Résidence Sammy Stein / Galerie 128
20 février — 2 mars 2018 ÉNORME merci à Hanna Deutscher, Amélie Taillard et Atelier Mcclane !
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@galerie126
Résidence Sammy Stein / Galerie 128
20 février — 2 mars 2018 ÉNORME merci à Hanna Deutscher, Amélie Taillard et Atelier Mcclane !
Je pousse le portail, la végétation est dense. Du dehors, le bâtiment est à peine visible, caché derrière d'imposantes broussailles et des lits de fougères. Impossible d'aller plus loin, des arbres ont poussé devant la porte d'entrée. Sur la droite de la maison, le garage apparaît sous les feuillages : vignes, ronces, orties. Une mousse vert émeraude a intégralement recouvert la poignée, si rouillée qu'elle reste dans ma main lorsque je la tourne. Par chance, la porte pivote et s'ouvre en un grincement malheureux. Gnnnnniiiiiii... Les mauvaises herbes ont envahi toute la pièce. De gigantesques lianes pendent du plafond éventré. On observe des nids d'hirondelle poussiéreux à chaque angle. De lourdes toiles d'araignées retiennent des papillons de nuit, depuis longtemps momifiés et secs comme des biscuits. Le lierre abondant recouvre tous les murs. De-ci, de-là, parmi les herbes hautes, on aperçoit ce qui semble être des restes d'exposition : dessins, peintures, mobiles, sculptures, livres... Tout est détruit, anéanti, en ruine, mêlé aux morceaux de verre, aux canettes en métal écrasées, aux restes de nourriture - dont les meilleures parties ont été dérobées par différents rongeurs. Une famille de scolopendres marrons a élu domicile dans ce qu'il reste de la bibliothèque. Il y une forte odeur de terre humide, comme si il avait plu toute la nuit dans un champs en périphérie de Rennes. Au fond de la pièce, coule une cascade. Je me souviens à présent. Je me souviens bien, c'était la galerie 128. Sammy Stein vit et travaille en short à Paris. Une bien meilleure belle bio à lire chez : https://www.matiere.org/auteurs_/stein/ De biens belles choses pour se faire une idée ici : http://cargocollective.com/sammystein/
Cadres : Vue d’exposition
Cadres : Vernissage
Cadres : Résidence
29 septembre
Le smartphone branché sur la sono a un nouvel écran : je viens de réparer mon screen, il est maintenant protégé d'un étui antichoc en papier bulle. L'album Midnight Cleaners des Cleaners from Venus. C'est comme la fin de l'été, ça donne un truc. Solo je parcourais la lande enjambant les troncs renversés, Et dans cette procession lente employée vainement à penser M'apparut un rêve d'Atlante - n'aies crainte- Avec la lumineuse cité tapie au loin, d'allure galante, Ne pouvant autre que m'attirer. Kevin Pinsembert peint sur chevalet, avec trois nouveaux pinceaux, quelques autres anciens. Le fond est un rouge, il vibre entre deux hauteurs, se cherche entre saumon et vermillon. Des bandes de vert foncé l'encadrent. Kevin assis, observant. Se relève, prolongeant. Des formes qu'il faut faire exister entre elles. Appliquées, observées, recouvertes ou préservées depuis 3 jours. Deux notes centrales, à la manière de gélules ou de haricots, survivent depuis le départ. Des touches de chrome et noir alignées en diagonale ont un temps pu former la flûte d'un personnage avant que sa tête ne soit effacée. Retour à la peinture seule. Il y a quelque chose du Pierrot malgré tout dans ces masses blanches et pois noirs. Format portrait dont la verticalité est appuyée par deux fumées s'élevant droit dans un ciel sans vent, tandis qu'une suite de formes de bleu, de vert, de brun, de gris, de blanc au bas de la composition en font le soubassement horizontal. On dirait un de ses graffs. Il ne peint pas de lettres, mais des enchainements en frise d'éléments plus ou moins reconnaissables, de motifs, de souvenirs. Comme dans ses dessins, ces milliers, qu'il exécute avec lascivité dans des carnets. Cette nuit Kevin porte une veste brodée Ikea, d'un coton robuste et doux, dont il a réussi à préserver le jaune éclatant des tâches de peinture. L'avenue général Leclerc pénètre tout droit dans Rennes, d'Est en Ouest. Au numéro 126 l'atelier est sous le trottoir. Le Sud s'ouvre sur un jardin, plongé dans le noir à cette heure. Le jardin des découpes chantournées, des touches sprayées, des clopes fumées. Tout à l'heure il a reçu un message, Hello, est-ce toi qui taguais des affiches dans l'entrée du RER A de Nogent-sur-Marne ? [smiley qui se frotte le menton] [smiley qui smile] Kevin Pinsembert est sorti vainqueur