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Litany against anthropocentrism
Il y a des gens avec qui l'on passe une grande partie de sa vie et qui ne vous apportent rien. Qui ne vous éclairent pas, ne vous nourrissent pas, ne vous donnent pas d'élan. Encore heureux quand ils ne vous détruisent pas à petit feu en se suspendant à vos basques et en vous suçant le sang. Et puis, il y a ceux que l'on croise, que l'on connait à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie. Vous n'attendiez rien d'eux, vous les connaissiez à peine, vous vous êtes rendu léger, légère, au rendez-vous et découvrez qu'ils ont ouvert une porte en vous, déclenché un parachute, initié ce merveilleux mouvement qu'est le désir, mouvement qui va vous emporter bien au-delà de vous-même et vous étonner.
- Victor Hugo
by Manfred
Copenhagen, Denmark
Des amours médiocres survivent. De grands amours sont détruits par leur propre intensité.
シリアルエクスペリメンツレイン (1998)
à Forêt Domaniale de Sénart https://www.instagram.com/p/COGXGRUh_yk/?igshid=1xsgedyn9dhc3
à Forêt Domaniale de Sénart https://www.instagram.com/p/COLcwEIhDe2/?igshid=30y640jce0il
Considéré comme un chef d'oeuvre de la littérature mondiale, écrit par une femme en l'an 1 000, à la cour de l'empereur du Japon. (à Forêt Domaniale de Sénart) https://www.instagram.com/p/CO53iY9B6pr/?igshid=7iwa4abel2dq
à Forêt Domaniale de Sénart https://www.instagram.com/p/CO7ivihBUcw/?igshid=4n9ff9fkj5hn
à Forêt Domaniale de Sénart https://www.instagram.com/p/CO-paUXB20Z/?igshid=1bxsuwwdw2joi
à Forêt Domaniale de Sénart https://www.instagram.com/p/CPKp8cSBuWl/?utm_medium=tumblr
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Soirée ordinaire d’une jeune femme ordinaire avec des envies ordinaires et des amis ordinaires.
Soirée ordinaire d’une jeune femme ordinaire avec des envies ordinaires et des amis ordinaires.
Juin 2017.
Mardi.
Je jouais ma première pièce dans un théâtre à Paris. En sortant des coulisses, l’ambiance était festive, joyeuse, il faisait chaud, le public était là pour nous féliciter.
Certains sont venus avec nous boire un verre dans le bar d’à coté.
C’est là-bas que j’ai fait la connaissance d’un ami d’un de mes acteurs - nommons le Pat – un garçon mignon, sympathique et rigolo qui avait adoré la pièce.
Après plusieurs verres nous sommes descendus au sous-sol du bar afin de profiter du concert ayant lieu ce soir-là.
La musique était belle, mon équipe était là et nos amis aussi.
Pat et moi avons parlé, ri, et nous avons fini par nous embrasser (longtemps).
J’étais célibataire à l’époque et je me laissais « porter par la vie », profitant des rencontres, des surprises que m’offrait cette période.
Au moment de partir, Pat me glisse à l’oreille « viens chez moi », ce à quoi je réponds « non. », malgré son insistance, somme toute mignonne à ce moment-là.
Je lui réplique que s’il veut me voir, il n’a qu’à m’envoyer un message puis j’enregistre mon numéro dans son portable.
Pat m’envoie un message le lendemain me proposant un verre bientôt. Je réponds donc par la positive et nous nous accordons sur un soir la semaine suivante.
Mercredi.
Je me réveille à 14h. J’étais sortie très tard la veille, nous avions à nouveau joué notre pièce et étions sortis jusqu’à l’aube.
L’alcool ayant pris possession de mon corps, je me réveille difficilement, encore fatiguée.
J’avais rendez-vous avec Pat à 19h30. Décidée à ne prendre qu’un seul verre et à rentrer directement chez moi manger des pâtes devant un film, je me prépare avec lenteur pour mon « date ».
Je retrouve donc le fameux jeune homme à 19h30 près de chez moi. Je l’informe directement de mon état et lui dis que je ne ferai pas long feu.
Nous nous installons à une terrasse et commandons à boire. Je me commande une pinte de bière (une Chouffe, bière belge et forte), il fait de même.
Nous parlons de nos vies, la conversation n’est pas très palpitante, il n’a pas beaucoup d’humour, en tout cas moins que dans mon souvenir. L’alcool me monte à la tête et je lui dis que je vais rentrer. « Prenons un deuxième verre ! Aller, c’est rien, juste une autre pinte ! » me dit-il.
