Ma Dordogne se rancit
Trouver les noms de ses personnages quand on écrit des romans est souvent compliqué. J’aime que ces noms n’aient rien d’extraordinaire, qu’ils soient plausibles, sans affectation. C’est ainsi que j’ai baptisé Louyre le personnage principal de L’Insomnie des étoiles. A force de prendre un petit pont sur la Louyre, un cours d’eau qui serpente près de chez moi en Dordogne. Cette Dordogne que j’aime par-dessus tout et que je vois se refermer sur elle-même, se rancir, comme bien des lieux de la France rurale. Un ancien préfet disait à propos d’elle: “C’est la Corse dans la violence.” On sait que l’assemblée corse mûrit un projet visant à interdire aux “Non-Corse” de détenir une maison sur l’île de Beauté s’ils n’y ont pas vécu préalablement au moins cinq ans.
On me rapporte que dans le village de Cendrieux, non loin de chez moi, les élus considèrent que les résidents qui ne vivent pas à l’année dans leur commune n’ont pas voix au chapitre. Surtout lorsqu’ils s’insurgent contre la construction d’un “multiple rural” laid et bruyant en centre village, nuisance visuelle et sonore obtenue à grands coups de subventions dont l’utilité est loin d’être prouvée dans un contexte d’endettement public lourd.
Le Parisien est de retour, stigmatisé comme l’empêcheur de tourner en rond. Evidemment parce que le “Parisien” ou “l’étranger”, en Dordogne, il est un des rares à faire vivre la campagne sans recours aux subventions de l’Europe honnie, il est celui qui constate que les autochtones font beaucoup pour détruire leur patrimoine avec la construction de salle des fêtes inutiles, d’équipements sportifs rarement utilisés, des permis de construire qui permettent de défigurer les paysages par des lotissements hideux. Parce que le “Parisien”, “l’étranger”, il ne peut pas comprendre la culture locale. Après des parties de chasse en battues, ce qui ne laisse aucune à l’animal, on s’assemble sous le préau de la salle des fêtes pour s’empiffrer et boire jusqu’a ce que la voiture décide par elle-même de ramener son conducteur, sans risque de se faire pincer par les gendarmes renvoyés chez eux par une politique budgétaire drastique. On a de l’argent pour construire des salle des fêtes dressées à 3 ou 4 kilomètres les unes des autres mais pas s’assurer que les types qui es sortent ivres morts n’iront pas tuer des innocents sur les routes dans leurs 4x4 fumants.
Les étrangers ne s’y trompent pas et commencent à refluer. Les Hollandais, Belges et Anglais, gros investisseurs immobilier dans le Sud-Ouest, ont compris qu’ils n’étaient pas complètement les bienvenus. Certains quittent la région, d’autre y restent sans se mélanger. C’est dans ce microcosme rural qu’on assiste à petite échelle à la faillite de l’idée européenne. Au lieu de s’ouvrir, les uns et les autres se recroquevillent sur eux-mêmes. Les gens vivent les uns à côté des autres mais pas ensemble.
On voit que le communautarisme n’est pas une spécifié urbaine et que l’idée européenne n’est pas près d’entrer dans les esprits.