de la compétition Moderne Jazz 2015. Notre champion. Couronné par le jury expert formé de Persu, Obisk et Ekta. Les délais étaient parfois bien éclatés, mais c'était pour livrer la peinture souhaitée, la meilleure à chaque étape. Comme celle exécutée vers Joinville-Le-Pont sur un bout de quai incliné dans la Marne. D'un saut me voici dans la pente, Bientôt la lisière des rochers Concrétise la vue fuyante Que la nuit jeune vient estomper. Vers les doux rochers de Calabre Se dirige un gang d'étourneaux Avec leurs yeux couleur d'albâtre Semblent converger vers le ruisseau. Hier à 3h30, en un soupir bas et sourd, à quelques kilomètres d'ici un point de la Terre s'est retourné dans son sommeil pour se soulager d'une position devenue inconfortable. Le 126 a tremblé et craqué avec. Il est 3h30 aujourd'hui. On a mis une BoilerRoom de Low Jack. Je pique du nez sur un morceau de Neil Landstrum avec la sensation que le niveau de la terre monte dans l'atelier, me renverse un peu plus dans le canapé sans fond. Kevin depuis longtemps prend ses notes en écrivant de la droite vers la gauche pour en compliquer le décryptage. Il n'écrit plus que comme ça. Les lettres adressées à ses amis sont ainsi à décrypter, ou pour les plus impatients à lire par transparence face au soleil. Sa langue à base de verlan, d'anglais, de mots coupés est elle même dialectale et ses dessins fonctionnent du même principe. Ils forment souvent l'association de souvenirs, d'idées, de projets. Il sont composés de sauts inattendus, de boucles aussi. Ses peintures ne sont pas abstraites, elles sont faites de choses vues, de choses à voir. De cuts, de choses recadrées, contraintes. Les pépins de la pastèque, le profil d'un sabot, la chute d'un rideau, un cadre de vélo, feuilles-peigne, tronche aux oreilles, visage à nez, la grille du carrelage, marche à pied. Panorama du haut de l'arbre Qui depuis peu abrite ma halte, Sensation d'être maquisard. Les sons de la plaine m'exaltent, Comme les heures passent et tournent au noir Je sens s'agréger la vertu. - Dodo -
L'exposition s'appelle Cadres. Au pluriel comme pour évoquer de manière dialectique la perspective de cet évènement. La première exposition personnelle de Kevin Pinsembert dans une galerie. Un espace singulier tenu depuis 2013 par un groupe d'amis qui vit là et qui a décidé d'inviter de nouveaux amis à accrocher leur travail dans le garage rhabillé de blanc. Une douzaine de jours de fin d'été, début d'automne, rouge saumon, rouge vermillon. Ce matin plusieurs peintures de la nuit sont évacuées du projet d'exposition, aux profit de silhouettes peintes, découpées et poncées, plus vivantes. Les peintures de la nuit dernière resteront hors-champ. La peinture aux gélules rouge fluo est achevée. Il m'a souvent parlé de ce passage quand on rentrait à vélo dans le Val de Marne. Il faut d'abord s'extraire de Paris, des lumières, des taxis, des errances droguées et attentes abasourdies de la nuit, larges boulevards. Passer le périphérique, passer la porte de Vincennes. Rond-point immense et vide. À un moment plus qu'à un endroit, on bifurque, à gauche je crois, à droite ensuite. On passe une chicane entre les arbres, il n'y a plus aucune lumière à cet endroit. Devant, Kevin va vite de ses grandes jambes, de ses roues fines. Mon Velib est un âne mort, c'est physique. Nous nous retrouvons en lisière, dans une zone déserte comme il en cherche souvent, longue en plus. La rue s'étire entre les résidences endormies à gauche, le bois à droite. Elle est barrée de ralentisseurs tous les 50 mètres qui n'ont pas d'incidence sur notre vitesse, juste sur mon souffle. Le silence partout. Pendant 5 ans il avait le choix entre la nationale ou longer la voie ferrée pour son aller-retour quotidien entre l'école à Paris et sa chambre à Nogent. Fraicheur printemps, soleil blanc un peu. Il a trouvé ce passage un matin, en début d'été. C'est resté un passage du matin, une étape certains soirs. Une respiration. Le ressenti de ces alpages Grise ma vision ingénue, Conscience alerte d'une nouvelle page Libère en moi un râle ténu. Encore un peu et un plumage Recouvrira mes membres nus. Guillaume Pellay Kevin Pinsembert 29.09.2017
Siel Rose (bref aperçu)
A 126, il est question que Lina Schlageter reprenne Le Spectre de la Rose avec Guillaume Pellay. Ballet de 1911, chorégraphié par Michel Fokine, dansé par Vaslav Nijinski dans le rôle du Spectre, titré d'après le poême éponyme de Théophile Gautier.
