Tout commence avec le soleil, Ă©norme ce jour lĂ . Il travail de concert avec cette humiditĂ© MontrĂ©alaise de mi-Ă©tĂ© pour nous offrir un chaleur accablante qui donne Ă tout âveut, veut pasâ cette tonalitĂ© dorĂ©e qui rends les choses belles, vivantes. Je pĂ©dale doucement, calmement, sachant que toute tentative de rouler vite n'aura comme rĂ©sultat qu'un t-shirt mouillĂ© âa Ă©viter car je me rends Ă un dĂźner.
VoilĂ que je me retrouve quelques heures plus tard Ă CĂŽte-des-neiges. Nous avons prit notre temps avec ce dĂźner, comme il se doit, et il fait dĂ©jĂ sombre. Le soleil se couche et un vent fort se lĂšve. Les arbres semblent jouer tant ils se prĂȘtent joyeusement au va et vient de l'air. Cet air qui est d'un coup surchargĂ© d'un Ă©nergie particuliĂšre, difficile Ă mĂ©connaĂźtre. J'en ai la chair de poule; une forte tempĂȘte s'en vient. Mieux vaut rentrer, et vite, car le vent a dĂ©jĂ fait son travail, et il se retire du bal. L'air est dĂ©sormais d'une lourdeur palpable, le ciel d'un gris si foncĂ© et Ă©pais qu'il est de velours. Je me dit que cette tempĂȘte en Ă marre de ces feux d'artifice qui ne font plus palpiter le cĆur de qui que ce soit. Elle me fait signe, et elle me dit, « Fil petit grain de sable, je te donne une longueur d'avance parce que je voit que tu veut danser avec moi et ça, ça me plaĂźt. » Je lui tend la main sans un mot, et je chevauche mon vĂ©lo, un sourire accrochĂ© au coin de ma bouche, mes sens Ă©veillĂ©s Ă un point tel que je ne sais plus si je ressent de l'excitation ou de la peur.
Le clique de mon casque lorsque je le fixe retentit si fort dans le silence.
Je ne vois qu'elle. Ce n'est que nous deux sur la piste de danse. Elle est dĂ©jĂ vĂȘtu de tous bords par des Ă©clairs. Les autres montrĂ©alais on comprit qu'elle est prĂȘte Ă tout cette tempĂȘte, qu'il ne faut pas jouer avec le feu.
Je m'Ă©lance dans le bal, mon corps et mon vĂ©lo, je le sens, ne font plus qu'un. Le vent est Ă notre dos, elle me pousse cette tempĂȘte, elle me pourchasse. Elle est si proche que je pourrait toucher ses nuages si je tendait la main. La cadence de mon cĆur augment en flĂšche et je roule de plus en plus vite. On vit, le sourire sur ma face me le dit, et je suis d'accord.
Je ne sais pas trop pourquoi, mais je sais que la pluie me talonne, qu'elle joue. ArrĂȘter, c'est perdre ce jeu qui me plait. Je suis crispĂ© mais lĂ©ger; je fais semblant de la fuir, et elle le sait. Ă mi-parcourt, elle me montrent ce qu'elle peut faire, parsĂšment le ciel d'autant d'Ă©clairs que je ne sais plus ou tourner les yeux. Sa beautĂ© et sa force semble ralentir le temps. Ăa y est. La tempĂšte s'amuse, je le sais. Elle m'offre un goute d'eau sur la joue, tout juste hors de la portĂ© de mes lĂšvres. J'y voit un bec, l'eau un tantinet plus froide que ma propre peau. Elle me nargue un peu et ça me plait. Je l'Ă©coute et je pousse plus fort. Je l'invite Ă me suivre, mais je sais fort bien que c'est moi qui la suit. Elle me lance un sourire; on danse bien ensemble.
Je n'ai pas envie de gagner, mais je ne veut pas perdre non plus. Elle le sait. Elle en à vu des choses au fils des ans, elle sait tout. Elle me lance un autre goute d'eau, cette fois-ci, elle ne joue plus. Elle à glissé plus bas, ses intentions désormais claires, elle place cette goute sur le coin de ma lÚvre. Et puis tout change. Je ne suis plus crispé, je ne suis plus nerveux et ma peur s'envole. Le ciel hésite un instant et puis me rejoint. L'éclair présageait la tourmente, une rencontre intense, dangereuse, mais voilà qu'elle est tendre, si tendre qu'elle me surprend. à mon tour, j'hésite, et puis je me laisse aller. J'embrasse ce moment, cette pluie si douce, si belle.
J'entrevois dĂ©jĂ mes marches, il est trop tĂŽt. J'en veut plus, beaucoup plus. Je veut me promener avec elle et effleurer sa peau. Mais je monte mon vĂ©lo jusqu'Ă la porte, et puis je me tourne pour la voir, cette pluie, cette tempĂȘte si belle. Jâentrouvre mes lĂšvres pour l'inviter Ă l'intĂ©rieure, mais je comprend dĂ©jĂ que c'est trop dangereux, qu'elle est trop douce et trop forte. L'idĂ©e empreint mon sourire d'une lĂ©gĂšre tristesse. J'ai l'impression que le sien aussi. Je l'aime, je le sais. Je l'ai Ă peine rencontrĂ© et dĂ©jĂ je le sais. Je ne dit rien, je lui sourit du mieux que je peut. Je ne veut pas qu'elle quitte, qu'on se sĂ©pare. Je veut la tenir dans mes bras. Elle me lance un baiser. Elle en Ă vu des choses au fils des ans. Elle sait fort bien que l'on se reverra un jour et que je l'aimerai alors autant que je l'aime aujourd'hui.