Un article sur l’Institut Français de la Mode dans Madame Figaro (22/23 février 2019, page 106, auteur : Marion Dupuis).
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Un article sur l’Institut Français de la Mode dans Madame Figaro (22/23 février 2019, page 106, auteur : Marion Dupuis).
Art et mode (Nuit des Débats à l’IFM, 7 décembre 2018)
Vendredi 7 décembre 2018, l'IFM a participé à la Nuit des Débats, avec un premier débat sur le développement durable ("comment dépasser la collapsologie", avec Jérôme Cohen, fondateur et président d'Engage), suivi d’échanges sur les relations actuelles entre mode et féminisme (avec Marion Herbaut, IFM/Management 2018) et enfin d’une table-ronde sur l'actualité des relations entre art et mode, avec Marie Delas (Paris Gallery Week-end + IFM/Entrepreneurs 2019), en conversation avec Jean-Paul Robin (galeriste) et Sarah Nefissa Belhadjali, artiste.
https://debat.paris.fr/home/2424/rencontre/7968
Ci-après un résumé de la table-ronde sur les relations entre art et mode en 2018, par Marie Delas.
Depuis une quinzaine d’années, le dialogue de toujours entre l’art et la mode s’est illustré par un phénomène croissant : les collaborations entre les artistes et les marques.
Comment expliquer cette démultiplication incessante?
Prenant le risque d’hypothèses simplistes, la mode veut-elle s’approprier la créativité que l’on trouve dans l’art contemporain ? S’acheter une caution artistique ? Une authenticité ? L’artiste garde-t-il son entière liberté d’expression dans cet exercice de style ?
En conversation avec Jean-Paul Robin, galeriste et Sarah Nefissa Belhadjali, artiste dont le travail porte en grande partie sur la mode et son système, Marie Delas (IFM/Entrepreneurs 2019) a passé en revue certains exemples de collaborations et essayé de cerner les risques des associations à outrance entre marques et artistes.
Qu’il s’agisse de Jeff Koons ou Takashi Murakami chez Vuitton, Jean-Michel Othoniel chez Swatch, des carrés Hermès par divers artistes (Julio le Parc, Buren…), de François Morellet chez Uniqlo et bien d’autres (liste non exhaustive ici), plusieurs remarques similaires surgissent : il semble que ce soient les stars du marché de l’art qui retiennent l’attention des marques et que ces collaborations ressemblent davantage à l’apposition d’une signature d’artiste sur des produits plutôt qu’à un véritable travail de co-création. Au-delà de l’application facile, évidente, attendue du “motif” artistique, vient la question de la pertinence de telles productions, tirées en petit nombre d’exemplaires, et visiblement peu rentables. Le luxe, et la mode par extension, cherchent-ils donc simplement à couvrir leur image d’un vernis artistique, voire dans le meilleur des cas à s’improviser en galeries d’art ?
Pour leur défense, remarque un auditeur, les marques permettent également d’amener l’art au plus grand nombre à travers de tels projets; pourquoi critiquer ?
Il est vrai, par la force de communication, l’ampleur de leur moyens, les marques offrent aussi aux artistes un terrain de jeu inédit. En 2018, Jon Rafman s’est vu confier la scénographie du dernier défilé Balenciaga, l’opportunité d’une œuvre marquante.
Bien que contraint, cet exercice composé est aussi et souvent fait en bonne intelligence entre créateurs de la mode et des arts visuels souligne une personne présente dans l’assistance: Agnes B, Martin Margiela... le dialogue entre deux univers créatifs proches a naturellement été fécond. Rappelons Schiaparelli ou Yves Saint Laurent en leur temps...
Aujourd’hui sous d’autres formes aussi, les marques s’impliquent auprès des artistes avec des initiatives plus discrètes mais très engagées : la résidence LVMH Métiers d’Art menée avec commissaire Léa Chauvel-Lévy pour soutenir la création émergente ou encore la maison Camille Fournet qui invite les artistes à utiliser le cuir, savoir-faire de la maison, comme médium pour créer des oeuvres originales.
Autre approche, autre regard : les artistes s’emparent également de la mode dans leur travail. Distance critique, analyse du système, détournement, Sarah Nefissa Belhadjali avec Nouvelle Collection comme Tom Sachs avec ses plateaux de McDo Hermès et ses guillotines Chanel (1998) trouve dans la mode un vivier d’inspiration pour pousser la collusion art et mode à son maximum. Les pistes sont réellement brouillées lorsque Nouvelle Collection vend des t-shirts pour financer une performance ou lorsque Tom Sachs accepte de signer des baskets pour Nike.
Quand Gagosian entreprend de vendre des skis siglés Jean-Michel Basquiat et s’approprie à son tour le rôle d’une marque de mode, il s’éloigne du monde de l’art (sans aborder la question du respect du travail de l’artiste).
A force d’emprunts, d’ironie et d’humour, il semblerait donc que les deux univers se mêlent de façon inextricable au point de ne plus pouvoir en démêler les fils. Qui utilise qui? La marque est-elle Jeff Koons ou Louis Vuitton?
De la gestion des images en e-commerce
Mardi 19 juin 2018, Thierry Maillet (Ooshot), Martin Gentil (Diatly) et Véronique Dahan (cabinet d’avocats August & Debouzy) sont intervenus à l’IFM sur les bonnes pratiques en matière de gestion des images dans le e-commerce, tant du point de vue technique que juridique.
Extraits de cette intervention :
« La France compte 220 000 sites marchands en 2018, et le marché français du e-commerce n’est pas tenu par Amazon ou eBay comme le sont l’Allemagne, le Royaume-Uni ou l’Italie » (Martin Gentil).
« Les marketplaces permettent aux gros opérateurs (comme les Galeries Lafayette ou La Redoute) de tester des marchés, sans stock, et permettent à de petites marques d'exister sans gros investissements » (Martin Gentil).
« Les marketplaces représentent 28% du volume d'affaires des sites qui les hébergent » (Martin Gentil).
« Le nombre de marketplaces en France augmente de +30% par depuis 8 ou 9 ans et ce n’est pas terminé » (Martin Gentil).
« Aujourd'hui les frais de port doivent être gratuits dans le e-commerce (et bientôt les frais de retour, comme en Allemagne, où il y a en moyenne 50% de retours) » (Martin Gentil).
« Il y a une relation étroite entre e-réputation et qualité des images publiées sur les sites, sur Instagram et en e-commerce » (Thierry Maillet).
« Trop de marques de mode n’investissent pas (ou pas assez) dans la photo sur le e-commerce. Or il y a une corrélation très grande entre la qualité de la photo et les ventes » (Thierry Maillet).
« Une marque comme Sézane a pu se construire exclusivement sur deux piliers = Instagram et sa boutique du Sentier » (Thierry Maillet).
« On était exposé à 2000 messages publicitaires par jour (années 1990) aujourd’hui on est sans doute plus proche de 10 000 » (Thierry Maillet).
« La photographie, un des derniers domaines des industries créatives en retard dans son industrialisation »... (Thierry Maillet).
« Une photo avec visage coûte plus cher qu’une photo sans visage » (Thierry Maillet).
« Est-ce que j’ai acquis les droits d’auteurs de la photo ? Une des premières questions à se poser quand on fait du e-commerce » (Véronique Dahan).
A savoir : « le mannequin, en e-commerce, a un droit à l’image » (Véronique Dahan).
« Il est possible d'utiliser des images avec la mention « creative commons » en taguant le nom du photographe » (Véronique Dahan).
« Un enjeu juridique important et à connaître : des marques récupèrent des photos qui parlent d’elles sur les réseaux sociaux et les utilisent sans autorisation (et sans tags) pour leur propre communication » (Véronique Dahan).
A savoir : en matière de propriété intellectuelle, la création est protégée au nom de « l'empreinte de la personnalité de l'auteur » (Véronique Dahan). « Ne pas confondre droit patrimonial (droit d’exploiter une photo) et droit moral (droit de modifier une image) » (Véronique Dahan).
FESTIVAL IFM 2018 : « PLANETE MARS »
Vendredi 29/06 + samedi 30/06 2018 Au programme : des conférences, des rencontres, des performances, des expositions... Le thème du festival, « planète Mars », est un prétexte pour parler de sujets et de figures relevant d’univers et horizons lointains, surprenants, inédits, profonds… Ce sera surtout l’occasion d’aller chercher des idées un peu folles ou dérangeantes et de partir le plus loin possible pour mieux « penser le réel ». Les sujets abordés relèveront tout autant de l’art, de la musique, de la mode, de l’histoire, que du domaine spatial et de l’astrophysique.
