Et jâai les cheveux qui puent, la crasse coincĂ©e sous le nez. Jâai pas envie de me lever. Je les ai lavĂ©s hier mais ça ne suffit pas. Moite mais câest lâorage. Je suis immobile depuis vingt bonnes journĂ©es.
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@h3ycut3j34ns
Et jâai les cheveux qui puent, la crasse coincĂ©e sous le nez. Jâai pas envie de me lever. Je les ai lavĂ©s hier mais ça ne suffit pas. Moite mais câest lâorage. Je suis immobile depuis vingt bonnes journĂ©es.
Manquer la testostérone, couper les ongles, aggraver sa voix, se faire porter par les joggings, ne pas répondre ;
Jouer des mots, surtout des silences.
Se cacher sous la capuche, tirer ses cheveux, dire quâon aime quelque chose, ne plus lâaimer aprĂšs.
Câest ĂȘtre malade sans contracter.
Câest se lever, courir, toute la chambre, mais le cĆur aux lĂšvres, manquer de vomir ;
Parce quâon nâa pas joui quand on regardait ce quâil fallait, quâon a joui quand il fallait pas.
Câest se sentir dĂ©pĂŽt, entartrĂ©, strates de cafĂ©ine dans les tasses pas rincĂ©es.
SâĂ©loigner du noyau,
Au bord de la falaise,
Se laisser tomber
Si on avoue y ĂȘtre.
Parce que câest donner un nom Ă la dĂ©rive, une raison Ă la distance.
Dans le bain, met la tĂȘte sous lâeau,
Dans lâĂ©vier, moisie la vaisselle
La neige à la télé, les doigts sur le crépi, la porte entre-ouverte
On nâest jamais tant quâon ne le dit pas.
Sur les jambes, le plaid rempli dâĂ©pines
Lâinventaire de la maison
Le Scrabble
La terrasse
Les transats en plastique
Les échardes
La cabane au fond du jardin
Les rĂąteaux
Le buis
Les pyrales du buis
La cabane de Totoro
Les noeuds dans les branches
Le frigo de la buanderie
Lâorangina avec du dĂ©pĂŽt
Le coca sans bulle
Le store
Le porche
Les chemins dallés
La lumiĂšre de la terrasse,
Les papillons de nuit
La couette coussin
La PlayStation 3
Les boites de CD
Les ronces
La balançoire sans balançoire
Le garage sans voiture
Les toiles dâaraignĂ©es
La moquette
Le rose de la salle de bain
La béchamel périmée
Le sirop de noisette
Le moulin à café
La chambre bleue
Le papier peint qui se décolle
Les champignons
La poussiĂšre,
DerriĂšre les radiateurs
La végétation
Entre les barreaux
Les coccinelles,
Sur le bout des doigts
Le service en plastique
Avec les pĂąquerettes
La soupe au potiron,
Dans les assiettes en terre cuite
Le dépÎt
LâhumiditĂ©
Le sucre
Assis sur la terrasse
Les jambes au torse
Les mains perdues dans le pull
Boire le cafĂ© face Ă lâombre
Le beurre salé sur les lÚvres
La chlorophylle dans le nez
Passer un autre jour
Comme les autres
Mais quand câest plus lâĂ©tĂ©
Que câest plus les vacances
Que jâai plus 16ans
Laisser faire sans regarder
Le bleu de la chaleur
Entre les interstices des stores
La lumiĂšre qui peine Ă rentrer
Le salon en aquarium
Les lĂšvres en cristal
La vitre qui perle
Autant que les joues
Coller canapé
La peau moite
Au bout des doigts
Se ventiler de ce qui passe
Le paquet de tabac
Celui de la frontiĂšre
Passé en moto
RamenĂ© dâItalie
Se lécher les dents
Celles qui pĂšguent le soda
Quand on a posé le verre
La bouche aux glaçons
Ătale
Ăcrase
Dans les bretelles
Le téléphone encrassé
