Il était impossible pour Alexis d’accepter l’offre d’Adam. Tout ce qu’il la poussait à faire était en totale contradiction avec ses principes. Sa nature si froide et peu aimable ne collait pas avec la proposition du jeune homme. Non , ça ne pouvait vraiment pas marcher. Mais malheureusement pour elle, Adam se sentait de plus en plus à l’aise dans ses gestes et dans ses dires. Etant un peu désemparée , elle décida de descendre du plan de travail pour prendre un peu ses distances sans imaginer que son interlocuteur la suivrait au pas.
Il débitait un flot de paroles impressionnant. Mais ce qui était plus étrange était de loin le semblant de gentillesse qui en jaillissait. Bien évidemment, Alexis savait pertinemment que ce n’était que du paraitre et que sa seule attention était de l’amadouer… ou de la gêner , ce qui marcha sans équivoque. Elle sentait ses joues se rougir sous le regard d’Adam, tandis que ses mains tâtaient le mur sur lequel elle s’était retrouvée prise au piège, cherchant futilement une sortie de secours. Elle se posa, l’espace d’une seconde , la question de savoir pourquoi les hommes de cet immeuble aimait à briser la distance de sécurité qu’elle instaurait à chaque fois. Lorsque le jeune brun s’écarta un peu, elle ne bougea pas, plus par prudence que par envie. Elle sentie sa pâleur habituelle s’installer à nouveau sur ses pommettes chaudes et ses bras tomber le long de son corps. Voyant qu’Adam gardait ses distances, elle agita soudainement ses mains dans tous les sens comme une enfant de 5 ans en bufflant bruyamment.
- Arrête de m’appeler comme ça !
Adam pouffa de rire et fini par amener le bras qu’il avait plus tôt tendu à la jeune femme sur son ventre , comme pour contrôler son gloussement. Elle le pointa du doigt en signe de mise en garde et daigna enfin bouger du coin de la pièce pour s’hydrater.
- Non , non et non . Il est hors de question que je passe une minute de plus en dehors de cet appartement avec toi – d’un regard furtif elle aperçut le sourire d’Adam s’élargir d’avantage – Et puis quoi encore ? Oublie ça Wilson.
Rapidement , elle poussa le jeune homme avec ses deux mains pour atteindre le placard à vaisselle. Elle en sorti un verre et le remplit d’eau au robinet pour l’engloutir d’une traite. L’informaticienne resta penchée sur l’évier un instant , essayant de se remettre les idées au clair. Il fallait qu’elle reprenne du pouvoir dans cette conversation qu’Adam menait à la lettre.
- Tu pourrais très bien briefer une des conquêtes sur ce que tu aimes non ? Ce serait tellement plus simple pour toi . Et pour moi.
Elle se retourna sans grande conviction, observant la victoire gagner peu à peu le regard du jeune prodige. Dans un soupir, elle s’affala sur le rebord du plan.
- J’aime gagner, tu as raison , mais je ne veux pas te gagner toi. Tu es si exaspérant , sûr de toi , imposant – elle marqua une pause pour arrêter son élan de paroles injurieux puis plongea son regard dans celui d’Adam – Tu te sens prêt à dire tout ce que tu viens d’avouer devant ta chère sœur et ton frère ? Je sais combien ça t’a coûter car , comme tu le dis si bien , nous avons une once de ressemblance dans le fond. Il va falloir que tu sois gentil, attentionné , doux.
Le sourire qu’arpentait les lèvres d’Alexis n’étant ni plus ni moins que celui de son jeu malsain. Peut-être qu’en émettant l’hypothèse de leur rapprochement obligé , Adam tournerait rapidement les talons sans chercher à comprendre. Elle avança à son tour vers le jeune homme qui restait statique.
- Je serais capable de jouer le jeu et je pense que tu le sais, sinon tu ne serais pas venu ici. Mais est-ce que toi tu es capable de le faire , Adam ?
Elle persista l’intensité de son regard, essayant de sonder les pensées du jeune homme. La ride qui s’était dessinée sur son front ne laissait pas beaucoup paraître les émotions de celui-ci , elle décida de passer à une méthode plus directe.
- Mon amour, ma chérie bla bla bla. C’est bien beau les mots mais tu penses vraiment qu’ils vont gober ton histoire si on ne se touche pas d’un poil ? Tu frétillerais au moindre toucher de mon index sur ta peau.