Inscriptions : https://www.eventbrite.fr/e/billets-festival-ifm-2018-planete-mars-46980048590
Vendredi 29 juin
9h/9h30 Introduction : Damien Monnerie (IFM/Management 2018), Lïa Carrier-Thabaret (IFM/Management 2018), Lucas Delattre (IFM)…
1ère partie : marges et périphéries
9h30/10h30 Introduction au « BoP » (bottom of the pyramid) = pratiques et méthodes visant à permettre aux populations les plus pauvres (4 milliards de personnes vivent avec moins de 8 dollars par jour) de vivre mieux dans un monde dominé par le capitalisme financier : https://www.novethic.fr/lexique/detail/bop.html Avec David Menasce, un économiste qui a créé Azao, agence spécialisée dans l'économie sociale et solidaire http://azao-consulting.com/ 10h30/12h Couture et psychiatrie Avec Gilles Marais, un comédien-costumier formé en haute couture qui a travaillé avec des malades psychiatriques dans différentes institutions (notamment à la clinique de La Borde) ainsi qu'au Samu social et au LHSS de Nanterre (lieu d'accueil pour SDF). 12h15/12h45 Gosha Rubchinskiy, « ovni de la mode » Camille Bolender (IFM/Management 2017) viendra parler de Gosha Rubchinskiy (né en 1984 à Moscou), un créateur de mode et photographe qui séduit l’Occident et qui permet de poser des questions intéressantes sur l’esthétique « post-soviétique ».
2ème partie : explorations spatiales 13h15/14h Mode et espace Les relations entre la mode et l’espace sont très riches, au moins depuis Apollo 11 (1969). Exploration par Yvane Jacob (IFM/Management 2012), et Gabrielle Moussafir (IFM/Management 2017). 14h/15h Mars, les enjeux d'une exploration future Les enjeux de l'exploration martienne depuis « Mars primitif », période durant laquelle la vie aurait pu apparaître jusqu’aux enjeux actuels autour de Mars et l'exploration future de Mars. Avec Sylvain Bouley, planétologue et spécialiste de la planète Mars, maître de conférences au département Géosciences de l'Université Paris Sud/Orsay. http://geops.geol.u-psud.fr/spip.php?article709
15h/16h Prendre en compte l’univers des « seniors ». Avec Catherine Marcadier-Saflix, fondatrice et dirigeante de « En Mode Création(s) », spécialiste de l’accompagnement stratégique des marques de mode en matière de « silver-économie »
3e partie : tentatives d’alignement des planètes
16h/17h Du « bouillonnement créatif » en entreprise Comment provoquer et entretenir un « bouillonnement créatif » dans les entreprises ? Avec Anne Thévenet-Abitbol, directrice Prospective et Nouveaux Concepts de Danone, dont le job est d’empêcher le groupe Danone de tourner en rond, de jouer les électrons libres et d’apporter des idées nouvelles dans tous les domaines. https://www.eveprogramme.com/10006/anne-thevenet-abitbol-femme-solaire/ Présentation suivie d’un débat avec Béatrice Lecerf, consultante spécialiste de la transformation culturelle des organisations (https://www.workissime.com/)
17h/18h Citoyens et consommateurs, même combat ? Avec Xavier Romatet (ex-PDG de Condé Nast France), qui explorera les contradictions entre notre statut de consommateurs et nos aspirations de citoyens.
4e partie : nouvelles frontières et nouveaux acteurs de l’espace
18h/19h Un « nouvel âge spatial » (« New Space ») On assiste à un abaissement du prix de l’accès à l’espace et à une accumulation de projets spatiaux notamment sur la côte Ouest des Etats-Unis, autour de SpaceX (Elon Musk), de Blue Origin (Amazon/Jeff Bezos), et bien sûr aussi de Google (Google Lunar X Prize et Constellation Starlink avec SpaceX) mais aussi de bien d’autres entreprises dont beaucoup de startups... Un nouvel écosystème de l’espace est en train de se mettre en place, avec un environnement entrepreneurial dynamique. Quels sont les grands enjeux du « New Space » ? Avec Hélène Huby, qui a lancé, avec deux ex-piliers de SpaceX, le fonds de capital-risque Global Space Ventures, dédié aux start-up du spatial : https://www.challenges.fr/entreprise/aeronautique/helene-huby-la-tete-chercheuse-du-futur-spacex_580602 Julien Cantegreil, entrepreneur, ancien directeur juridique adjoint de Kering, fondateur et CEO de OurSpace Labs à Paris (technologies de rupture dans le domaine spatial), et président du collectif AsterIdea dédié à la promotion des questions spatiales.
5e partie : galaxies créatives
19h/20h Christelle Kocher La créatrice de mode Christelle Kocher viendra avec plusieurs personnes de son entourage (membres de son « collectif », en particulier des artistes), dans l'esprit d'une « galaxie créative » ou de « plusieurs galaxies qui se rencontrent » sur tel ou tel projet. http://magazineantidote.com/mode/qui-est-christelle-kocher-releve-de-la-jeune-creation-parisienne/
20h15/21h15 Michel Gaubert Illustrateur sonore des plus grands défilés de mode. « Michel Gaubert est aujourd’hui le plus célèbre illustrateur sonore de la mode, suivi par près de 200.000 followers sur Instagram - son « passe-temps ». Le mélomane fait dialoguer la musique avec les silhouettes qui défilent, décode la force d’un vêtement, maîtrise l’impact du son quand il est bien choisi » (Madame Figaro, septembre 2016). https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Gaubert
A partir de 21h15 : Une performance de Shibaura Sound System (sounds from Japan) https://soundcloud.com/shibaura-sound-system https://www.facebook.com/shibaurasounds
Samedi 30 juin
1ère partie : planètes sonores et musicales
10h/11h « L’harmonie des sphères » aux origines de la musique. Selon la théorie de l'harmonie des sphères défendue par Pythagore, «les planètes en tournant autour de la Terre génèrent chacune un son d'autant plus aigu que la planète est plus éloignée de la Terre et que son mouvement est donc plus rapide. L'ensemble émet une musique très douce que nous n'entendons pas en raison d'une inadaptation de nos sens» (source : Umberto Eco). Avec Violaine Anger, musicologue (CNSM + Ecole Polytechnique + Université d’Evry),: http://cercc.ens-lyon.fr/spip.php?article175 https://fr.wikipedia.org/wiki/Harmonie_des_sph%C3%A8res
11h/12h Composer de la musique à l'ère de l'intelligence artificielle. Avec François Pachet, scientifique et musicologue, directeur du Creator Technology Research Lab chez Spotify https://bit.ly/2HpI7o4 https://www.francoispachet.fr/
12h/12h45 L’« intelligence artificielle émotionnelle » au service de la curiosité partagée Présentation de Panodyssey, une nouvelle plate-forme de partage de contenus et de passions au service d’« affinités inattendues » : https://panodyssey.com/ Avec les co-fondateurs de Panodyssey : Alexandre Leforestier, CEO de Panodyssey (anciennement fondateur de Qobuz), Yann Rigo, CTO de Meetic, Emmanuelle Cotte, Head of Brand & Communications chez Panodyssey, Eric Denut, directeur artistique musique classique (Ensemble Modern, Universal Music, Radio France), contents advisor chez Panodyssey.
13h/13h20 Présentation d’une installation sonore de Paul Emilieu Marchesseau, artiste et designer. Chaque personne est invitée à rencontrer l’artiste avec un morceau de musique dans son smartphone. Grâce à un dispositif imaginé par lui, les morceaux de chaque personne fusionneront et créeront une musique nouvelle. http://paulemilieu.com/
2e partie : espaces artistiques
13h30/14h L’espace comme « horizon littéraire » Avec Christine Montalbetti, romancière, auteur notamment d’un roman « spatial », La vie est faite de ces toutes petites choses (éditions P.O.L., 2016) http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=978-2-8180-3993-9
De 14h à 19h : Might, un collectif d’artistes numériques : vidéo mapping, scénographie, sound design, clip, illustrations visuelles et sonores : https://www.instagram.com/might.digital/ On pourra visiter l’installation pendant les conférences ou pendant les pauses, en particulier entre 17h et 17h30.