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Alma de la rosa
Pour le dire en français, le générateur de traduction en ligne nous propose le frison occidental, et ça tombe comme la foudre, ou le coup de -, Siel Rose. Siel comme un ancien français, une version datée du Ciel. Mais non, les siels n'ont jamais été synonymes de cieux.
Pourtant comme l'âme, le fantôme, le spectre, on ne peut pas dire que les cieux aient une limite claire, ni une matérialité, ou une durée. Pas de temps, pas d'espace.
A 126, est-ce qu'on peut envisager un mouvement sans temps et sans espace ?
A 126, un airbus avant l'âge, notre véhicule d'exploration de l'immatériel, au seuil, à l'aube de l'ôde à la rose, avec ou sans virginité.
Siel rose
Résidence AGRUM’ LEMON 2/2
Ishem Rouiaï Résidence du 25 aout au 16 septembre 2016
Résidence AGRUM’ LEMON 1/2
Ishem Rouiaï Résidence du 25 aout au 16 septembre 2016
Un bon goût de reviens-y.
Voici venu septembre, et le grand plaisir dont nous honorent à chaque rentrée les garçons de la galerie 126 d'inviter un nouveau membre de Moderne Jazz, on finirait par s'attacher.
C'est ainsi qu'ils se sont retrouvés avec un zig retournant dix mètres carrés de leur jardin à la bêche, le jour même de son arrivée.
Évènement, nous sommes fin août, Ishem Rouiaï est à Rennes.
Débarqué les mains dans les poches il ne les y a pas laissées longtemps. Le deuxième jour il réalisait une vingtaine de peintures, le troisième tout autant tandis que des sacs de ciments venaient s'entreposer dans l'atelier à côté des dessins qui séchaient.
Il y a quelques années son retour en métropole s'est fait sur le même schéma. Il venait de passer les derniers mois à veiller sur les herbes aromatiques du Zion, son jardin guadeloupéen. Débarqué à Nantes chez sa tante avec le projet d'entrer aux Beaux Arts il n'a pas postulé dans d'autres villes, il n'y avait pas vraiment pensé. Et arrivé sans rien trois semaines avant le concours il a produit sur place ce qu'il fallait (peintures, dessins, pas de bluff) pour convaincre le jury de l'accueillir à Nantes.
Cinq ans plus tard il traversait Angers, pendant des semaines et en tous sens, tirant, poussant, vélo, transpalette ou chariot chargés des matériaux de récupération nécessaires à la construction d'un espace de trois mètres cinquante de haut dans lequel présenter son travail au diplôme de fin d'études.
L'occasion sans doute de retrouver un jardin à composer et entretenir.
On connaît Ishem physique, basketteur, meneur, bâtisseur, glaneur, gouailleur, et les garçons du 126 n'étaient pas sans le savoir. Finalement leur plus grande surprise semble avoir été ses brochettes de poulet mariné au citron, beaux acquis d'une adolescence tropicale.
