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@lesmotslesvoix
J’ai sorti ma première chanson, j’espère que ça vous plaira. Bisous.
Je suis communautariste
L’homosexualité est une condition politique. Et c’est encore plus évident depuis l’attentat Orlando. Après avoir tweeté ce message somme toute banal dimanche soir, je tombe de ma chaise en lisant les réponses agacées de certains de mes followers.
Cela commence par des emojis sceptiques. “Pouvez-vous préciser votre pensée ?” me demande-t-on. Visiblement, ils n’y sont pas. “L’homosexualité reste de l’ordre du privé”, me répond-on ensuite. Je roule des yeux. “Communautarisme !” me lance-t-on bientôt. Ça y est, je suis énervé.
Je lance le débat avec l’un d’entre eux, jeune et gay, pour comprendre les mécanismes qui le conduisent à vouloir nier à sa sexualité son caractère intrinsèquement politique. Il me répond que les affaires de coucheries n’ont rien à faire dans le débat public. Il me parle de sexe, je lui parle de luttes. Je gratte. Il demande le droit de ne pas afficher son orientation sexuelle. Il me parle de lui alors que je lui parle de tous les autres.
Ce qu’il demande en toute bonne foi, au fond, c’est ce “droit à l’indifference” réclamé par tant d’autres jeunes homosexuels de ce pays. Le même “droit à l’indifférence” inventé par Bertrand Delanoë lors de son élection à la mairie de Paris. Génial ! Le nouveau maire de Paris est gay et tout le monde s’en fout. C’est très bien. C’est parfait. Parfait jusqu’à ce que, l’année suivante, Bertrand Delanoë se prenne un coup de couteau dans le flanc, dans les salons de l’Hôtel de Ville. Son agresseur explique très calmement à la police qu’il n’aime pas “les hommes politiques et les homosexuels”. Le droit à l’indifférence a une limite qui porte un nom: l’homophobie.
Beaucoup de jeunes gays aujourd’hui s’estiment heureux de vivre en France, dans des familles aimantes. A ceux-là: ce n’est pas parce que vos vies sont paisibles que celle de votre voisin/e de quinze ans, homo également, va forcément l’être. Quand bien même, ouvrez vos yeux et vos oreilles: l’homophobie court les rues. Elle est dans les cours de récré, elle se glisse dans des conversations de repas de famille, dans des regards dans le métro. Elle s’écrase parfois dans la figure de ceux qui s’embrassent dans la rue.
Si Bertrand Delanoë a eu le courage de dire haut et fort qu’il était gay, nombreux sont ceux qui refusent de faire de même. Dans la politique, dans les médias, mais aussi beaucoup de simples citoyens. C’est leur droit. Beaucoup, souvent les mêmes, pensent que gommer les attributs de l’homosexualité gommera l’homophobie elle-même. En d’autres termes: moins on verra de plumes dans le cul dans les gay prides, moins il y aura d’agressions. Sachez qu’en allant au bout de cette logique, non seulement vous chiez à la gueule de ceux qui se sont battus pour vos droits dans le passé, mais vous niez aussi le droit d’exister à tous les homosexuels qui ne veulent pas rentrer dans les cases qu’on leur impose. Vous niez le droit d’exister à la culture queer. Vous niez le droit d’exister à tout ce qui n’est pas un/e gay qui ressemble à un/e hétéro. Vous niez aux trans leur droit d’être qui ils sont, aussi. Vous niez, de fait, le droit à la différence, celui-là même que vous n’avez plus besoin de demander lorsqu’il s’agit de coucher avec une personne de même sexe.
Cette logique, au fond, relève de la même détestation de soi que celle qui conduit certains à ne jamais sortir du placard. Ce n’est pas une logique normalisatrice, c’est une logique répressive, et intériorisée par certains homosexuels, consistant à faire des gays des hétérosexuels comme les autres.