14h/15h Délires créatifs en tous genres Avec Céline du Chéné (France Culture), auteure d’une Encyclopédie Pratique des Mauvais Genres (Nada Editions, 2017), et qui rassemble ses chroniques sur France Culture, dans l'émission « Mauvais Genres » le samedi soir : cette Encyclopédie constitue un abécédaire illustré avec 26 portraits d’artistes « underground », explorant toutes sortes d'univers délirants et poétiques. http://www.nada-editions.fr/?product=encyclopedie-pratique-des-mauvais-genres
3e partie : Mars = violence et « forces vives »
15h/16h Le « retour de la guerre » (ou retour du « dieu Mars ») Avec Jacques Audibert, ancien conseiller diplomatique de l'Elysée sous François Hollande et ancien directeur politique du Quai d'Orsay, avec Alain Frachon, ancien directeur du Monde et éditorialiste du journal spécialiste des questions internationales : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Audibert https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Frachon
16h/17h Voyager pour se trouver Avec Marine Barnérias, atteinte d’une sclérose en plaques, qui est partie seule, pendant huit mois au bout du monde, pour apprendre à se connaître et trouver un sens à sa vie. Elle a fait le récit de ce voyage intérieur dans un livre de témoignage intitulé Seper Hero (éd. Flammarion). https://editions.flammarion.com/Catalogue/hors-collection/psychologie-et-developpement-personnel/seper-hero
4e partie : Mars = Marseille
17h30/18h Marseille, ville créative Avec Lisa Mestre (IFM/Management 2018) et Marion Goutière (IFM/Management 2013). Pourquoi Marseille ? Parce que « planète Mars » : https://fr.wikipedia.org/wiki/..._De_la_plan%C3%A8te_Mars
5e partie : rencontre avec deux extraterrestres de la mode
18h/19h Afterhomework Pierre Kaczmarek (19 ans) et Elena Mottola (21 ans) ont lancé la marque de prêt-à-porter Afterhomework il y a quatre ans
Concert/conclusion
19h/20h Concert Avec Margaux Poser (IFM/Management 2018) Etienne Stoffel (IFM/Management 2018)
Sophie Abriat (IFM/Management 2013) est la nouvelle rédactrice en chef du magazine EXHIBITION (parution deux fois par an) dont les co-fondateurs sont Edwin Sberro et Boris Ovini.
https://www.exhibition-magazine.com/
Avec 185 pages de photos, cartes blanches, séries mode, récits intimes et interviews fleuve, EXHIBITION mêle la mode et la culture, l’art et le cinéma, le texte et l’image. A l’occasion de sa 10ème publication EXHIBITION présente un numéro “spécial famille” : en exclusivité pour le magazine, Riccardo Tisci a photographié sa famille et son clan dans une série de 15 polaroïds : sa mère Elmerinda, sa muse Mariacarla Boscono, ses amis Carine Roitfeld, Irina Shayk ou encore Lea T. Dans une interview signée Jessica Michault, le designer raconte son année de pause, après douze ans passés à la direction artistique de Givenchy, et annonce son désir de revenir le devant de la scène. Dans le même numéro, Valeria Bruni Tedeschi raconte à Pierre Lescure (”editor at large” du magazine) ses souvenirs d’enfance. L’écrivaine Anne Berest a confié en exclusivité à EXHIBITION un dessin de son arrière-grand-père, le peintre Francis Picabia, baptisé « La Famille ». L’occasion pour l’auteur de s’interroger sur les liens entre vie de famille et création. Sophie Fontanel, icône d’Instagram aux 150 000 abonnés raconte pour la première fois comment, au fil d’un long processus, ses “followers” sont devenus comme ses “enfants”. Sophie Abriat a rencontré Robin Meason qui, avec son bureau de presse Ritual Projects, est à la tête d’une famille de douze marques qui renouvellent les codes de la mode (dont Vetements et Y/Project)... Collaborateurs réguliers du magazine : Pierre Debuschere, Dan Tobin Smith, Suzie + Leo, Thomas Lhor, Peter Philips. Nouveaux venus : Sophie Fontanel, Anne Berest, Greta Ilieva, Marcus Schaeffer, Monique Baumann, Marie Schiele.
Moriba-Maurice Koné (IFM/Management 2012) interviewé dans "Le Monde" (rubrique "L'Epoque") avec son associé Steven Alexis, co-fondateur avec lui de la marque AppleCore ("une marque qui incarne la relève du streetwear" selon Le Monde), sur le thème du survêtement. 14 octobre 2017
Hommage à Pierre Bergé
Mort de Pierre Bergé, mécène et mentor, homme d’affaires et d’engagements Le président du conseil de surveillance du « Monde » est mort vendredi, à Saint-Rémy-de-Provence, à l’âge de 86 ans. Le Monde | 08.09.2017 Par Raphaëlle Bacqué Il est rare qu’un homme décide entièrement de sa vie. Pierre Bergé s’y est pourtant attelé dès l’adolescence. Il a voulu sortir de son milieu, croiser les écrivains et les peintres en vue de son temps, devenir riche et user de son argent pour bâtir sa propre aventure. Ces dernières années, l’homme d’affaires avait même caressé l’idée de décider de l’instant de sa propre fin. Militant de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité, ce grand lecteur s’imaginait disparaître « à l’antique », en choisissant le moment, après avoir vendu ses œuvres d’art et rédigé avec soin son testament. A la fin mars 2017, il s’était marié avec le paysagiste Madison Cox, également désigné comme son exécuteur testamentaire, afin d’être certain que ses dernières volontés soient respectées. Une union dans la stricte intimité à la mairie de Benerville-sur-mer, et un dîner avec dix-huit invités dans cette maison du Calvados qu’il avait imaginé comme une datcha donnant sur la Manche. Depuis, il avait consacré beaucoup de son temps à préparer chaque détail des deux musées dédiés à Yves Saint Laurent, à Paris et à Marrakech, qu’il comptait inaugurer en octobre. La maladie aura pris ces projets de vitesse. Pierre Bergé est mort, vendredi 8 septembre, à l’âge de 86 ans, à Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône). Au Monde, dont il était devenu en 2010 l’un des actionnaires, avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse, et dont il assurait la présidence du conseil de surveillance, on ne le voyait qu’exceptionnellement. Les chroniqueurs de mode, les critiques d’art et quelques journalistes politiques l’avaient parfois croisé, au détour de sa vie professionnelle ou de ses engagements. Mais Pierre Bergé s’était résolu à exprimer ses avis de lecteur sur son compte Twitter, tour à tour colérique puis charmant, dur et généreux, d’une culture très raffinée mais capable d’asséner des jugements à l’emporte-pièce. « Je suis un artiste manqué », disait-il souvent, avant d’ajouter : « On s’y fait très bien… » Plonger dans sa vie équivaut pourtant à suivre un parcours follement romanesque, commencé le 14 novembre 1930 à Saint-Pierre-d’Oléron (Charente-Maritime). Le père du jeune Pierre est fonctionnaire aux impôts, sa mère institutrice, soprano amateur et adepte de la méthode Montessori pour éduquer ce fils unique auquel on laisse facilement la bride sur le cou. A La Rochelle, où la famille s’est installée en 1940, l’adolescent s’est déjà fait exclure du lycée Fromentin. Le voilà qui quitte les épreuves le jour du baccalauréat. « Ce sujet ne vaut rien, cela ne m’intéresse pas du tout », a-t-il décrété en déchirant sa copie. A 17 ans, sans diplôme, il a déjà décidé de changer de vie. Depuis des mois, passionné de littérature, il a écrit à Giono et à Gide qui, dira-t-il plus tard, « a permis à beaucoup de gens, dont moi, de respirer un peu mieux et d’assumer ses choix ». Il est homosexuel et pressent déjà qu’il lui faudra rompre avec sa jeunesse provinciale s’il veut mener son existence librement. Le voilà à Paris pour devenir journaliste. Premiers pas vers la vie rêvée Il faut l’imaginer, jeune Rastignac, découvrant la capitale. En octobre 1948, la foule acclame sur les Champs-Elysées le retour d’Amérique du boxeur Marcel Cerdan, et le jeune Pierre s’est mêlé à la liesse. Soudain, un homme tombe du ciel devant lui. C’est le poète Jacques Prévert, qui vient de chuter accidentellement, par la fenêtre d’un immeuble. C’est le début de la légende que va se construire Pierre Bergé : « J’ai toujours considéré que c’était un signe du destin qu’un poète me tombe sur la tête à mon arrivée à Paris. » La France entame ses « trente glorieuses » dans la gaieté et l’optimisme. Grand danseur, le jeune homme hante les boîtes de Saint-Germain-des-Prés en compagnie d’un ami, Guy Marchand. Le duo s’est avisé de soutenir le combat de Garry Davis, ancien pilote de l’US Air Force, qui vient