau dimanche ensoleillé, la vie lui sourit enfin. Et ce par l’intermédiaire des seuls et uniques hommes chinois. Ceux là même qui nous font danser en mangeant du pudding à l’arsenic. Voici venu le nouveau protégé des Chinese Man, et de leur label Chinese Man Records. Un esprit zen dans un corps fou, une équation que LeYan nous offre avec brio. Et pour ce faire, il n’est jamais seul.
Eux, sont souvent trois. J’ai nommé LeYan, que l’on ne présente plus. A ses côtés siège Skoob Le Roi. Lui, sert un peu de marionnette. Pas vraiment remarquable de base, il sait se faire remarquer en cassant du genou et chauffant la salle. Mais bon, il scratchouille quand même un peu, l’imposture n’est donc pas totale. Le troisième larron s’intitule Tomapam, un petit génie du médiator, sorti du métro par les ninjas du label. Ouais, ils font dans le social les mecs. Après avoir lancé Taiwan MC et Deluxe ils ont décidé de dégoter uniquement de l’alcoolo ou du mendiant. Enfin, tant que ça traîne, c’est bon disons. Donc, tu prends ces trois loulous et tu les fait bosser. Décembre 2013, voilà qu’un EP est expulsé de leur fion : Sputnik Moment. Et ouais, ils vont pas faire des remix de Chinese Man toute leur vie les mecs, faut créer un peu !
Littéralement, moment Spoutnik, ça parle moyen. Mais en vérité ça fait référence à un concept spécifique né durant la Guerre Froide. Aujourd’hui, on l’emploie lorsque nos seigneurs, les USA, se doivent de se surpasser technologiquement pour être les meilleurs. Et ainsi, écraser toute concurrence, sympa non ? Enfin, j’ai pas tout pigé. Mais on s’en branle. Revenons à l’objet de nos désirs. Un vinyle pour deux morceaux qui remuent. Et c’est le premier d’entre eux qui va nous servir de session musicale : A.M. Horrorscope. Bienvenue en pleine année lunisolaire.
C’est la trompète zurna qui nous accueille man. Check ton Turkish Folk sample. On est en plein soleil, à faire danser les serpents. Et bizarrement, c’est tellement funky. Le rappeur Cyph4, déjà aperçu dans la maison chinoise (Miss Chang –Chinese Man / Indisposed – Deluxe), vient apporter son flow sur la rythmique rebondissante. Petites percus, scratchs à foison, on est bien. Ajoutons un refrain qui reste en tête, la fête n’est que plus folle. Mais tout le charme du morceau, il faut bien le dire, réside dans ce que j’évoquais plus haut : la zurna. Une échelle diatonique pour s’accrocher aux barreaux glissants des quarts de tons. Danse du ventre et bisou dans le gras. Ce hautbois originaire du Moyen-Orient me fascine. Et il sa marie à merveille avec la grosse basse Hip-Hop que voici. Il faut bien avoir quelque chose dont on est fiers, parce que ouais, c’est ça aussi la French Touch. Merci Chinese Man Records.
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Petibois
Lunatic - Avertisseurs
Lunatic - Avertisseurs
Come back in 1994 les mecs. Elie Yaffa (Booba) et Yassine Sekkoumi (Ali) forment Lunatic, jeune duo de Rap des Hauts-de-Seines. Très vite, ils sont repérés par le groupe en vogue de l’époque : La Cliqua. Quelques proses ci et là , mais le bond en avant se fait une poignée de mois plus tard lorsque les deux amis rejoignent le collectif Beat De Boul (Sages Poètes de la Rue). Nouveau label, nouveaux collègues, et la décision de tracer une route qui leur correspond. Aux côtés de leurs frères de la Malekal Morte, le duo alto-séquanais (92) va se perfectionner dans le freestyle. Un nombre de sessions impressionnant qui a laissé, fort heureusement, par mal de traces à travers notamment les enregistrements de Cut Killer (cf. Mixtape. Freestyle : La première K7 freestyle de rap français). Le changement continue, et les querelles internes au Beat De Boul poussent Lunatic à rejoindre l’écurie Time Bomb (X-Men, Oxmo Puccino, Pti Baccardi). Autant dire qu’un pas de géant vient d’être franchi par le duo. Nous sommes en 1995.
Travail et kiff, le morceau Le Crime Paie sort dans les bacs, puis s’ensuit Les Vrais Savent en 1997 sur la puissante compilation L 432. Une petite pause se fait, Booba est installé au mitard pour dix-huit mois. A sa sortie, les Lunatic créent leur label 45 Scientific (collectif 92i). Et le maxi Civilisé (1999) est dévoilé au monde du Hip-Hop. La claque est annoncée…elle tombe un an plus tard avec Mauvais Œil, premier album disque d’or du groupe. Un second album (Black Album) controversé en interne verra le jour en 2005. Soit deux ans après la séparation du duo.