De fait, gamins, la plupart d’entre vous avez grandi avec l’idée que vous n’êtes pas exactement le même que vos camarades de classe. Pourquoi vous acharner à tenter de le croire et de le faire croire une fois adultes ? Quand tu es homosexuel, tu grandis souvent avec l’idée que le monde ne sera pas à toi plus tard, car tu n’es pas ce que le monde attend de toi. Au fond de toi-même, tu es différent des autres. Et cela n’a en fait rien à voir avec qui tu couches, mais avec ce que tu es. Aime-toi, et cela ne fera pas de toi une personne “communautariste”. Tu seras juste quelqu’un de fier.
I’m not the same, I have no shame. I’m on fire.
Lettre a l’amour
Cher Amour,
Je te promets de faire mentir le mythe de l’homme de ma vie.
Je te promets de te faire honneur, de ne rien abandonner de ce romantisme crasse qui fait que je suis moi, que beaucoup trouvent ridicule, qu’un homme un jour a aimé plus que de raison, et qu’un autre aime peut-être déjà sans le savoir encore.
Je te promets de ne pas céder à la tentation du coeur de glace, ce mal du temps partagé par tant de mes frères et soeurs cabossés par la vie.
Je te promets de ne plus souhaiter tout le malheur du monde à ceux qui sont venus faire ripaille de ce qu’il me restait de joie.
Je te promets de ne pas recracher sur des innocents les flammes que j’ai du ravaler.
Je te promets de ne plus aller voir les vieilles photos, insensibles au temps qui passe. Le papier ne jaunit plus, les sourires ne se craquellent pas plus. Ils restent là, figés et froids sur nos écrans d’ordinateur.
Je te promets de ne plus maudire cette mémoire qui me fait tant de mal, sur laquelle je me venge trop souvent, et que je regretterai lorsqu’elle s’en ira.
Je te promets de ne jamais me plaindre de la fatigue après une nuit blanche de rires et d’amour. Je te promets de ne plus avoir peur de sauter dans le vide lorsque l’occasion de présente. Je te promets d’ouvrir mes yeux et mes oreilles, de regarder au fond des gens, et de cesser de porter haut celui qui m’a mis à terre.
Je te promets d’y croire encore.
J’ai 28 ans, toutes mes dents, et j’aime bien les enfants. Alors, s’il te plait, sois gentil avec moi.
Thibaut
Thank you Cindy.
D'où venez-vous ? Où allez-vous ? Qui êtes-vous ? Qui priez-vous ? Je vous prie de faire silence. Pour qui, comment, quand et pourquoi ? S'il faut absolument qu'on soit Contre quelqu'un ou quelque chose, Je suis pour le soleil couchant En haut des collines désertes. Je suis pour les forêts profondes, Car un enfant qui pleure, Qu'il soit de n'importe où, Est un enfant qui pleure, Car un enfant qui meurt Au bout de vos fusils Est un enfant qui meurt.
Le cinquieme verre
Cinquième verre. C’est ton cinquième verre de vin, t’es un peu bourré et tu racontes ta petite vie sympa à ton pote au chaud dans son canap’, t’en fais des caisses comme d’habitude. Ton téléphone sonne. C’est ton petit Maxou qui t’appelle. Il veut surement aller en boîte. Et ben non en fait, il veut savoir si t’es toujours en vie. « Il y a eu une fusillade au Carillon. »
What. The. Fuck.
Alors là, il y a un truc qui s’enclenche dans ton cerveau que t’as jamais connu. 1, 2, 3, 4, tu penses aux quatre personnes qui t’ont vu grandir, ta famille, tu veux savoir s’ils sont sains et saufs. Papa, maman, frère, sœur. Tu penses à ta petite sœur qui a gerbé la semaine dernière à cause d’un bobun du Petit Cambodge. Elle répond pas tu paniques. Tu pleures. Tu appelles tout le monde et ta mère répond pas. Tu pleures. Ta sœur te rappelle et tu pleures parce que t’as vraiment eu beaucoup trop peur.