de rendre son passeport américain pour se déclarer « citoyen du monde ». Au sein du comité de soutien, Pierre Bergé croise Albert Camus, André Breton, Vercors (pseudonyme de Jean Bruller), Jean Paulhan, et cet aréopage brillant est déjà un premier pas vers la vie à laquelle il aspire. Il devient rédacteur en chef de La Patrie mondiale, un journal fondé pour soutenir le combat de Garry Davis. Ce n’est qu’un petit journal qui ne dépassera jamais les deux numéros, mais les signatures sont celles de pigistes de luxe, Albert Camus, le poète Maurice Rostand, ou le militant pacifiste Robert Jospin, père du futur premier ministre socialiste. François Mauriac peut bien fustiger ce mouvement, qui ne combat que d’un côté du rideau de fer et « enrichit le jeu de Staline d’une carte inespérée », Pierre Bergé lui répond avec arrogance : « Cette classe dont vous faites partie (…), qui a accepté 1914 et a préparé 1939, cette classe, enfin, qui a tué Jaurès, Salengro et Gandhi, cette classe nous dégoûte ! » Bergé n’a que 19 ans et l’on reconnaît déjà son style… Vie de couple avec Bernard Buffet Il faut bien, pourtant, gagner sa vie. Le jeune Pierre trouve un emploi de courtier à la librairie Anacréon, rue de Seine. Le jour, le jeune homme court les bouquinistes pour dénicher des éditions rares. Le soir, il accompagne son patron dans les boîtes de nuit. De La Rochelle, sa mère s’inquiète. Elle voudrait savoir : son fils est-il homosexuel par inclination, ce qu’elle admettrait parfaitement, ou l’est-il par snobisme, pour mieux fréquenter ce milieu d’artistes où l’homosexualité est fréquente ? Il lui répond en amoureux : un soir d’avril 1950, dans la galerie d’art de Maurice Garnier, presque voisine de la librairie, il a croisé un jeune peintre, Bernard Buffet. « Il avait 20 ans, j’en avais 18 et, comme tous les coups de foudre, le nôtre frappa à la vitesse de l’éclair », écrira-t-il plus tard. Le couple a décidé de s’installer en Provence, là où la lumière est plus vive. Le vieux mas qu’ils ont déniché à Séguret est rustique, mais on voit les dentelles de Montmirail et, l’été, il est facile de rejoindre Orange et ses Chorégies. Buffet travaille d’arrache-pied, Pierre se charge des tâches domestiques, gère les relations avec les marchands d’art. Quand il fait doux, ils partent en moto à l’assaut du mont Ventoux. Un jour, Pierre ose pousser jusqu’à Manosque, où réside Jean Giono, lu et admiré depuis longtemps. L’écrivain s’est plongé depuis quatre ans dans la rédaction du Hussard sur le toit, mais Gallimard lui a proposé de publier sa biographie. Giono propose aux jeunes gens une idée : ils n’auront qu’à s’installer chez lui, partageant les repas familiaux du dimanche, pendant que Pierre rédigera le fameux livre. Ils y restent un an. Bernard peint. Pierre, lui, ne parvient pas à écrire. Mais il pioche chaque jour dans l’impressionnante bibliothèque de l’écrivain. « Nous ne nous sommes jamais quittés, même le temps d’un déjeuner, pendant huit ans », dira plus tard Pierre Bergé de sa relation avec Buffet. Sans doute est-ce là qu’il forge pour la première fois sa personnalité de mentor. Les soirs de vernissage, lorsque le peintre est assailli par les critiques d’art, les admirateurs, c’est Pierre qui répond, entretient les conversations et organise les ventes des tableaux de son amant auprès des acheteurs qui affluent du monde entier. Avec le succès vient l’argent. On achète un yacht que Pierre pilote. Avec le succès viennent aussi les relations. Ils sont conviés au château de La Colle Noire, la splendide propriété de Christian Dior, dans le Var, louent un appartement à Paris, dans le 16e arrondissement, et achètent bientôt une maison à 20 km de la capitale, baptisée Manines. Les revoici à Paris, où ils fréquentent les clubs chics et le monde de la nuit. La rencontre avec Saint Laurent Toujours, Pierre Bergé a rêvé de mener une vie luxueuse de châtelain, comme celle que mènent encore les dernières grandes familles aristocratiques. A Manines, les dîners sont servis par des valets, la Rolls est conduite par un chauffeur en livrée et un jardinier s’occupe à demeure des fleurs et pelouses. La presse et les admirateurs de Buffet tordent le nez. On juge qu’il produit trop et que Bergé est en passe de transformer « un peintre de génie en affaire commerciale ». De mauvais jeux de mots courent Paris sur « Buffet et sa commode » fleurant la jalousie et une méchante aversion pour ce que l’on appelle encore « la pédérastie ». Fuyant ce vent mauvais, le couple repart en Provence, où il a acheté une splendide bastide du XVIIe siècle, dont les façades blondes donnent sur la montagne Sainte-Victoire. Le jour de la crémaillère, trois cents invités se pressent autour d’eux, parmi lesquels les amis Cocteau, Giono et Roger Martin du Gard. Pierre Bergé n’a jamais été aussi riche, entouré, admiré. A peine a-t-il remarqué, lors des obsèques de son ami Christian Dior, le 24 octobre 1957, un jeune homme fin et timide, entouré de l’état-major de la maison de couture en deuil. Yves Saint Laurent vient de prendre la succession de Christian Dior, et ni Bernard Buffet ni Pierre Bergé n’ont vraiment entendu parler de lui avant d’être conviés à son premier défilé. Pierre ignore parfaitement ce qu’est la mode, qu’il tient pour une activité frivole. Mais la clientèle de la haute couture est parfois la même que celle des marchands d’art, et le hasard a fait que la correspondante du Harper’s Bazaar convie le couple afin de leur présenter ce jeune couturier qui admire tant la peinture de Buffet. Faut-il que leur amour soit usé pour que les deux compagnons d’autrefois regardent ailleurs en même temps ? Pendant que Pierre succombe au charme d’Yves, Bernard est tombé fou amoureux d’une femme, Annabel May Schwob de Lure, mannequin et amie de Juliette Gréco. Au mois d’août 1958, la rupture est consommée. Pierre Bergé s’installe à Paris avec Yves Saint Laurent, et Bernard Buffet épouse Annabel à Ramatuelle. Des années après le suicide de son ancien amant, Bergé le jugera sévèrement : « Un peu avant 30 ans, il avait abdiqué (…). Il aurait voulu revenir à la peinture telle qu’il l’avait aimée dans son enfance. C’était trop tard. J’avais été complice, probablement coupable. J’avais tant cru à son génie »(Les jours s’en vont je demeure, Gallimard, 2003). Yves Saint Laurent, lui, n’a que 21 ans, et il doit assumer la succession de Dior. C’est une tâche écrasante, mais Pierre Bergé a tout de suite pris à cœur de jouer auprès de lui son rôle favori : celui de super-agent. Yves est timide. Pierre exige qu’on le traite en star. Yves est harassé de travail. Pierre se mêle de toute la chaîne de fabrication de haute couture. Yves est souvent irascible, angoissé, volage. Pierre se montre rassurant et inébranlable. Il n’entendait rien à la mode jusque-là, mais a découvert un milieu raffiné autant qu’une industrie, et cela lui plaît. Actif en coulisses La guerre d’Algérie fait rage, cependant, et le jeune couturier est appelé sous les drapeaux, comme tous les Français de son âge. A la seule idée de rejoindre l’armée, Saint Laurent sombre dans une dépression nerveuse. Déjà, le propriétaire de Dior, Marcel Boussac, cherche une parade. Si son couturier vedette est incapable de partir se battre tout autant que de travailler, il faut lui trouver un remplaçant, et Marc Bohan paraît prêt à la relève. Dans la coulisse, pourtant, Bergé s’active. Il a chargé un jeune et brillant avocat, Jean-Denis Bredin, d’attaquer la maison Dior pour rupture abusive de contrat. Mais comment annoncer à Yves ce licenciement, lui qui paraît si fragile ? Il s’attendait à voir son compagnon s’effondrer, c’est tout le contraire. « Nous allons fonder notre maison ensemble. Je dessinerai les collections, et tu la dirigeras ! », annonce Yves soudain ragaillardi. Encore faut-il trouver de l’argent. Après avoir fait le tour de toutes leurs relations, Pierre Bergé n’a déniché qu’un homme d’affaires américain ayant fait fortune dans les assurances, Jesse Mack Robinson, pour investir. Il faut aussi préparer le retour médiatique, comme on ne dit pas encore, d’Yves Saint Laurent. Cette fois, c’est le mannequin favori et amie, Victoire, justement mariée à Roger Thérond, le mythique patron de Paris Match, qui s’en charge. Le 7 octobre 1961, l’hebdomadaire annonce le lancement de la maison