Je cède. Nous changeons de bar, il me commande une autre pinte de Chouffe.
Avec la fatigue, l’alcool de la veille et les deux pintes, je me retrouve bourrée.
Nous sortons du bar et je décide de faire quelques courses dans le Monoprix près de chez moi, ouvert jusqu’à minuit. Il m’y accompagne et m’embrasse dans un des rayons.
Il me raccompagne devant ma porte, m’embrasse à nouveau avec de plus en plus d’empressement.
« Tu veux pas que je monte ? » me demande-t-il.
« Non, je suis vraiment fatiguée, je préfère pas. »
Il m’embrasse encore, me serre contre lui, me touche les seins, les jambes, le sexe, cherche à m’allumer.
Fatiguée, et un peu excitée aussi, je finis par céder et je le fais monter.
Arrivés dans mon appartement, j’ai à peine le temps de poser mes courses : il se met à se déshabiller, à me déshabiller et nous entraine sur mon lit.
Allongé sur moi, je sens son poids écrasant et réalise qu’il est sûrement bien plus bourré que ce que je ne pensais.
Il est pressé, brutale, et ne pense pas à mon plaisir ou à mon excitation.
Il veut me pénétrer mais je l’en empêche en lui signalant qu’il nous faut mettre un préservatif. J’en cherche un dans ma commode et au moment de le mettre, Pat débande.
Et bien oui, le préservatif c’est connu : ça fait débander les garçons.
Après de vains essais pour rétablir la situation, nous abandonnons.
Je lui dis qu’il peut rester dormir et je me mets en pyjama.
Quelque part, j’étais soulagée presque reconnaissante qu’il n’arrive pas à avoir d’érection. J’allais enfin pouvoir dormir.
Noir.
Je me fais réveiller par des attouchements sur mon sexe. C’est Pat qui, excité, cherche à me pénétrer.
Je ne comprends pas tout de suite, jusqu’au moment où je sens ses allers et venues en moi. Interdite, choquée aussi, la première chose qui me vient à l’esprit est la question du préservatif. Il jouit en moi, son va-et-vient n’a pas duré longtemps.
Il s’allonge sur le dos, sûrement soulagé.
Je me retourne vers lui et lui demande : « Dis moi, tu n’as pas mis de préservatif là ? ».
« Oh putain, non, j’ai complètement oublié, excuse moi… » me dit-il avant de s’approcher pour m’embrasser.
Je recule et lui dis : « Mais t’es sérieux ? Je t’ai dit que je voulais qu’on en mette un, c’était pas juste pour le plaisir, c’est parce que c’est indispensable. »
« Mais tu prends pas la pilule ? »
« Non je prends pas la pilule. Et même si je la prenais putain, faut mettre un préservatif ! »
« T’as pas une pilule du lendemain qui traîne chez toi ? » (je vous jure, il a osé !)
« Non ! »
« Bah t’inquiète, je t’en offre une demain. »
« Non merci. »
Je me retourne, hors de moi, afin de continuer ma nuit de sommeil.
Il me demande : « T’es fâchée ? »
Je réponds : « Evidemment. »
Il était 3h du matin, il n’y avait plus de métro et il habitait loin, je ne me voyais pas le virer de chez moi. Ou plutôt non, à la vérité, je n’en avais pas la force, j’étais à bout.
Noir.
Je me fais réveiller par une pénétration.
Une pénétration douloureuse et sèche.
Il n’a pas pris le temps d’enlever ma culotte et elle me fait mal.
J’essaie de l’enlever, j’ai mal, elle frotte mon entrejambe alors il prend le relais et me la retire.
Mais j’ai encore mal.
Je ne comprends pas bien ce qui se passe, je suis à moitié endormie et je ne sens qu’une douleur lancinante en provenance de mon sexe.
Cela dure plus longtemps cette fois, ou en tout cas c’est l’impression que j’ai.
Rien ne sort de ma bouche, juste des petits cris qu’il prend pour du plaisir.
J’ai envie de hurler.
Je suis choquée, j’ai mal, je ne comprends pas ce qui se passe, il fait noir et je ne sens plus mon corps. D’un coup, c’est comme si j’étais en dehors de moi.
Ma seule pensée est « Je veux que ça finisse. »
Il jouit en moi, à nouveau. Il se retire et s’endort.
Je reste prostrée, incapable de bouger. J’ai tellement sommeil que je m’endors.
Jeudi.
Il se réveille avant moi le matin pour aller au travail. Je fais semblant de dormir, il me fait un bisou sur le front et part en claquant la porte.
Je me lève et j’ai très envie de pleurer.