Là t’as juste besoin d’un gros câlin, et forcément, tu penses à cet ex que t’arrives pas vraiment à oublier et qui reste, malgré le temps et la rancune, la cinquième personne de ta petite liste mentale. Il va bien. Tu pleures tu pleures. Tu pleures plusieurs fois ou une seule fois c’est pareil parce que de toute manière t’arrives pas à t’arrêter. Y a ton pote qui te serre dans ses bras parce qu’il aime pas te voir comme ça et qui se retient de céder à la panique et qui n’arrive pas à te calmer. Ta maman, ton frère, qui te disent que tout va bien. T’es un grand mais t’es toujours le bébé qu’ils ont protégé pendant si longtemps.
Tu te trouves égoïste, forcément, à être aussi soulagé en voyant la mention « Lu » et en voyant cette petite bulle apparaître qui veut dire que ton pote est en train de te répondre. A ce moment-là tu regardes pas la télé et les images des gens morts, tu regardes cette petite bulle qui te délivre pour quelques secondes de l’angoisse dans laquelle t’es bloqué. T’es tellement égoïste, mais tu peux tellement pas faire autrement.
Tu descends de là où t’es. A cent petits mètres du Carillon. Les gens paniquent dans la rue, y a une grosse dame qui tente de passer le barrage en hurlant, elle a l’air désespérée. Tu vois des brancards pénétrer dans l’hôpital. C’est joli les couvertures de survie, ça reflète la lumière. Tu te rends pas trop compte parce que t’es bourré et légèrement hystérique.
Le Carillon, c’est ton bar préféré du quartier. C’est en bas de chez toi. Celui où tu vas tout le temps boire des coups avec tes potes, celui où t’as fêté ton dernier anniversaire, celui où tu finis immanquablement bourré, celui où il manque toujours des chaises en terrasse. Les murs de ce bar connaissent toute ta vie et ont vu tous tes potes. Ils sont cools les patrons du Carillon même s’ils ont arnaqué un pote à toi un jour.
Le Petit Cambodge tu y étais dimanche dernier, t’as pris un bobun avec des nems prédécoupés – trop bon. Le Petit Cambodge c’est le resto que tu critiques tout le temps parce qu’il y a vraiment beaucoup trop de hipsters dedans. En vérité t’adores en être.
Le MacDo de la rue du Faubourg du temple, c’est là que tu vas le samedi soir engloutir en deux-deux un double cheese avant d’aller te bourrer la gueule.
Le Bataclan, tu y as hurlé mille fois ton amour de la musique, et même que la première c’était pour aller voir Zazie quand t’étais en troisième. Tu passes tous les matins devant pour aller au travail.
Tu vas te coucher. Tu te réveilles avec une barre au front et évidemment, tu check Twitter. Parce que tu fais partie de cette génération de gens qui ont le nez collé à leur iPhone. C’est leur fenêtre sur le monde. Mais ce samedi matin, il n’y a pas d’écran de téléphone ou de télévision pour te protéger de l’horreur. Il suffit de ranger son téléphone, de descendre les six étages de ton immeuble, et de marcher une petite minute.
Tu arrives dans cette rue Alibert que tu aimes tant, y règne le seul bruit que la mort ne connaisse : le silence. En vrai, le seul bruit perceptible ici, c’est celui du sable qui crisse sous tes pieds, le sable déposé sur le sang des victimes comme on dessinait des feuilles de vigne pour cacher les sexes. Putain de cauchemar.
Tu penses à la génération d’après. Tu penses à tes copines qui viennent d’avoir des gosses. Patou, Hélène, Agathe et les autres. Tu te demandes comment elles vont pouvoir expliquer à leur marmaille à quoi ça rime de se faire exploser la cervelle en buvant un Picon bière.