Saint Laurent. Lors de la soirée qui suit, une petite foule d’invités brillants, parmi lesquels Jean Cocteau et Françoise Sagan, se presse dans le nouvel appartement du couple, place Vauban. Bientôt, la maison Saint Laurent s’installera rue Spontini. Un écrin pour abriter leur amour, le génie de l’un, et le sens des affaires de l’autre. « Nos plus belles années » Lorsqu’il parlait de cette époque, Pierre Bergé disait volontiers: « Cela a été nos plus belles années. » Ce sont en tout cas les années qui ont le mieux inspiré les biographes, les cinéastes, les journalistes tant ce nouveau couple paraît complémentaire, tumultueux, et pour tout dire romanesque. Dès sa première collection, Yves Saint Laurent a été sacré comme un nouveau grand maître de la mode. De Liliane Bettencourt à la baronne Guy de Rothschild, les anciennes riches clientes de Dior accourent chez ce génie des couleurs et de la coupe qui fait d’elles des femmes modernes, élégantes et apparemment libres. D’emblée, Pierre Bergé a fixé les prix des robes et des manteaux : ils seront alignés sur ceux de Dior, comme si le débutant égalait déjà son ancien mentor. Les années 1960 voient la société de consommation exploser dans tous les domaines. Il faut moderniser, internationaliser, diversifier. Se lancer dans le prêt-à-porter, aussi, et développer les licences. Pierre Bergé a eu l’idée de lancer un parfum, baptisé Y, et ce succès apporte aussitôt de l’argent frais. Pour répondre à Courrèges et Cardin qui habillent les femmes comme des héroïnes de science-fiction, Saint Laurent réplique avec une collection inspirée de deux peintres abstraits, Mondrian et Poliakoff. Cette fois, les ventes s’envolent. Première boutique de prêt-à-porter En 1966, les voilà qui ouvrent leur première boutique de prêt-à-porter, Saint Laurent Rive gauche. Ils ont voulu un endroit élégant et une ligne très chic, dont la marraine n’est autre que Catherine Deneuve, qu’Yves a entièrement habillée pour le tournage de Belle de jour, de Luis Buñuel. Toutes les femmes en vue de l’époque, de Françoise Giroud à Jeanne Moreau, lui emboîtent le pas. La répartition des tâches au sein du couple Bergé-Saint Laurent est la même qu’au temps du couple Bergé-Buffet. A Yves, la création. A Pierre, les relations avec les grands critiques et la conduite de l’entreprise. Leur complémentarité est parfaite. Yves est un inquiet, fragile, angoissé. Pierre est déterminé, autoritaire, souvent colérique. Mais ce sont tous deux des érudits, passionnés de peinture, de littérature et d’opéra. Pour se reposer de la fatigue des collections, ils ont acheté à Marrakech une très belle maison, qu’Yves a aussitôt baptisée « la maison du serpent », et qu’il a peinte et meublée avec un goût exquis. Ils y mènent une vie très libre, entourée d’amis riches et cultivés qui viennent dans ce nouveau Saint-Tropez nord-africain. Pierre Bergé a renoué avec ce train de vie dispendieux et élégant auquel il a toujours aspiré et fréquente ces grands noms de l’aristocratie qui mènent une existence oisive et s’habillent en Saint Laurent. Lui qui lit peu les magazines ne manque jamais, chaque mois, L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, et ses notices nobiliaires et généalogiques. A Marrakech, il fréquente l’incroyable riad de la comtesse Charles de Breteuil, donne des fêtes où se pressent les Krupp von Bohlen und Halbach, Hélène Rochas, Thadée Klossowski, Loulou de la Falaise, Adolfo de Velasco. En France, les bals proustiens que donnent Guy et Marie-Hélène de Rothschild l’enchantent. Rien ne le ravit plus que d’aller en week-end dans ces châteaux de l’aristocratie française où les convives arrivent avec leur personnel et où les parties de chasse ressemblent à celle de La Règle du jeu, de Jean Renoir. Cela n’empêche nullement Bergé de tenir la maison d’une main de fer. Certains critiques – dont Nathalie Mont-Servan, du Monde – n’ont pas aimé la collection Libération d’Yves en 1971 ? Il leur interdit l’entrée du défilé, l’année suivante. La diversification Il n’empêche, la haute couture est menacée. Coco Chanel est morte en 1971. Les femmes actives jurent bien plus par les jeunes créateurs et devant la menace, Pierre Bergé imagine en 1973 un regroupement qui deviendra bientôt la Chambre syndicale du prêt-à-porter des couturiers et des créateurs de mode dont il prend la présidence. Rue de Babylone, le couple a emménagé dans un superbe appartement décoré à grands frais par Jacques Grange, dont ils ont fait un incroyable musée. Dans le salon, une toile de Fernand Léger côtoie un Géricault et un Mondrian. Des chandeliers du XVIIe siècle entourent une sculpture de Brancusi. Sur des tables arts déco de Jean-Michel Franck ont été disposés des bronzes Renaissance. Le salon de musique, laqué de rouge, a des allures de fumerie d’opium. Opium, c’est justement le nom qu’Yves a choisi de donner au nouveau parfum que la maison entend lancer. Dans certains pays, dont les Etats-Unis, cela fait scandale. N’est-ce pas faire l’apologie de la drogue ? Mais Bergé tient bon. Tout juste admet-il de modifier le slogan publicitaire – « Pour celles qui s’adonnent à Yves Saint Laurent » – pour le marché américain. C’est un immense succès. Désormais, sous l’impulsion de son PDG, qui a compris l’importance de la diversification, la marque YSL ne fait plus seulement des vêtements, mais aussi des fragrances, du maquillage et des produits de beauté. Vie commune infernale Le soir, le couple hante les soirées du Sept, au 7 de la rue Sainte-Anne, dont le propriétaire Fabrice Emaer, 1,92 m et la mèche blond platine, accueille toute la faune électrisée des nuits parisiennes d’un « Bonsoir, bébé d’amour ! » Yves se perd dans ces nuits blanches. Au cours d’une soirée, il a rencontré Jacques de Bascher, jeune favori de Karl Lagerfeld à la beauté magnétique. C’est un dandy vénéneux qui tourne les cœurs. Amoureux, le génie de la haute couture multiplie avec lui les orgies d’alcool et de drogue. A plusieurs reprises, il a fallu l’hospitaliser pour de longues périodes qui le laissent exsangue. Pour préserver l’entreprise, Pierre Bergé donne le change. Mais la vie commune est devenue infernale. Le 3 mars 1976, Bergé décide de quitter l’appartement de la rue de Babylone après dix-huit années de vie commune et s’installe dans une suite de l’Hôtel Lutetia. Cela ne l’empêche pas de continuer à protéger le créateur de ses démons. C’est lui qui trouve les médecins, paye les factures, organise la vie quotidienne, veille à sa tranquillité lorsque le couturier crée ses somptueuses collections. « Il enferme Yves », murmurent ses détracteurs, prompts à le décrire en despote. En vérité, Pierre Bergé continue d’admirer et d’aimer son ancien compagnon. Il multiplie à travers le monde de grandes expositions rétrospectives autour des créations Saint Laurent. Au Metropolitan Museum de New York, au Musée des beaux-arts de Pékin, à l’Ermitage de Leningrad, des millions de personnes peuvent admirer l’artiste ainsi exposé de son vivant. Entretenir la légende de leur couple Veut-il entretenir la légende de leur couple ? Pierre Bergé continue d’acheter des propriétés où le duo pose ensemble pour les magazines : la villa Majorelle à Marrakech, le château Gabriel en Normandie où Jacques Grange a reconstitué une charmante datcha russe, la villa Léon l’Africain à Tanger, entre la Méditerranée, qui rappellera au couturier son enfance à Oran, et l’Atlantique, chère à l’ancien natif d’Oléron. Bergé a appris à piloter hélicoptères et avions et emmène Yves dans son bimoteur Agusta rejoindre ces retraites somptueuses. C’est aussi là, dans les jardins redessinés par le paysagiste Madison Cox devenu le plus proche ami de l’homme d’affaires et aujourd’hui son exécuteur testamentaire, que sont souvent photographiés les derniers modèles haute couture, dans un foisonnement de philodendrons géants et de yuccas rappelant les tableaux du Douanier Rousseau. Le duo, de fait, est irrémédiablement soudé, et Yves Saint Laurent le dit sans détour : « Sans toi, je ne serais peut-être pas celui que je suis. Sans moi, je ne l’espère mais je le pense, tu ne serais pas ce que tu es. Ce grand aigle à deux têtes qui cingle les mers, dépasse les frontières, envahit le monde de son envergure sans pareille, c’est nous. » Aigle à deux têtes… Pendant qu’Yves multiplie les