Heureusement ce matin là je retrouvais mes amies pour déjeuner.
A peine arrivée, elles ont compris qu’il y avait un problème. J’ai parlé et j’ai utilisé le mot « viol » pour la première fois.
Je marche dans la rue et je sens encore cette douleur au niveau de mon sexe.
J’envoie un message à Pat, en repassant sur chaque fait de la soirée et de la nuit, lui indiquant à quel point tout ça est grave et irrespectueux.
Il ne semble pas comprendre et me dit qu’il est « désolé », qu’on peut s’appeler pour en parler.
Je lui réponds qu’il n’y a pas de « désolé » et que ce qu’il m’a fait s’appelle un viol.
Il panique par sms, demande à m’appeler car « il ne l’a pas ressenti comme ça » et « il se sent très mal que je dise ça ».
Je lui réponds que je ne veux plus jamais le voir ni lui parler.
Aujourd’hui.
Je n’ai pas voulu le dénoncer, pas par peur pour lui, mais pour moi.
Je ne me sentais pas la force d’entamer toutes les procédures, de passer tous les interrogatoires et de me voir remise en question sur ce que j’ai ressenti.
« Mais vous l’avez invité chez vous, donc c’est que vous en aviez envie ? », « Mais vous n’avez pas dit non, comment pouvait-il savoir ? », « Vous n’aviez qu’à l’expulser de chez vous à la première pénétration. », « Pourquoi avez-vous enlevé votre culotte si vous n’en aviez pas envie ? »…
Je vous épargne les dizaines d’autres questions ou remarques que je vois venir à 3000 km.
J’en ai parlé à des amis garçons, et presque tous m’ont répliqué : « Mais tu as dit non ? ».
Même chez nos amis les plus proches, ce genre de commentaire existe.
Quand on ne dit pas oui, c’est non.
Et quand on dort, on ne peut dire ni oui, ni non.
On ne peut pas donner son consentement.
Et quand on est bourré, fatigué, affaiblie par n’importe quoi d’ailleurs, on n’est pas en pleine possession de ses moyens.
Ce n’est pas parce qu’on dit oui à 23h qu’on dit toujours oui à 4h du matin.
On peut changer d’avis, ça arrive ça aussi, non ?
Ma remise en question, je me la suis faite toute seule :
Pourquoi ai-je cédé en bas de mon immeuble ?
Qu’est ce qui a fait que j’ai accepté qu’il monte ?
Je suis née dans les années 90, j’ai eu une éducation ouverte, des parents qui m’ont inculqué de bonnes valeurs, transmis de bonnes images des femmes et des hommes.
Alors pourquoi, moi, une jeune femme de 21 ans, féministe et engagée dans la cause, j’ai cédé ?
Parce que quelque part en moi, j’ai l’impression que l’envie de l’homme est plus importante que la mienne.
Parce que quelque part en moi, je crois qu’il faut leur faire plaisir pour qu’ils nous le rendent.
Et ces choses-là ne m’ont pas été transmises par mes parents, mais par le monde dans lequel j’ai évolué, et dans lequel toutes les jeunes femmes de mon âge évoluent.
Le plaisir de l’homme ne doit pas prendre le pas sur notre plaisir.
L’envie de l’homme ne doit pas prendre le pas sur notre envie.
La volonté de l’homme ne doit pas prendre le pas sur la notre.
J’ai envie de porter plainte, j’ai envie de prévenir toutes les femmes de mon âge, j’ai envie qu’elles sachent qu’un viol n’arrive pas dans une ruelle sombre à 3h du matin, j’ai envie d’être entendue, comme toutes les femmes à qui ce genre de situation est arrivée.
Mais j’ai peur, et pire que ça, j’ai honte.
J’ai peur qu’on ne me croit pas, j’ai peur qu’on remette en question mes émotions, mes sensations, mes souvenirs.
J’ai honte parce que dans la culture du viol c’est à la victime d’avoir honte et pas à l’agresseur.
Parce que quelque part « c’est peut être de ma faute, peut être que je l’ai cherché ? »
Voilà ce qui s’immisce dans nos têtes, voilà ce qui nous oblige à garder le silence.
Cela peut arriver n’importe quand et avec n’importe qui.
Même avec un garçon ordinaire, gentil et rigolo.
Car aussi ordinaire, gentil et rigolo soit-il, ça reste un garçon élevé dans un monde fait pour les garçons.
Jusqu’à maintenant.
ᛃ Jera
2018 is drawing to an end and so am I. Finishing up a set of runes featuring stones and plants for the new year. Jera: Cycle, harvest, reward, fruition. Sunflower and gold crystals.