« Des fous de dieu », on te dit. Mais Dieu n’existe pas. Ce sont donc des fous tout court. T’as l’impression que plus la vie des gens est nulle, plus ils croient en leur dieu tout claqué, et t’as envie de leur dire qu’ils se plantent, qu’il faut pas croire en ces choses-là. T’as aussi envie de dire aux Ricains qu’ils sont gentils avec leur hashtag #PrayForParis mais que non en fait, on a pas besoin de prières parce qu’on pense que ça sert à rien.
L’année dernière, c’était pas pareil. Y avait comme un écran entre toi et les morts. T’étais Charlie évidemment, t’es même journaliste, donc toi aussi t’as eu peur. Mais là c’est pas pareil. C’est ta maison sur laquelle on vient de tirer, c’est tes potes, ou les potes de tes potes qu’on vient de buter. C’est le peuple des tatouages, des cigarettes roulées et des burgers au Comté qu’on vient de fusiller.
« T’as perdu quelqu’un ? » Cette absurde question que tu poses à tous tes amis, que tous tes amis te posent. C’est vraiment l’horreur « du côté de chez vous ». Le seul mal qu’on ait fait – que ces 129 personnes ont fait - sur cette terre, c’est celui qu’on a fait à nos anciens amours. Pas bien grave. Mais voilà, il paraît que tu vis dans la « capitale des abominations et de la perversion » et que c’est pour ça que tant de gens sont morts.
Alors on va arrêter de raconter des conneries : évidemment qu’on a peur. Not afraid, pas cette fois-ci. Evidemment qu’on se dit que ça aurait pu nous arriver et que ça peut encore nous arriver. Mais est-ce qu’on va renoncer pour autant à nos petites abominations, à ces instants de délice qui font que nos vies sont tout de même assez cools ?
Non, surement pas. On va se la coller tous les week-ends. On va danser comme des fous car la musique adoucit les meurtres, et on fera toujours plus l’amour, aussi. Les garçons avec les filles, les garçons avec les garçons, les filles avec les filles, les juifs avec les arabes et tout le reste et on les emmerde. De toute façon, c’est tout ce qu’on sait faire.
Thibaut Pézerat
Marina est un diamant
Chers amis, vous pouvez remballer vos Inrocks, votrePitchfork, votre que sais-je encore : on a trouvé l’album pop de l’année. Ils’appelle Froot et il est signé Marina and The Diamonds. Je vous vois d’ici lever les yeux au ciel :« encore une reloue qui met uneexpression derrière son prénom ». Détendez-vous direct : Marinaand the Diamonds en est à son troisième album. Elle n’a pas attendu Florence &The Machine et Christine & The Queens pour choisir son nom de scène.
Marina (Diamandis de son vrai nom) est une galloise de 29 ansque vous avez surement déjà entendue sur PrimadonnaGirl, hymne international de toutes les connasses. Une musicienne, une vraie, qui compose ses chansons dans sa chambre avec un « shitty keyboard » comme les autres songwriters de sa génération. Mais Marina a ce petit truc en plus sur ses consoeurs : de l’humour. Elle se moque de tout, de tout le monde, et avant tout d’elle-même. Froot est d’ailleurs la plus drôle des chansons de l’album éponyme. Marina s’y présente en fruit attendant de se faire juter (oui, oui : « Hanging like a fruit, ready to be juiced »). C’est drôle, c’est catchy, c’est sexuel… c’est MA-RI-NA.
I’m your carnal flower, I’m your bloody rose Pick my petals off and make my heart explode.
Les paroles ? C’est elle. La compo ? Elle encore. La prod’ ? C’est toujours Marina qui régale. Du début à la fin de la chaîne, Marina gère tout, et ça donne un album qui a l’air de lui ressembler (je ne la connais pas personnellement, j’éviterai donc de trop m’avancer sur ce point). Aux fans de la première heure, rassurez-vous : Marina est toujours aussi cruelle. Vous avez aimé How to be a heartbreaker et Primadonna Girl ? Comme sur ses deux précédents albums, Marina ne s’excuse pas d’être (parfois) une sombre garce. Ici, pas de pleurnicheries, de délires victimaires: elle fait du mal et elle l’assume. « No I don’t love you, no I don’t care. I just wanna be held when I’m scared », chante-t-elle dans Blue. Preuve que vous ne la prendrez pas en train de se morfondre, Marina titre une de ses chansons I’m a ruin (« Je suis en ruines »), mais chante en vérité « I’ll ruin you » (« Je vais te ruiner ») pendant toute la chanson ou presque. On te reconnaît bien là, ma petite, continue comme ça, t’es au top.