collections éblouissantes, Pierre Bergé s’attache à assurer l’avenir de la maison. Bien conscient que le marché de la haute couture décroît inexorablement, Pierre Bergé entend racheter Charles of the Ritz, qui garde le contrôle des parfums stars signés Saint Laurent. Il y parvient grâce à Alain Minc, qui lui apporte un nouveau partenaire, Carlo De Benedetti, par l’intermédiaire de sa holding française Cerus. En 1987, le groupe est désormais l’un des géants du luxe de 2,5 milliards de francs et 2 600 salariés. Deux ans plus tard, le groupe est introduit avec succès en Bourse. Séduit par François Mitterrand Cela ne suffit par à Pierre Bergé. Jusque-là, l’homme d’affaires est resté classiquement un électeur de la droite bourgeoise. Mais il aime être au cœur du pouvoir, et depuis que la gauche est arrivée aux affaires, il n’a pas à se plaindre des socialistes. Le ministre de la culture Jack Lang a permis dès 1982 aux créateurs de défiler dans la Cour carrée du Louvre, Danielle Mitterrand porte souvent du Saint Laurent, et Bergé est devenu l’un des donateurs de la Fondation France Libertés lancée par la première dame. François Mitterrand, surtout, le séduit. Devenu le principal actionnaire de Globe, un nouveau magazine lancé par Georges-Marc Benamou avec Bernard-Henri Lévy, il met le journal au service de la réélection du président socialiste. Les vieux mitterrandistes tordent le nez devant les flatteries trop appuyées de ce patron qui offre des éditions rares au chef de l’Etat. Mais à peine réélu, Mitterrand le fait nommer à la tête de l’Opéra de Paris. Est-ce parce qu’il veut y régner sans partage ? Quelques mois après son arrivée, Pierre Bergé provoque un scandale en renvoyant le chef d’orchestre Daniel Barenboïm. Celui-ci est le plus fameux chef du moment. Il n’a pas caché son mépris à l’égard de Bergé, qu’il tient tout juste pour un amateur éclairé, et n’a pas l’intention de se laisser dicter le programme de la saison par un patron de la haute couture. Mais Pierre Bergé a sans doute sous-estimé la force de la renommée du chef de légende. C’est un tollé international. Les critiques contre son arrogance et son autoritarisme qui, jusque-là ne dépassaient pas le petit monde de la mode sont désormais publiques. Bergé tient bon. Il parvient à ouvrir le nouvel Opéra Bastille à temps pour les célébrations du bicentenaire de la Révolution française, en 1989, mais termine son mandat, en 1994, dans un climat social tendu. Son amitié avec François Mitterrand n’en finit pas, cependant, de susciter les polémiques. Le rachat, le 19 janvier 1993, du groupe Saint Laurent par Sanofi, filiale du groupe Elf dirigé par Loïk Le Floch-Prigent, un affidé du président, pour 3,6 milliards de francs soulève tous les soupçons. Ce rachat en pleine crise, pour un prix équivalent à dix-huit fois les bénéfices d’YSL, n’est-il pas une bonne manière de Mitterrand à l’égard de celui qui a financé ses campagnes ? Bergé, fin négociateur, est de plus parvenu à obtenir que les nouveaux acquéreurs rachètent sa commandite contre le versement de 350 millions de francs à chacun des fondateurs, Yves Saint Laurent et lui-même. Défenseur de la lutte contre le sida Voici venu le temps du Pierre Bergé mécène. Propriétaire de la brasserie de luxe Prunier, d’une société de vente d’art, du magazine militant gay Têtu, l’homme d’affaires prend la présidence du comité Mac Orlan qui gère les autorisations d’exploitation de l’œuvre de l’écrivain, celle du comité Cocteau, finance la restauration de la maison d’Emile Zola à Médan (Yvelines). La lutte contre le sida tient en lui un de ses plus fervents et riches défenseurs et il soutient une partie importante de la recherche et de l’accompagnement des malades. Il avait récemment donné un prolongement artistique à cet engagement en produisant 120 battements par minutes, le film de Robin Campillo sur l’aventure d’Act Up, Grand Prix du jury au Festival de Cannes en 2017, salué par toute la critique, qui vient de sortir en salles. Il continue aussi de financer des campagnes électorales, soutient Bertrand Delanoë en campagne pour la Mairie de Paris en 2001, Ségolène Royal, lors de la présidentielle de 2007, le courant de Vincent Peillon en 2009, jusqu’à Emmanuel Macron, en 2017. En 2009, il a choisi de vendre une grande partie de sa collection d’œuvres d’art et use de son argent pour militer en faveur du mariage pour tous, soutenir la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui pour les couples homosexuels, financer des mises en scène théâtrales, des expositions, des festivals. Et des journaux. En 2010, il était devenu actionnaire du Groupe Le Monde en clamant avec ironie : « Je n’ai pas eu le bac, mais j’ai acheté Le Monde. » Il lisait le journal avec attention, comme les autres publications du groupe (L’Obs, Courrier international, Télérama, La Vie), contestant tel article, désapprouvant telle critique publiquement tout en se félicitant que « les journalistes continuent de n’en faire qu’à leur tête ». Il continuait aussi d’aider, d’entretenir même, une dizaine d’amis, assistants, compagnons qui l’accompagnaient à l’Opéra, au théâtre, à des lectures publiques. Depuis 2009, il avait déclaré publiquement être atteint de myopathie. Depuis, il combattait crânement la maladie. Avec arrogance, ironie et profondeur, comme il avait mené sa vie.
A Shanghai, Jia Cheng (IFM/Management 2015), a créé avec deux associés la marque “Zowoo”, qui propose des objets d’artisanat en bois. Une boutique-atelier de la marque se trouve au grand magasin “Réel” (métro : Jingan Temple), à l’étage “Do It Yourself” où d’autres marques proposent à tout un chacun de mettre la main à la pâte et de produire ses propres objets (cuir, céramique, peinture...). Cette formule rencontre visiblement un grand succès, les ateliers ne désemplissent pas.
Franck Delpal a soutenu aujourd'hui (mercredi 28 juin 2017) avec succès sa thèse en sciences économiques à l'Université Paris-Dauphine. Sujet de la thèse : "Analyse des pratiques d’intégration verticale par les entreprises du luxe en France et en Italie. Illustration dans le secteur textile-habillement-cuir". Réalisée sous la direction de Sophie Méritet à l’Université Paris-Dauphine. Le jury était composé de : William James Adams, Professeur - Université du Michigan, Rapporteur Olivier Bouba Olga, Professeur - Université de Poitiers, Rapporteur Anna Creti, Professeur - Université Paris-Dauphine Dominique Jacomet, Directeur Général de l’IFM Sophie Méritet, Maître de conférences - Université Paris-Dauphine, Directrice de Thèse Pascal Morand, Président Exécutif de la Fédération de la haute couture et de la mode
Résumé de la thèse : "Contrairement au mouvement d’externalisation constaté depuis plusieurs décennies dans le secteur textile-habillement-cuir, les entreprises appartenant au segment du luxe affichent un degré d’intégration verticale de plus en plus poussé. Ce travail de thèse s’attache à mettre en lumière les causes et les conséquences de cette stratégie en mobilisant les concepts et les méthodes de l’économie industrielle. Le fonctionnement spécifique de l’industrie du luxe nous amène à privilégier une approche micro-économique basée sur des données qualitatives et quantitatives recueillies sur 21 entreprises, ainsi que des modèles économétriques menées sur 18 d’entre elles. Cette thèse montre que la stratégie d’intégration verticale mise en œuvre par les entreprises répond en premier lieu à une recherche d’efficience productive et de captation de rente. Elle a eu pour effet de renforcer les barrières à l’entrée existantes sur le segment du luxe et contribué à accroître les performances des acteurs installés".
"Modes, à la ville, à la scène" : une exposition à voir au Centre National du Costume de Moulins (jusqu’au 17 septembre 2017).
Petit compte-rendu d’une visite de l’exposition avec des étudiants IFM (vendredi 19 mai 2017) en présence de la commissaire de l'exposition Catherine Join-Diéterle, ancienne directrice du Musée Galliera qui a également créé, en 2007, la chaire de la mode et du costume à l’Ecole du Louvre. http://www.cncs.fr/modes-%C3%A0-la-ville-%C3%A0-la-sc%C3%A8ne
À partir des collections du CNCS et de prêts extérieurs, l’exposition présente les influences réciproques de la mode et du costume de scène, du XVIIIe siècle aux années 2000.