Ali (Africain Lié à l’Islam) accompagne ses textes d’une voix cassée qui frictionne avec les hautes tours. Comme son nom laisse le deviner, son combat est là , et son message s’articule entre la religion et la banlieue. Attaché aux valeurs Coraniques, le natif d’Issy-les-Moulineaux ouvre son cœur à travers des paroles puissantes et spirituelles. Son compère, quant à lui, porte une image plus violente. On connait Booba boxeur, bling bling, ridicule (et tout ce qu’on veut). Mais on ne connait que trop peu l’origine de la bête. Des textes léchés, où sang et larmes se mêlent pour parler d’un quotidien amère, d’une vie de paria. Une long texte de l’essayiste Thomas Ravier paru dans La Nouvelle Revue Française compare même l’écriture du rappeur à celles de Céline et Antonin Artaud. Voilà qui pose les bases. Un plaisir à lire, une magie à écouter. Lui, c’est le bitume avec une plume. Destiné à reprendre du Mark Twain avec des punchlines fracassantes : « Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien ». Aujourd’hui, certains disent qu’il a vendu son âme au diable. Vu le résultat, c’est tout le mal qu’on lui souhaite. Niveau instru, ça cause aussi. En même temps, il faut une assise solide pour un bon titre. Des samples tirés de la musique Classique, du Jazz, ou encore par exemple de vieux groupe de Soul, tels que The Four Tops où ils chopent deux secondes toutes nazes et en font un truc monstrueux pour le morceau Hommes De l’Ombre.
J’en ai bavé pour choisir un morceau parmi tous ceux de l’opus Mauvais Oeil, mais j’ai fini par trancher : Avertisseurs.Une authentique pièce de choix. Ali commence, un refrain intense, des rimes qui nous catapultent, un message de paix et de repentance. Eviter la perversion et s’inscrire dans l’autre. Des mots forts, censés et maniés avec génie. 1.44min, alors arrive B2O…un couplet titanesque. C’est une autre planète. Il y a les mecs doués et les autres. C’est juste sublime. Sale mais dramatiquement vécu. Comme il dit, nique sa mère la réinsertion.
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Petibois
Oumou Sangaré - Seya
Oumou Sangaré - Seya
Empire éphémère de l’Afrique de l’Ouest (1878-1898), le Wassoulou fût vite repris par les forces françaises. Qu’en reste-t-il un siècle et demi plus tard ? Une culture, des traditions, des combats, et une région à cheval sur le Mali, la Côte d’Ivoire et la Guinée. Heureusement, des voix parviennent jusqu’à nous, et aujourd’hui plus que jamais. Celle de Oumou Sangaré en est un pur exemple. Il faut dire que le talent qui bouillonne dans cette région nous prend aux tripes. La belle Rokia Traoré nous le rappelle en chantant le Mali depuis quarante ans. Des arrangements originaux pour nos oreilles, et des vibrations méconnues. Et pourtant. Un secret réside dans ce que nous ne connaissons que trop peu : s’y intéresser. Plus on plonge, plus on ressent l’envie d’y rester.
Seya sort en 2009. Huitième et avant dernier album de la géante Oumou Sangaré (1.80m), elle va le dédier aux couturiers de son village. Eux, qui ont travaillé pour lui concocter bon nombre de vêtements traditionnels. Une nouvelle œuvre où la coutume se mêle au monde. Ici, on sent une réelle ouverture à d’autres sons. Une basse plus présente et des percussions plus précises. Il suffit de se focaliser sur la batterie pour se demander si elle n’a pas voulu nous sortir un morceau de Funk. Et pour cause, quelques noms déjà vus par ici ont bossé sur le sujet. Alors n’allez pas croire que je fais une fixette sur eux mais ils sont partout. De vrais papas. Trois noms de musiciens ressortent parmi la cinquantaine présente sur l’opus. Tony Allen, le percussionniste qu’on ne présente plus, et les deux anciens cuivres de James Brown, Pee Wee Ellis et Fred Wesley. Le tout produit par Cheik Tidiane Seck, dont les références parlent pour lui (Jimmy Cliff, Carlos Santana, Manu Dibango etc). Un beau paquet pour une joie (Seya) réelle. Mais intéressons nous de plus près à l’histoire de la diva.
Fille de la chanteuse Aminata Diakité, Oumou Sangaré commence à chanter dès cinq ans devant plus de trois mille personnes. Ouais je sais, elle avait un peu d’avance sur la moyenne. Chemin faisant, elle enregistre son premier album lors de sa dix-huitième année. Alors, sa vie va s’ouvrir, et ce grâce à un monument. Le regretté Ali Farka Touré, symbôle de créativité, de culture et de lutte africaine. Lui, pour qui le monde entier a un profond respect va se muer en mentor d’une voix prometteuse. Et bonne pioche, puisque vingt cinq ans après, elle est toujours là . C’est donc l’occasion de grandir et d’enfiler le costume d’ambassadrice d’une région du monde. Une petite pièce amenée à l’édifice qu’est ce continent. Car des combats, Oumou Sangaré en incarne. Celui de refuser la polygamie, les mariages arrangés entre adolescents, la pauvreté, la mort des enfants, leur travail. Et tout cela passe par le respect des coutumes, leur redonner vie, et un refus du néo-colonialisme. Pour pouvoir peut-être, un jour, comme d’autres  peuples, toucher ce que l’on appelle la liberté.