No, I don’t love you No, I don’t care I just want to be held when I’m scared And all I want is one night with you Just cause I’m selfish I know it’s true
Plus bitch que la plus bitch de tes copines, figure-toi que Marina a en fait un cœur gros comme ça. Sous ses postures de princesse impitoyable, elle peut même avoir mauvaise conscience. Dans I’m a ruin (encore), madame est amoureuse, mais se désole de sa frivolité. Dans Happy, elle chante son ultra-moderne solitude. Dans Immortal, Marina a peur de la mort et ça fout les frissons. C'est peut-être là ce qui fait de cet album le plus beau des trois: en ouvrant sur la ballade Happy (attention, ça plombe un peu pour un décollage), Marina annonce d'office la couleur: vous allez prendre du pur Marina and the Diamonds dans les oreilles, et ceci pendant 53 minutes. Appréciable, après le délire schizo d’Electra Heart, qui avait égaré pas mal d’amateurs…
Oh, all the things that humans do To leave behind a little proof But the only thing that doesn't die is love, love, love Love, love
L’autre grande force de Marina and the Diamonds, c’est ce talent pour faire de la musique rien qu’avec des mots. Le plus bel exemple étant ce passage de Savages: "We live, we die. We steal, we kill, we lie." Dix mots consciencieusement choisis pour la seule caractéristique qu'ils ne font qu'une seule syllabe chacun. Pourquoi ? Parce qu’enchaînés ainsi, ce ne sont plus des mots, ce sont des notes !
Une autre punchline de génie apparaît sur Blue (que l'on surnommera "complainte de la connasse"): “Gimme love, gimme dreams, gimme a good self-esteem”: plus Marina supplie, plus la mélodie descend dans les graves. La géographie des notes (de haut en bas) va à l’inverse de ce à quoi aspire la jeune femme (une meilleure estime de soi). Elle supplie là son ex de partager une dernière fois sa couche, et impossible de ne pas y voir en deuxième lecture le désarroi des jeunes adultes accros aux selfies sur Instagram et aux emojis énamourés. Ceux-là même qui font son public et qui ont tant besoin de likes pour ne pas trop se détester. L'artiste a d'ailleurs bien compris qu'elle tenait dans ce sens de la rythmique des mots un sacré talent: elle promeut régulièrement ces bouts de phrases qui rendent fou sur les réseaux sociaux (ici ou là, par exemple).
Marina promène sa voix d’ogresse et fait la nique aux voix haut perchées des chattounettes de la pop (Ariana Grande si tu m’entends). Marina, c’est viril, et c’est trop bon. Il n’y a qu’à écouter Savages, son refrain digne d’un hymne de stade (gay, le stade): on l’imagine tellement à la tête d’une manif’ contre le genre humain (le tout en mangeant des bananes et des pommes, car l’album s’appelle Froot).
Comme sur les précédents albums, elle passe de la voix de poitrine à la voix de tête en un claquement de notes, et les arrangements de l’album (on y vient) placent son organe au centre de tout.
Marina ne fait pas d'eurodance, et ne se pique pas de hip hop. Marina est une fille qui aime la guitare et la batterie, et ça sonne bloody bien. Les guitares de Better Than That évoquent les Black Keys, les batteries de l'album sont signées Jason Cooper du groupe The Cure (s'il vous PLAIIIIT). Better that that tire vers le groove, Froot (et dans une moindre mesure Blue) sont clairement discos, mais c'est une identité rock qui transparaît du début à la fin du disque. Des arrangements proches du live qui permettent à Marina de jouer comme elle veut avec sa voix. Froot a aussi ce mérite de réhabiliter avec force et honneur les arrangements rocks trop longtemps remisés dans les placards de la pop.