Trois figures de comédiens célèbres permettent de résumer le propos de cette exposition :
1) Justine Favart (née en 1727, morte en 1772). https://fr.wikipedia.org/wiki/Justine_Favart
« Plus de vérité, plus de couleur locale » : telle fut l’idée de Justine Favart.
En 1753, Justine Favart a parodié « Le Devin du village », un opéra de J.-J. Rousseau, et en a fait une pièce, « Bastien et Bastienne », où elle a provoqué une révolution dans le costume parce qu'elle y apparaissait « en habit de laine, telle que les villageoises en portent; une chevelure plate, une simple croix d'or, les bras nus et des sabots ». Cette nouveauté déplut à quelques critiques. Mais un autre les fit taire en disant : « Messieurs, ces sabots-là donneront des souliers aux comédiens ».
Dans une autre pièce, la « Comédie des Sultanes », on vit pour la première fois de « véritables habits des dames turques », les costumes ayant été fabriqués à Constantinople.
A partir notamment de l’exemple de Justine Favart, on constate que le théâtre du XVIIIe siècle a permis de faire triompher trois phénomènes de mode : -La mode des « turqueries » -La mode du « bon vieux temps » (« à la Valois », « à l'espagnole »...) -La mode de la « paysannerie ».
A connaître : -Madame de Pompadour en jardinière et en sultane : deux tableaux de Charles André van Loo (1747). https://fr.wikipedia.org/…/Fichier:Charles_Andr%C3%A9_Van_L… http://www.madamedepompadour.com/…/gal…/pittura/loo/loo1.htm -Le tableau « à la sultane » ornait la « Chambre turque » de la marquise de Pompadour au Château de Bellevue, à Meudon. -Les tableaux « turcs » de Jean-Etienne Liotard https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-%C3%89tienne_Liotard
A savoir : -Au XVIIIe siècle, on constate une « folie de théâtre » partout dans les classes aisées, avec 300.000 personnes qui sont à la fois passionnées de mode et de théâtre (vers 1720). -Se répand vers 1780 la mode des « robes à la turque », avec écharpes et ceintures. -On s'habille « à la turque » même pour jouer des pièces comme « L'Orphelin de la Chine » (Melle Clairon).
2) François-Joseph Talma (1763-1826), dit « Talma », très célèbre comédien du début du XIXe siècle. https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois-Joseph_Talma
L’exposition parle notamment du rôle de Talma (Titus) dans la pièce "Brutus" de Voltaire. La toge qu’il porta dans ce rôle créa un scandale (pour la première fois, on voyait les jambes nues d’un comédien sur scène). Cette toge, très dans l’esprit des tableaux de David également contemporain, inspira celle du Conseil des Cinq-Cents, sous le Directoire. https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_des_Cinq-Cents Sa « coiffure à la Titus » inspira hommes et femmes de l’époque. http://www.tetue.net/coiffure-a-la-titus
3) Sarah Bernhardt (1844-1923) A la fin du XIXe siècle, le rôle de Sarah Bernhardt sur la mode fut considérable : elle inventa le collet (façon Renaissance) qui se répand très largement grâce à elle autour de 1900 (cf les tableaux de Béraud). Sarah Bernhardt a popularisé le corset muni d'une proéminence factice (« ligne métro » ou « ligne en S », autour de 1900). Origine : la déformation de la taille de Sarah Bernhardt pour raisons de santé (le ballonnement de son estomac, dont elle souffrit à partir de l’âge de 40 ans). Cette mode a été adoptée par tous les couturiers.
A noter : -A partir de Sarah Bernhardt, un triangle de mode s’établit durablement, celui qui relie (toujours aujourd'hui) les actrices, la couture et les journaux de mode. -Sarah Bernhardt a popularisé le kimono en France. -Au XIXe siècle, les bals costumés ont été des lieux de transition entre la scène et la vie quotidienne, autrement dit un moyen de « tester » les modes inspirées du théâtre. -Sarah Bernhardt, Cléo de Mérode et bien d’autres comédiennes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ont été des « icônes de mode » pour des marques de mode ou de cosmétiques.
Soirée rock à l’IFM vendredi 10 mars 2017 : conférences + du son et des images. Entrée libre sur inscription ([email protected]).
Au programme :
Au cours de la soirée, des illustrations musicales seront délivrées en "live" par Gilles Coronado (guitare solo). https://www.youtube.com/watch?v=KygmyrXbiik
19h à 19h45 Brice Partouche, créateur de la marque April 77 et expert pointu de musique rock, parlera des relations entre mode et rock (conversation avec Jeff Gaudinet, graphiste).
20h à 20h45 L'extraordinaire histoire de Roger Rossmeisl, « stradivarius » du rock, sera racontée par Luc Quelin, qui réalise en ce moment-même un film sur lui. https://en.wikipedia.org/wiki/Roger_Rossmeisl A propos de Roger Rossmeisl : des Beatles aux Who, de Génésis à Clash, ses guitares et ses basses ont fait la légende du rock. Et pourtant ce créateur de génie est mort dans la misère et l‘anonymat… Allemand émigré aux US en 1953, il mériterait d’être aussi célèbre que Stradivarius. Berlin, Chicago, New York, l’après-guerre, l’Allemagne en ruines, New York, la passion de la lutherie, la révolution rock des 60’s…
21h à 21h45 Frank Zappa, par Gero von Randow, ancien correspondant de Die Zeit à Paris, passionné de rock et de Zappa en particulier.
22h à 22h45 Dominic Lamblin, producteur historique et ami des Rolling Stones, viendra parler de ses souvenirs personnels de Mick Jagger, Keith Richards, Ron Wood, Charlie Watts et même Brian Jones. Dominic Lamblin a traversé en tant que producteur (notamment à la Warner) plusieurs décennies du rock et de pop auprès d'artistes comme Led Zeppelin, Donna Summer, Michel Berger, Véronique Sanson, Neil Young, Rod Stewart et surtout les Rolling Stones. Il vient de publier chez Larousse Satisfaction - Comment j'ai survécu 40 ans aux côtés des Rolling Stones (octobre 2016), un ouvrage co-écrit avec François Salaün. http://www.editions-larousse.fr/satisfaction-comment-jai-survecu-40-ans-aux-cotes-des-rolling-stones-9782035931344
Photo : Paul Simonon en train de démolir sa basse au Palladium de New York, septembre 1979 (photo : Pennie Smith).
Louise Van den Bogaert (IFM/Management 2011) among the 30 most promising people in the Belgian fashion scene, according to Knaack Weekend (February 2017). http://weekend.knack.be/lifestyle/magazine/30-onder-30/article-normal-817989.html
Pour une école doctorale dédiée à la mode, par Dominique Jacomet (IFM)
"En France, paradoxalement, la mode a été longtemps considérée comme un impensé. L’université ne s’en est jamais saisie", déplore Dominique Jacomet, directeur de l’IFM (Institut français de la mode), dans une interview à AEF (26/10/2016).
"Nous avons du mal à considérer la mode et le luxe comme un secteur industriel majeur. Pourtant, la France est leader mondial et c’est 600 000 emplois directs. C’est un atout : les États-Unis ont Hollywood, nous, nous avons la mode, c’est notre soft power."
Dominique Jacomet plaide ainsi pour que "Paris se dote d’une école doctorale dédiée à la mode", car "tous ceux qui nous sollicitent et ne trouvent pas de réponse adéquate se tournent vers Londres", et pour faire évoluer "le dispositif de mastérisation". "Nous devons nous adapter, et il faut aussi que le monde académique accepte de s’adapter à ce que nous sommes", dit-il.
AEF : Pouvez-vous nous dresser succinctement un panorama de l’enseignement supérieur français en matière de mode, et la place qu’y occupe l’IFM ?
Dominique Jacomet : Le paysage français est fragmenté. C’est le résultat de notre histoire. En dehors de rares cursus universitaires (Lyon et Marseille), il existe un établissement d’enseignement supérieur, l’Ensad, aux effectifs limités, et un établissement de la Ville de Paris, l’École Duperré, qui prépare notamment au Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués (DSAA). Nombre d’établissements sont privés. Certains sont des associations à but non lucratif et reconnues par l’État, comme l’IFM, créé par les professionnels et le ministère chargé de l’Industrie. L’IFM et l’École de la Chambre syndicale de la Couture Parisienne ont décidé de se rapprocher pour constituer un nouvel ensemble dont les formations (niveaux Bachelor et Master) seront opérationnelles à la rentrée 2018. D’autres établissements privés sont à but lucratif comme Esmod ou l’Instituto Marangoni et bien d’autres.
AEF : Pourquoi l’offre publique est-elle si pauvre dans ce secteur ?