Aujourd'hui Ishem vit et travaille à Marseille.
Imaginez-le maintenant, des kilos de peinture sur le dos et au bout de chaque bras, rejoignant la quiétude des saillies vierges du canal d'eaux usées qui traverse la ville sur des kilomètres. Il n'est pas seul. Royer, Eliote, Belik, Finer, Hams sont ses compagnons les plus réguliers.
Toute la peinture sera vidée et étalée sur ces murs, il faut repartir les mains vides.
S'il y a quelque chose de Sisyphe ici, c'est le Sisyphe heureux ou ce n'est pas.
D'ailleurs c'est moins le sommet de la colline qui compte que la randonnée, la marche, laisse moi kiffer ! De l'expérience, de la dépense physique et de la transformation de matière découlent pensées et visées. Il semblerait que la montagne à gravir n'est pas au dessus de sa tête mais dans ses mains, sous ses pieds. Peu à peu, au fil du temps se précisent ses contours, ses dénivelés, ses passerelles, vaste ouvrage.
D'en haut s'étend un paysage dont chaque portion serait un dessin, comme ceux que notre ami aime à composer sur papier ou sur mur, en peinture.
Le paysage et le lettrage, parfois leur mélange, sont les deux sujets de peinture qu'il travaille quotidiennement. Ils fonctionnent comme les partitions à la mise en rythme de formes, de touches. Ces formes se sont peu à peu précisées et façonnées dans leurs associations harmonieuses. Elles se sont synthétisées, simplifiées de compositions en compositions, les lettres finissant par ne tenir qu'à quelques lignes tracées sur de larges profils en aplats colorés.
Au même titre que le noir, le blanc, les gris et les couleurs, sa palette est composée d'un panel restreint de lignes, de formes géométriques simples, de points.
C'est avec ces formes en tête qu'Ishem après avoir retourné un coin de jardin à Rennes a entrepris de modeler des cavités dans la terre, en creux, avec eau, mains, spatules. Il a ainsi formé des coffrages à même le sol avant d'y couler différents mélanges de mortier teint dans la masse. Dix fois, douze fois comme ça, le temps d'oublier les sculptures imaginées du bout des doigts et d'ainsi donner à leur exhumation une dimension toute magique, la mise au jour.
À l'aide d'un sac plastique et inspiré des poches à douilles de pâtisserie Ishem s'est fabriqué un outil pour pouvoir tracer et dessiner avec ses mélanges de mortier. De grandes dalles en bas relief, coulées sur la terre, forment de grandes peintures empreintes du sol où elles ont été élaborées ; le sol sacré du 126 de l'avenue général Leclerc, caressé par ses doigts, celui-là même qui à un terme incertain mais inéluctable sera livré aux engins de terrassement.
D'après certaines études la proportion de la population mondiale descendant de Gengis Khan serait énorme. Que ce soit le cas d'Ishem pourrait expliquer beaucoup de choses à notre histoire.
Une erreur de retranscription du nom du grand père d'Ishem à l'état civil algérien a vu Rouaï gagner un i et muter en Rouiaï, mais à l'usage ce nouveau i est gardé muet.
Rouaï et donc Rouiaï pourraient venir de "petit berger" ou "romancier" en arabe. Deux origines probables qui ne disent pas la même chose, mais ne se contredisent pas pour autant, le chill du berger, sa nécessaire présence attentive en un point du territoire, du paysage, les projections romancées au delà de la ligne d'horizon, les rêveries, les formes pour venir animer la routine trop menaçante et rester éveillé ; une association qui fait un beau contrepoids au tigre de Mongolie.
"Agrum' Lemon" comme les parfums des boissons achetées en canette chez les épiciers de Marseille, carburant sucré qu'au 126 on a décidé de stocker en conséquence dans le réfrigérateur pour que ça ne vienne surtout pas à manquer.
"Agrum' Lemon" comme exposition des dernières formes et derniers gestes d'Ishem au 126.
_______ Texte : Guillaume Pellay
PANORAMA DYNAMO Vue d’expostion
PANORAMA DYNAMO en coulisses
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14 mars - 03 avril
PANORAMA DYNAMO / Vernissage
Merci tout le monde ! Merci le soleil !