Evidemment, Marina and the Diamonds ne vendra pas beaucoup de Froot. Ses chansons n’épousent pas la mode du moment, elle joue trop peu de son corps pour faire adhérer les adolescentes, et elle n’est pas assez neuve pour être proclamée par la presse “next big thing”, statut envié s’il en est dans le monde de la pop. Mais pour les petits diamants qui la suivent dans son délire, Marina reste la reine d’un tout petit royaume. Tout petit certes, mais il y fait bon vivre.
(moi, c’est @thibpez)
Bien sûr, c’est un Top 10.
Mais 2013 n’ayant pas été une année comme les autres, j’ai décidé de faire de ce classement quelque chose d’un peu différent. Moins un compte à rebours que l’autobiographie d’une année cataclysmiques en dix films clés, parce que jamais le cinéma ne fut autant le miroir...
Hé, 2013, va bien t'faire foutre.
Pourquoi critiquer les morts ? Parce que c’est surement plus simple ainsi. C’est probablement un peu lâche, mais il aura fallu que 2014 arrive pour pouvoir enfin dire tout le mal que j’ai pensé de cette année qui s’achève. Et de 2013, je ne retiendrai ici qu’un point noir: les cohortes cinglées de manifestants anti-mariage gay. Voilà 2013 comme je l’ai vécue.
Ce devait être une partie de plaisir: quelques jours de débat, un vote et du champagne. Mais ça a été finalement beaucoup plus compliqué que ça.
Deux égéries émergent: une ancienne ministre, d’abord. Déjà connue pour ses engagements formidablement progressistes (la bible à l’Assemblée, remember ?). Et puis une blonde un peu vulgaire considérant que quelques cuites avec des gays dans sa jeunesse vont la classer du côté des gentils (tu le vois, le syndrôme du “je m’entends très bien avec mon voisin arabe” ?).
Ces deux femmes-là, il faut le reconnaître, ont le talent de faire sortir des milliers d’hommes et de femmes de chez eux contre un projet de loi qui ne les concerne pas. Chapeau. Et comme si ce n’était pas déjà assez fort, le mouvement récupère ce beau nom de “mariage pour tous” pour le détourner à sa cause : la Manif pour tous est née.
Le débat s’enlise, se radicalise, s’éternise. Ça pue, un peu. Ce qui était une promesse de campagne que je croyais consensuelle devient un enjeu politique. Tiendront-ils ? Certains proches - très proches- font part de leurs réserves sur l’adoption. Ce qui était un enjeu politique devient une bataille nationale. Tiendrons-nous ?
Bonne question. Car parmi les outrances qu’on a pu entendre, celle-ci était particulièrement indigne: vous nous les avez brisées avec votre “on lâche rien”, mais excusez-moi de vous dire que sur ce coup, les gars, nous n’avons rien lâché.
Les ballerines et autres mocassins à glands s’encanaillent sur le pavé parisien ? Très bien. Vous aurez des talons hauts, des sneakers et ma paire de Vans qui défileront aussi. #onlacherine, nous nous plus. “Hétéros, avec nous !” Merci à vous.
Mais à ce beau combat que l’on livre s’ajoute une problématique plus personnelle. Je suis journaliste. Et les ennemis de ma cause, j’ai du me les coltiner.
Quel étrange schizophrène je fais, ce jour où je suis envoyé par ma rédaction de l’époque couvrir une énième manif pour rien. Ce jour où je prends plein gaz avec les casseurs, criant à la dictature, alors que l’objet de leur courroux est celui de mon désir. Ce jour où j’ai du faire le portrait d’une “veilleuse”, dents blanches et voix doucereuse, ne sachant même pas de qui elle parlait quand elle insultait mes semblables.
