Sur ce que pourraient ĂȘtre, Ă ses yeux, les mobiles et les buts rĂ©els qui se dissimulent derriĂšre la recherche supposĂ©e de la vĂ©ritĂ©, Michel Foucault a donnĂ© une idĂ©e trĂšs claire de la façon dont il se reprĂ©sentait la situation dans sa premiĂšre annĂ©e de cours au CollĂšge de France : « Il sâagirait de savoir si la volontĂ© de vĂ©ritĂ© nâexerce pas, par rapport au discours, un rĂŽle dâexclusion analogue Ă celui que peut jouer lâopposition de la folie et de la raison, ou le systĂšme des interdits. Autrement dit, il sâagirait de savoir si la volontĂ© de vĂ©ritĂ© nâest pas aussi profondĂ©ment historique que nâimporte quel autre systĂšme dâexclusion ; si elle nâest pas arbitraire comme eux en sa racine ; si elle nâest pas modifiable comme eux au cours de lâhistoire (1). » Dans une dĂ©marche comme celle de Foucault, la grande dĂ©couverte, due pour lâessentiel Ă Nietzsche, consiste justement en ce que lâutilisation de la distinction vrai-faux serait elle-mĂȘme le rĂ©sultat dâune sorte de violence originaire commise envers la rĂ©alitĂ©, qui la « falsifie » de façon essentielle : « Si la connaissance se donne comme connaissance de la vĂ©ritĂ©, câest quâelle produit la vĂ©ritĂ© par le jeu dâune falsification premiĂšre et toujours reconduite qui pose la distinction du vrai et du faux (2).  »
Jacques Bouveresse, La vérité en question, Le Monde Diplomatique