Enjoy & Keep The Funk !
Petibois
Slipknot - The Devil In I
Slipknot - The Devil In I
Des Moines, Iowa, Etats-Unis, 1995. Shawn Crahan (batterie) et Paul Gray (basse) montent un groupe avec trois de leurs amis. Le but est clairement de tout casser. D’amener de l’énergie à l’énergie et de révolutionner la scène métal. Pour cela, Shawn a l’idée d’insister légèrement plus que la moyenne sur la rythmique. Il passe avec un de ses collègues aux percussions, et Joey Jordison prend le rôle de batteur. Voilà qui est fait. Trois percussionnistes et une tribalité sans pareille. Quelques noms passent : The Pale Ones, Meld, mais le Slipknot de Jordison est celui qui restera. Les premiers concerts arrivent. Une particularité : la puissance scénique rendue encore plus virulente avec les masques qu’arborent les musiciens. Gros coup de communication, et cela colle parfaitement à l’esprit du groupe. Pour eux, les rock-stars sont trop personnalisées, ils optent donc pour un certain anonymat et une originalité. Lors des tremplins locaux, un certain Stone Sour les concurrence. En 1997, Mick Thomson (guitare), Shawn et Joey s’offrent les services de leur charismatique chanteur : Corey Taylor. La formation au complet, l’ancien chanteur s’en va, et leur premier EP Mate. Feel. Kil. Repeat.  est réenregistré. Craig Jones est aux samples, et Sid Wilson fait le DJ. La voilà la touche en plus Néo Métal propre aux années 1990. Une fusion qui ne laissera pas le producteur  Ross Robinson de marbre. Chris Fehn intègre le groupe aux percussions, et Jim Root en tant que second guitariste. Un contrat chez le déjà reconnu Roadrunner Records. Les neuf partent en quête de la gloire.
Deux albums en trois ans (Slipknot – 1999, Iowa – 2001). Les tournées s’enchaînent, et dès ce dernier, ils sont classés numéro un des ventes en Angleterre. Des live renversants, où les percussionnistes passent leur temps à se foutre sur la gueule, une batterie qui tourne dans une cage à la façon d’un Tommy Lee (Mötley Crüe). Une image imposante qui se développe grâce à l’omniprésence des masques, devenus dès lors l’emblème de la formation. Slipknot est en constante évolution, et sa musique ultra énervée donne le tournis à plus d’un métalleux. En 2004 arrive la consécration avec ce qui reste à mon sens leur plus grand album : Vol.3 (The Subliminal Verses). Le géant Rick Rubin à la prod, la tension immense de la fin des années 1990 commence à s’épurer. Le travail est mûrit, les mélodies apaisées. Un superbe dosage entre puissance et mélancolie, l’efficacité grandeur nature. Une batterie monstrueuse, dont la technique démesurée donne au groupe une identité forte. Des riffs qui vont droit au but et une tessiture vocale qui prend aux couilles. Tout le génie de Corey Taylor condensé dans un opus. All Hope Is Gone (2008) est la dernière création parue des américains. Des tubes en pagaille : Psychosocial, Dead Memories font écho aux Duality d’antan. La recette fonctionne, mais est moins tranchante qu’à leur habitude. Pas assez énervé pour les puristes.
Monstre vivant du Néo Métal, Slipknot fait alors partie des plus grands. Et voilà qu’en 2010, l’un des fondateurs de la formation, Paul Gray, meut d’une overdose accidentelle de morphine. D’une nature plutôt posée, son décès ébranle violemment le monde du Métal. Ses amis du groupe plongent dans une profonde période de deuil, de doutes. Mais la musique continue. Nouveau coup dur en 2013 avec l’éviction du mythique Joey Jordison par ses collègues. La version officielle ne dira pas grand-chose, des problèmes de drogue sont évoqués. Alessandro Veturella (basse - Krokodil) et Jay Weinberg (batterie – Bruce Springsteen, Madball) viennent donc remplacer les disparus.
Aujourd’hui, Slipknot sort un cinquième album : The Gray Chapter en hommage à leur ami décédé. The Devil In I en est le single. Dans la lignée du troisième opus, Corey Taylor a également voulu mettre la force de Iowa dans ses compositions. C’est fidèle, c’est hard et c’est technique. Un clip gore où les anciens masques se suicident pour laisser place aux nouveaux. Je vous laisse apprécier, en tant qu’inconditionnel de Métal, je me devais de commenter cette sortie.
Enjoy & Keep The Funk !
Petibois
Sibot - Bitches Get Done