Et maintenant il y a toi. Cet homme aux yeux céladon. A la fois fort et fragile. Doux, émotif et humble. Cet homme a l’enfance plus terrible encore que la mienne. Tu aurais pu te revêtir d’une armure, porter le glaive haut, prêt à tracher la tête de toutes les femmes qui se trouvent sur ton chemin, en réponse à celle qui t’a laissé dans ce centre avec tes frères et n’est jamais revenue te chercher, mais aussi à celle qui t’a accueilli sans jamais ouvrir la porte de son cœur. Dans ton malheur, tu as eu la chance de rencontrer des hommes qui t’ont montré un chemin, t’ont embarqué avec eux, t’ont protégé comme ils ont pu. Ces mains tendues t’ont donné l’élan, la confiance, l’affirmation et la valeur de l’engagement. Les premières femmes de ta vie quant à elles, ont laissé un vide que tu peines à combler. Ce besoin de réassurance sur l’amour qu’on te porte est omniprésent, omnipotent. Il me faut vivre avec, alors même qu’il me renvoie à mes peurs de te pas être capable d’aimer, à mes peurs de m’attacher puis me lasser, de me tromper, me fourvoyer, de m’emballer trop vite, à mes peurs de créer un lien qui serait une toile d’araignée qui m’emprisonne. Mes besoins sont différents des tiens. J’ai appris à ne compter que sur moi-meme, à ne faire confiance à personne, à ne jamais baisser les armes. Je n’ai pas eu droit non plus à l’amour d’une mère, ni la protection d’un père. Et celui qui aurait pu réparer ces blessures, en a créé une béante. Alors j’ai dû apprendre à faire confiance malgré mes réflexes de protection. C’est un travail long et sans cesse fragilisé. J’ai toujours oscillé entre la confiance et la protection. Comme si je me mettais en danger pour confirmer ce que mon mental me ressasse : “ne fais pas confiance aux hommes”.
J’ouvre mes portes en grand, puis mon mental se souvient et le doute se faufille et me déstabilise. Parfois je ressors mon bouclier avec toi. Je n’ai pas aimé cette première relation sexuelle sans protection. Je n’aime pas quand tu t’imposes, quand tu insistes, quand tu “t’installes”, laisses tes affaires comme on marque son territoire. Il m’est très difficile de distinguer si je laisse faire pour affronter mes peurs ou si je répète mes erreurs. Une part de moi a envie de lâcher prise, de se faire confiance et faire confiance à l’autre, une autre part se méfie, se contracte, rétracte, met de la distance, de la froideur, de la réflexion, des interrogations, de l’analyse. Une part de moi essaie de se convaincre que l’autre est respectueux, interessant, aimable et aimant, l’autre lui cherche des poux dans la tête. Tout cela m’empêche de vivre pleinement le moment présent et l’Amour que je te porte.












