Alexia soutint le regard de Marc sans ciller, le dos calé contre les étagères métalliques des archives. Elle n’allait pas fuir. Lentement, elle glissa sa main sous sa veste civile, frôlant la crosse de son arme de service.
« La poussière ne me dérange pas, Marc », répliqua-t-elle d'une voix de glace.
« Ce qui me dérange, ce sont les flics qui vendent leur insigne pour des comptes au Luxembourg. »
Le visage du vétéran se figea. Un sourire carnassier étira ses lèvres.
« Tu es douée, petite. Mais tu as été trop gourmande. »
Soudain, la porte des archives s'ouvrit à la volée. Ce n'était pas Lucas. Deux hommes en civil, des colosses aux visages fermés, entrèrent l'arme au poing. Les hommes de main de Maître Arnault. Marc recula d'un pas en sortant son propre pistolet.
« Fin de service pour toi, Alexia. »
Le premier tir rasa l'oreille d'Alexia, faisant exploser un dossier suspendu dans une pluie de confettis. Propulsée par l'adrénaline, elle plongea derrière une rangée d'étagères métalliques.
En glissant sur le sol en béton, Alexia dégaina son arme et tira deux fois. Le premier homme de main s'effondra, touché à l'épaule, lâchant son arme dans un bruit métallique fracassant.
Marc et le second tueur progressaient en tenaille. Les balles traversaient les étagères, faisant trembler toute la structure. Comprenant qu'elle allait être encerclée, Alexia visa les fixations de la lourde étagère centrale. Elle tira trois balles d'affilée sur les verrous de sécurité. Dans un grincement de métal apocalyptique, des tonnes d'archives et d'acier s'effondrèrent sur le deuxième tueur, le bloquant net sous les décombres.
Marc, réalisant que la situation lui échappait, fit demi-tour et s'enfuira par l'escalier de secours menant au toit du commissariat. Alexia, le souffle court, une coupure sanglante sur la joue, se lança à sa poursuite. Elle déboucha sur le toit alors qu'une pluie battante s'abattait sur la ville.
Les gyrophares des voitures de police en contrebas balayaient la façade de lueurs bleues et rouges. Au bord du parapet, une silhouette l'attendait : ce n'était pas seulement Marc, mais le Commandant du commissariat en personne, un hélicoptère privé approchant déjà au loin dans le ciel noir.
« Le Commandant aussi... » réalisa Alexia, l'arme pointée vers eux.
« C'est pour ça que l'IGPN piétinait. Vous contrôliez tout. »
« Le système est pourri jusqu'à la moelle, Alexia ! » hurla le Commandant pour couvrir le bruit du vent et des pales.
« Rejoins-nous ou meurs avec tes grands principes ! »
Marc épaula son arme, mais Alexia fut plus rapide. Un coup de feu retentit, précis, net. La balle traversa l'épaule de Marc qui lâcha son arme et s'écroula sur le béton détrempé.
Le Commandant, paniqué, tenta de sauter vers l'échelle de l'hélicoptère qui volait en stationnaire au-dessus du toit.
C'est à ce moment que la porte du toit vola en éclats : Lucas déboula, suivi d'une escouade d'intervention de l'IGPN qu'il avait secrètement ramenée en renfort après avoir décodé les derniers messages d'Alexia.
« Ne bougez plus ! Lâchez vos armes ! » hurla Lucas.
Le Commandant, suspendu dans le vide à l'hélicoptère, tenta de sortir un second pistolet de sa veste. Alexia ne lui laissa pas le temps. Elle visa le rotor de l'appareil. Deux tirs d'une précision chirurgicale.
Des étincelles jaillirent du moteur, et l'hélicoptère, devenu incontrôlable, commença à dériver dangereusement loin du bâtiment avant d'aller se poser en catastrophe sur un terrain voisin, encerclé instantanément par les forces de l'ordre. Le Commandant, lâché dans sa chute, atterrit lourdement sur le toit, neutralisé et menotté par Lucas.
Le calme revint peu à peu sous la pluie. Marc et le Commandant furent embarqués à l'arrière des fourgons de l'IGPN, sous les yeux stupéfaits des autres collègues du commissariat qui comprenaient enfin l'origine de la tension.
Lucas s'approcha d'Alexia et lui tendit une couverture de survie sur ses vêtements civils trempés.
« Tu as réussi, Alexia. Tu as nettoyé la baraque. »
Elle regarda les gyrophares se refléter dans les flaques d'eau, un mince sourire aux lèvres malgré la fatigue. Le commissariat allait devoir se reconstruire, mais ce soir, la justice avait repris ses droits.
Elle rangea son arme, prête pour la prochaine enquête.