Dominique Jacomet : En France, paradoxalement, la mode a été longtemps considérée comme un impensé. L’université ne s’en est jamais saisie. Nous avons un rapport très ambivalent à la mode et au luxe, entre reconnaissance (Voltaire) et critique (Rousseau) - la mode serait superflue, frivole. Ce débat du XVIIIe siècle a laissé des traces. Nous avons du mal à considérer la mode et le luxe comme un secteur industriel majeur. Pourtant, la France est leader mondial et c’est 60 0000 emplois directs. C’est un atout : les États-Unis ont Hollywood, nous, nous avons la mode, C’est notre “soft power”.
C’est pour cela qu’il faut absolument que Paris se dote d’une école doctorale dédiée à la mode, comme cela existe dans le monde anglo-saxon dans le domaine des "fashion studies". Beaucoup de doctorants s’intéressent à ce secteur. Il faut créer une communauté de recherche, et le faire rapidement, car tous ceux qui nous sollicitent et ne trouvent pas de réponse adéquate se tournent vers Londres…
AEF : Les choses semblent un peu évoluer cependant, avec la constitution de deux pôles "mode" à Paris, celui que vous construisez autour de l’IFM et l’École de la Chambre Syndicale d’une part, et celui qui est en train de naître au sein de PSL, porté par l’Ensad, Dauphine et Mines ParisTech. Pourquoi cela bouge-t-il maintenant ?
Dominique Jacomet : D’abord il y a le poids des grandes marques françaises et celui de "Paris capitale de la mode", qui rayonne. L’écosystème français de la mode est très ouvert sur l’international. La haute couture, fondée par un Anglais (Charles-Frederick Worth), a toujours été cosmopolite. À Paris défilent pendant la Fashion Week 50 % de marques étrangères. Et à l’international, Chanel ou Dior font rêver… Il y a une prise de conscience.
Mais il reste deux trous béants : le doctorat, comme je viens de le souligner, et le dispositif de mastérisation. Avec le processus de Bologne qui a établi partout le système LMD, les étudiants sont attentifs aux diplômes de Bachelor et de Master. La concurrence internationale est rude. Nous devons nous adapter, et il faut aussi que le monde académique accepte de s’adapter à ce que nous sommes. La situation évolue positivement. L’IFM, qui accueille 40 % de boursiers et délivre des diplômes visés par l’État, fait désormais partie d’une Communauté d'universités et établissements [Comue] (héSam). Je suis en poste depuis 2007 et je peux témoigner que le regard a changé.
AEF : Quel type de diplômes délivrez-vous actuellement ?
Dominique Jacomet : Depuis le 1er septembre 2012, le Programme Postgraduate de Management Mode, Design et Luxe a reçu le visa du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche pour son diplôme de niveau bac + 5 pour une durée de 6 ans. Et nous venons d’obtenir également le visa pour le diplôme de notre Programme Postgraduate de Création de Mode, qui accueille une trentaine d’étudiants. Par le rapprochement avec l’École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, nous allons couvrir tout le spectre du CAP au niveau Master, en passant par le Bachelor - pour lequel la question de l’attribution des grades aux établissements privés devra aussi être posée - et, j’espère, le doctorat, avec trois piliers : design, savoir-faire technique et management.
Savoir-faire textile et territoire : l’exemple de Pantin
Extraits d’une discussion entre Pascal Gautrand et Aurélie Lorriaux, designer textile), dans le cadre de la Biennale Emergences (jeudi 13 octobre 2016, Centre National de la Danse, Pantin).
Extraits de la présentation (compte-rendu : Perrine Sprimont).
Pascal Gautrand : Pantin, un territoire en profonde mutation => d'une société très industrialisée aux frontières de Paris à une société plus artisanale et surtout très créative qui entre dans un rapport très fort avec le consommateur. Exemple : les métiers d'art de Chanel et la manufacture Hermès.
Aurélie Lorriaux : On rencontre plein d'artisans et d'artistes installés à Pantin maintenant. Cette émulation est très agréable. Cela crée une communauté de personnes, avec une vraie sensibilité produit, qui se comprennent tout en faisant des choses différentes. Il y a une proximité qui permet d'aller très vite.
Aujourd'hui on assiste à un engouement pour le savoir-faire après quelques années de minimalisme. On apprécie le fait main, les matières très texturées, le toucher. On reconnait la patience et le travail. Certains directeurs artistiques sont plus sensibles à l'ennoblissement des matières que d'autres. Dans cette optique on a besoin de gens à moitié artisans et à moitié créatifs pour dialoguer avec eux et répondre à leurs attentes. D'autres DA, au contraire, ne s'intéressent qu'à l'uni et à la coupe. Certains DA sont conscients de tout le travail de recherche technique en amont pour proposer des échantillons à point.
L'ennoblissement touche à la teinture, à la broderie, à la sérigraphie, etc. C'est en quelque sorte un laboratoire de recherche très créatif au niveau du design mais aussi au niveau technique. Il s'agit de trouver de nouvelles manières de faire et de toujours s'adapter au client.
La nature de la couleur : enjeux actuels de la couleur naturelle
“Aujourd'hui on est tellement envahi par les molécules de synthèse que l'on ne se rend plus compte que la couleur est un luxe”.
Extraits d’une conférence dans le cadre de la Biennale Emergences sur le renouveau de la teinture naturelle (jeudi 13 octobre 2016, Centre National de la Danse, Pantin). En marge d’une exposition sur “la nature de la couleur”, dont il est commissaire, Pascal Gautrand (IFM/Management 1999) a animé une table-ronde avec Isabelle Rodier et Clément Bottier, designers textile (Ki fabrik), Clémence Genestar (CdeG), Isabelle Castel Brenac (Green’ing), Elodie Pétel (Tinteus). Compte-rendu : Perrine Sprimont (IFM/Management 2011).
Pascal Gautrand : L'industrialisation de la couleur naturelle, quels enjeux ? Pourquoi les colorants naturels sont intéressants pour les designers ?
Isabelle Rodier : L'enjeu c'est de convaincre les designers et les industriels qu'il y a d'autres manières de produire. Avec les colorants naturels on peut proposer au consommateur des produits locaux, écologiques et éthiques. Il y a tout à faire pour développer cette thématique. Beaucoup d'expertises doivent converger. Cela nécessite de travailler à la fois sur les colorants et sur de nouvelles machines. Les designers ont beaucoup à apporter pour dépoussiérer cette image vieillotte des colorants naturels et encourager une démarche vers l'industrialisation. Pour un designer, d'un point de vue chromatique, les colorants naturels ont la capacité de faire vibrer les couleurs et donc les tissus de manière exceptionnelle. On a envie que cette justesse existe en tant que produit. On a besoin d'avoir des circuits autres, à côté de la production de masse. On a besoin de produits qui ont plus de sens. Mais il y a des freins à l'utilisation industrielle de colorants naturels. Les industriels sont réticents à l'utilisation de colorants naturels car ces derniers sont plus sensibles à la qualité de l'eau et à son PH. Les colorants chimiques sont plus stables et donc plus faciles d'usage. L'industrie textile s'est formée et a progressé parallèlement avec les colorants de synthèse. La technique des colorants naturels en est restée où elle en était au XIXème siècle. Il y a tout un travail à faire.
Clémence Genestar : Je me suis tournée vers les teintures naturelles car elles sont en lien avec une vision d'excellence. La beauté des couleurs est incomparable. Cette excellence a un prix, il faut que les clients l'acceptent. Il faut justifier le coût en racontant l'histoire de toute la chaîne. Il y a un effort de communication à faire vis à vis du consommateur.
Clément Bottier : Les colorants naturels coûtent cher, certes, mais cela ne représente au final qu'une petite partie du coup de la production.
Clémence Genestar : Le problème c'est qu'il n'existe pas de budget teinture chez les créateurs. Le couleur est un ennoblissement. Il semble étonnant qu'on ne le paye pas. Il faut que cela reprenne une place. Aujourd'hui on est tellement envahi par les molécules de synthèse que l'on ne se rend plus compte que la couleur est un luxe. Pour les industriels, le coût des colorants est anecdotique et pourtant c'est lui qui coûte le plus cher en termes humains et environnementaux.
Clément Bottier : Il faut cependant bien comprendre que les colorants naturels ne sont pas travaillés pour remplacer les produits de synthèse. À cette échelle de masse, cela ruinerait la planète. L'intérêt est spécifiquement dans relocalisation, dans le travail à façon. Il s'agit d'imaginer des consommations avec d'avantage de sens.
Voici les startups et jeunes marques créatives de la Fashion Tech qui ont exposé leurs produits ou services cet après-midi (13/10/2016) à l'IFM (2/2).
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