Adam arqua un sourcil, plus par surprise que par amusement cette fois. La proximité ne le dérangeait peut être pas mais avait-il songé au moins une fois à celle qu’on appelait corporelle ? Alexis en profita et vint poser son doigt sur le torse du jeune homme qui resta impassible au contact de celui-ci.
- Ah non. Ça ne te fait rien. C’est encore pire ! C’est un désastre assuré. C’est d’accord, j’accepte.
Alexis pencha la tête sur le côté en souriant comme une adolescente. Le spectacle qu’Adam lui offrait était à mourir de rire et elle n’attendit pas pour se laisser aller dans une hilarité incontrôlable. La bouche ouverte et les mains en l’air, le brun restait planté au milieu de la cuisine ayant apparemment perdu l’usage de sa voix.
- Ferme la bouche – la jeune femme apporta la main sous le menton d’Adam et y exerça une légère pression pour qu’il sert la mâchoire – je donnerais n’importe quoi pour voir comment tu vas réussir à te dépêtrer d’une telle situation chéri.
Elle lui tapota la poitrine en grimaçant puis alla se réinstaller un peu plus loin sur le comptoir. Finalement, l’impossibilité s’était avérée être plus facile que prévue. Tout en croisant ses jambes , elle hocha la tête de gauche à droite en se mordant les lèvres , étrangement gênée de ce qu’elle s’apprêtait à demander.
- Il lui est arrivé quoi … à la mère de Zach ? Enfin je veux dire … - la jeune femme ne finit pas sa phrase , posant timidement le regard sur Adam.
Adam repoussa sa tête en arrière de surprise, un air dubitatif lui grimaçant involontairement le visage. Il ne l'avait pas vu venir, celle-là. Alexis était difficile à comprendre. Un coup elle semblait plus ou moins adhérer à l'idée proposée par Adam, sans doute attirée par le jeu qui pourrait s'instituer entre eux, puis elle semblait se raviser, préférant rester fidèle à ses principes qui consistaient à faire barrage contre quiconque voudrait briser sa forteresse. Il aurait parié que le non l'emportait, et aux vues des paroles de la jeune femme, c'était plutôt bien parti pour qu'il se fasse renvoyer de chez elle, sans obtenir satisfaction.
Et là voilà qui acceptait. Purement et simplement. Sans argumenter davantage. Or Alexis était une femme de parole, et il savait qu'une fois que ce "j'accepte" avait été prononcé, elle ne reviendrait plus en arrière.
- Pas que je t'en doive un mais merci. Je commençais à me demander si tu tiendrais parole et si tu allais vraiment m'accorder ce service. Après tout, c'est vrai, je ne te connais pas.
Adam marcha tranquillement dans la cuisine, suivant le joint du carrelage, les yeux fixés vers sa tasse à moitié vide.
- Et c'est bien ça le problème. J'ai un jour pour te connaitre mieux.
Le résident se retourna Alexis qui ne chercha même pas à masquer son mécontentement. Elle avait accepté, soit, mais elle n'avait sans doute pas pensé aux conséquences que cela allait engendrer sur sa vie privée, qu'elle chérissait tant.
- Ça va, je vais pas te demander ton code de carte bleue ou ton casier judiciaire. Juste des petites questions anodines que ma soeur pourrait te poser et dont je dois connaitre la réponse avant elle.
Adam se repositionna dans le salon, se laissant légèrement tombé sur une chaise, admirant la vue que la hauteur de l'appartement d'Alexis lui offrait.
- T'as de la famille ? T'aimes les animaux ? C'est quoi ta couleur préférée ?
Le jeune homme porta la tasse à ses lèvres, le regard amusé, quand il vit Alexis se rapprocher et lever les yeux au ciel plusieurs fois. D'habitude, Adam aurait été plus réservé. Il n'aimait pas parlé de lui non plus, et n'aimait même pas trop parlé tout court. Mais voir sa voisine dans un tel état d'exaspération lui enlevait certaines limites qu'il se serait fixé dans une situation différente.
Soudain, il posa sa main sur la table en verre, faisant courir ses doigts jusqu'à attraper un magasine dont il encorna le coin, pour se donner une contenance.
- Elle est morte. C'est le passé. On passe à autre chose, tu veux bien ?