Les cuisses dans le froid
La poitrine enserrée
On se refroidit dans le néon
Le frigidaire ouvert
Assis sur le carrelage
Chouine la transpiration
Brume
Sueur
Le dehors embué
Assis en face de toi
Câest mort devant moi
Mais Ă lâintĂ©rieur
Lâeau coule encore
Je porte mes jeans en taille basse
Plonge tĂȘte la premiĂšre
Ferme les yeux quand tâarrĂȘte de parler
Souris aux poissons
Quand je suis sur la bonne plage
Que je jette les deux mains Ă lâeau
Que jâai froid
Que la peau me colle
Que mes cils trop lourds
Imbibés par la houle,
Ferment mes paupiĂšres
Jâai envie de marcher sur tes pieds
De boire la tasse
Ăteindre ta cigarette
Mettre des glaçons dans le café
Diluer le rouge Ă lâeau claire
Que mes cheveux sâemmĂȘlent
Que lâargent sâoxyde
Que ma couleur dégorge
Que mes mains se perdent
Roulé par la vague
Toute la mer en bouche
Que des chansons dans les dents
Que de lâiode sur la langue
Je retrouve mes chaussures
Sur lâiPod de la maison
Câest Comme des enfants,
Lâodeur de lâĂ©piderme
La salle de jeux inondée,
Les Lego dans la boue,
Les champignons sous la moquette
Le papier scotché à la porte,
« boite de nuit ; de 20h à 5h »,
Le train sur le circuit,
Les playmobils assis dedans,
Le pont qui chevauche la marche
Qui contourne la fuite
Qui casse la porte blindée
Celle des clefs au scoubidou
Lâeau y coule toujours
Mais je lâaime encore
Le bassin aux carpes sans les carpes.
Une pour moi,
Une pour mon petit frĂšre,
Une qui ressemble au grand,
Une qui a les couleurs de ma mĂšre,
Une pour Honorine.
Mon poisson avait une tumeur.
Elle était blanche,
Sâextrayait de ses taches rouges.
Jâai pensĂ© quâil allait mourir.
CâĂ©tait le seul du bassin Ă en avoir une.
Elle est partie du jour au lendemain.
Comme les carpes.
Le cafĂ© dans le canapĂ©. Celui trop diluĂ©. Celui que jâai pris parce que ma mĂšre a dit que câĂ©tait du bon cafĂ©, comme un canadien lui avait dit dans un bed and breakfast il y a vingt ans.
Mais les deux ont menti ; lâun parce que le cafĂ© Ă©tait profondĂ©ment mauvais et le faisait passer pour du bon, lâautre parce quâon lui a servi il y a vingt ans ce cafĂ©, avec cette phrase et que donc, Ă partir de ce moment, dĂšs quâelle fait le cafĂ©, bon ou mauvais, plus souvent mauvais que bon, elle nous le propose comme on lui a proposĂ© ;
Tu veux du bon café ?
Au fond jâespĂšreÂ
Que la voiture roulera trop viteÂ
Quâelle sâenvolera au premier virage
Pleine balle sur la barriĂšre
Se décollera du bitume
Sans rattrapage
Sâexplosera sur les lampadaires
Le mĂ©tal en fusionÂ
Le béton morcelé
Avant lâimpact
Le visage arrachĂ©Â
Giclé sur le bitume
Laisse moi un instant
La respiration saccadée
Du bassin au torse
Emportée par la houle
Les tripes pleines de kérosÚne
Le pare-brise percé carmin
La carrosserie en origami
Parce que pour ça
Je me plie toujours en mille
Rire quand les gens crieront
Que le train tâarrive en pleine poire
Que le cĆur bat dans mes lĂšvresÂ
Que en fait on sâen fout
Mais quâau fond pas tant que ça
Parce que je regarderais toujours
Si quand il arriveÂ
Tu le prends sans moi
Brûlé par le chlore
Bronzer sur ta serviette
âŠ
Entre sel et mélanine
Sâarracher la peau