Et je me souviens de moi, mon jean slim, mon sac de tarlouze et cette question débile que je n’ai toujours pas résolue: “Qu’est-ce qui vous dérange, au fond, dans cette histoire de mariage gay ?”
En journaliste consciencieux, je sais que j’ai le devoir d’informer, de ne rien passer sous silence, de ne pas tordre les faits comme j’aimerais les voir. Oui, il fallait parler de la Manif pour tous. Oui, il fallait donner la parole à leurs porte-voix, aussi grotesques soient-elles. Et non, je ne suis pas responsable des débordements et des outrances. Mais oui, j’ai parfois eu le sentiment de souffler sur des braises, à mon corps défendant. Cette interrogation, je sais que beaucoup d’entre nous, journalistes gays (alerte lobby LGBT inside), nous la sommes posée.
J’ai failli craquer et dire publiquement tout le mal que je pensais de ce mouvement lorsque Jean-Pierre Pernaut, celui pour lequel j’avais vaguement bossé dans le passé, a jugé utile d’estimer qu’il ne faisait “pas bon être hostile au mariage homosexuel.” Maintenant que la loi est votée, que du temps a passé, je peux te le dire, Jipé: tu aurais mieux fait de la boucler. Maintenant qu’on est en 2014, qu’il ne reste dans ces rangs que quelques vagues ploucs relevant plus du cirque qu’autre chose, je peux faire le bilan de mon année 2013.
- 2013, c’est juste l’histoire d’un jeune pédé qui a ses propres démons, ses insécurités, et parfois une bien piètre image de lui-même. Ces litrons de gerbe n’ont tristement rien arrangé à l’affaire.
- 2013, c’est aussi l’histoire d’un jeune pédé qui rencontre d’autres pédés tout aussi blessés par le miroir que leur tend leur pays. Des pédés devenus des amis. Vincent, je t’admire tant. Philippe, tu as mon respect éternel.
- 2013, c’est enfin l’histoire d’un jeune pédé qui rencontre un autre pédé. Et quel pédé. Le maître en la matière. Je sais que le ciel n’existe pas, mais je le remercie quand même de l’avoir mis sur mon chemin, celui-là.
Alors aux mères de famille à serres-têtes, aux mecs portant le crâne rasé, à tous ceux qui se sont acheté un polo rose pour défiler contre mes droits, contre nos droits, un dernier message: par inconscience ou par haine, vous avez fait du mal. Beaucoup de mal à certains de vos concitoyens. Mais personne ne vous fera le plaisir d’oublier. Et surtout pas en 2014.
Thibaut Pézerat
NB : ce billet n'engage que moi.
There's no remedy for memory Your face is like a melody It won't leave my head
Tu sais quelle connerie ma jeunesse, mon silence, quelle erreur, quelle perte de temps, Si je n'ai pas su te dire à temps, que je pensais à toi, tout le temps, mon guerrier, mon roi, mon petit prince.
Elisabeth Lévy aime les mâles, les vrais. Les femmes et les gays, un peu moins. Mais ce qu’elle aime par dessus-tout, la sainte patronne des 343 salauds, c’est la ri-go-lade.
En témoigne son texte “Le sexe, ça fait pendre”, qui ouvre le dossier élégamment intitulé “Touche pas à ma pute”, publié dans le dernier numéro de
ET BIIIIIIM
"On dit que l'amour est aveugle, mais avec toi, qui sait, la cécité est peut-être une façon de voir"
Âme en peine, amant peine
Tant que c'est la vie qui nous en coûte, laissons planer le doute.
Elle a prétendu que j'étais joli garçon et que "les jolis garçons ne devraient jamais être tristes". Cette phrase est la première que j'ai notée dans mon carnet. La relisant, je me suis juré de ne plus être triste. Au moins d'essayer. Je me doutais que cela exigerait des efforts. Retour parmi les hommes, Philippe Besson