« Disorder » de Olivier Bonaffini
Le Jacques Franck (Saint-Gilles)
Glitch Series #2042018 â Olivier Bonaffini
Hikikomori Series #3032017
Ce premier chapitre des DĂ©ambulation(s) ne sâest pas exactement passĂ© comme prĂ©vu. DĂ©route, questions et sentiments contraires ont animĂ© mes premiers pas de chroniqueuse sur Iâm Not On The Guest List. Mais en mĂȘme temps ce nâest pas plus mal, Ă©crire sur une expĂ©rience culturelle loupĂ©e, en tirer des enseignements. Moi qui voulait rĂ©diger un papier sur lâexposition en elle-mĂȘme, je me suis finalement retrouvĂ©e Ă traiter dâun sujet plus global, sans lien avec lâessence-mĂȘme du travail de lâartiste.
Quitte Ă ne pas avoir passĂ© un super moment, autant se prĂȘter au jeu et dĂ©cortiquer tout ça.
Ainsi, me voici en route mercredi matin pour le Jacques Franck, le centre culturel de Saint-Gilles, pour lâexpo « Disorder » dâOlivier Bonaffini ; je mây rends aprĂšs avoir lu seulement quelques lignes sur le site Internet du lieu. Il faut savoir que je choisis mes expos un peu comme je choisis quel film aller voir au cinĂ©. Je fonctionne pas mal Ă lâinstinct, je ne me renseigne quasiment pas avant, jâaime en savoir le moins pour mieux apprĂ©cier la dĂ©couverte. Petit rĂ©sumĂ© succin des indices laissĂ©s sur le site et qui, aux premiers abords, mâont convaincu dâaller voir cette expo plutĂŽt quâune autre ; Ă travers ses peintures, Olivier Bonaffini questionne notre rapport entre le matĂ©riel et le spirituel, ainsi que notre relation aux nouvelles technologies. Je parcours quelques photos de ses Ćuvres ; il y est Ă©voquĂ© des techniques picturales de « recouvrement » et dâ « effacement », les lignes sont abstraites, quasiment tĂ©nues. En tout cas, nous ne sommes pas face Ă des Ćuvres « abordables » et comprĂ©hensibles au premier coup dâĆil.
Peu mâen faut, je tente le coup. Câest un centre culturel, de lâart abstrait, il va forcĂ©ment y avoir quelquâun pour mâaiguiller, des cartels sous les Ćuvres pour me guider Ă travers mon expĂ©rience de spectatrice. Lâexposition se dĂ©roule dans le hall du Jacques Franck, les Ćuvres sont accrochĂ©es de part et dâautres de la salle. Avant de rentrer, je me munis du dĂ©pliant laissĂ© Ă lâintention des visiteurs. Et lĂ commence ma dĂ©route. Je fais un premier tour rapide du lieu, et Ă part les Ćuvres, il nây a littĂ©ralement RIEN. Bon, soit, petit coup dâĆil au dĂ©pliant ; sur le recto, il y a certes une sĂ©rie de petits textes explicatifs sur lâunivers et les techniques de lâartiste, suivi au verso dâun plan de lâexpo.
Dans lâun des ces textes, une phrase mâinterpelle « Câest pourquoi lâessentiel est ce que la peinture engendre et le rĂȘve quâelle porte. Soumise au regard du spectateur : il se retrouve seul avec lui-mĂȘme ». Et câest lĂ , pour moi, que rĂ©side le gros problĂšme de ce genre de parti pris. Alors comme ça, il suffit dâaccrocher une toile et dâattendre que le choc esthĂ©tique entre le spectateur et lâĆuvre dâart sâopĂšre de lui-mĂȘme ? En fait, comme mĂ©diation culturelle, on choisit de ne pas en faire, de livrer le bĂ©bĂ© tel quel, et attendre que la magie opĂšre.
Si je mâĂ©tais retrouvĂ©e face Ă cette exposition dans une petite galerie indĂ©, je ne dis pas. On voit ça souvent, câest classique, câest pour un public ciblĂ©, de connaisseurs, un public qui possĂšde les codes pour dĂ©crypter ce genre dâart. Sauf que lĂ , nous sommes dans le hall du centre culturel de Saint-Gilles. Donc subventionnĂ©, avec un devoir dâĂ©ducation culturelle, de mise en place dâoutils pour la population locale. Sans action culturelle, on creuse dâemblĂ©e un fossĂ© entre la proposition artistique et le public, et du coup ce dernier nâen est plus un. On ferme les portes Ă tout un pan de la population locale, qui du coup nâira pas dâelle-mĂȘme voir une exposition pourtant gratuite et en accĂšs libre.
Je ne crois pas au choc esthĂ©tique. Encore moins face Ă une Ćuvre abstraite. Sâil nây a pas un travail dâaccompagnement culturel en amont, alors on reste dans une exposition pour les « élites culturelles », destinĂ©e Ă un public qui se rend de lui-mĂȘme dans les expositions.
Attention, je ne remets pas en cause lâĆuvre artistique dâOlivier Bonaffini ; au contraire, son propos a attirĂ© mon attention. Cette volontĂ© de questionner notre propre individualitĂ© dans un monde en transformation perpĂ©tuelle est un sujet passionnant. Mes recherches post-exposition mâont amenĂ© sur le site de lâartiste : « La peinture me passionne lorsquâelle provoque, interpelle, interroge, cherche, mais plus que tout lorsquâelle Ă©voque, inspire ou suggĂšre plutĂŽt que lorsquâelle montre ».
En fait, câest juste dommage que lâĂ©quipe du Jacques Franck nâait pas pris au pied de la lettre cette phrase ; câest ce vers quoi il faut tendre dans un centre culturel ! La recherche, le questionnement, mettre en place des ateliers de rĂ©flexions avec les scolaires, les ASBL qui foisonnent Ă Saint-Gilles ! La simple visite de lâexposition ne peut se suffire Ă elle-mĂȘme, il y a tant de choses Ă proposer autour pour crĂ©er une relation pĂ©renne entre un public pas forcĂ©ment initiĂ© et le centre culturel. Si lâexpĂ©rience du visiteur est enrichissante, sâil en ressort avec quelque chose en plus, alors le pari est gagnĂ©.
En tout cas, je ressors au bout dâĂ peine une demi-heure un peu frustrĂ©e, des questionnements sur les rouages de lâaction culturelle plein la tĂȘte ; et je ressens Ă cet instant le besoin de coucher tout ce fourmillement brumeux sur papier, pour y voir plus clair. Câest maintenant chose faite.
Pour se faire sa propre idĂ©e, câest par ici : https://lejacquesfranck.be/event/disorder/2018-09-14/
DĂ©ambulation(s) #1 â Choc esthĂ©tique & MĂ©diation culturelle « Disorder » de Olivier Bonaffini Le Jacques Franck (Saint-Gilles) Le 21.11.2018 Ce premier chapitre des DĂ©ambulation(s) ne sâest pas exactement passĂ© comme prĂ©vu.