3 calendriers, 4 langues et 5 modalités de saisie sur un clavier d'ordinateur...
... ou comment faire simple pour une île à peine plus grande que la Bretagne: 35 980km2 contre 34 023km2 (Jolie référence familiale).
Laissant tout juste derrière nous le nouvel an occidental, nous avons commencé ce 1er janvier deux nouvelles années différentes et en finirons une troisième le 31 janvier. Autrement dit, nous sommes aujourd'hui à la fois le 7 janvier 2014, le 7 janvier 103 et le 7ème jour du 12ème mois de l'année du cheval. Là, ça commence à s'éclaircir, non ?
1. La première date est la seule date utilisée en France mais également celle utilisée internationalement dans les calendriers civils depuis le début du XXème siècle. Ce calendrier, appelé calendrier grégorien, est un calendrier solaire adopté en 1582 après que le pape Grégoire XIII eu amélioré le calendrier julien (introduit par Jules César et utilisé dans la Rome antique) en y ajoutant les années bissextiles. Particularité taïwanaise tout de même: un enfant né le 29 février à Taïwan sera légalement né le 28 février (sur ses papiers d'identité par exemple).
2. La seconde n'est utilisée que dans l'administration taïwanaise aujourd'hui. Il s'agit de la date du jour dans le calendrier Minguo qui prend pour année 1 la date de la chute du pouvoir de la dynastie Qing et la création de la République de Chine (= Taïwan aujourd'hui; différent de la République populaire de Chine que nous appelons Chine en France) par Sun Yat Sen en 1912 (le 1er janvier, voilà pourquoi les jours sont les mêmes que les nôtres). Je me demande toujours alors si ma lessive va périmer dans 12 ans (en 2026) ou dans 23 ans (en l'an 126) - même si je l'aurai probablement déjà finie - il peut y avoir débat !
3. La troisième date correspond à la date dans le calendrier chinois qui est un calendrier luni-solaire, c'est à dire que le premier jour de chaque mois est la nouvelle lune et le 15ème jour la pleine lune. Ce calendrier a 12 ou 13 mois selon les années (en fonction du nombre de nouvelles lunes entre deux solstices d'hiver ou quelque chose comme ça) et est encore largement utilisé aujourd'hui par les paysans pour mieux gérer l'agriculture et par la totalité de la population pour les fêtes traditionnelles comme le Nouvel an chinois ou la fête de la Mi-Automne.
CQFD concernant les calendriers ! Et ça n'a pas été une mince affaire.
Passons un peu plus vite sur les langues. Aujourd'hui la langue officielle du pays est le mandarin utilisant les sinogrammes (caractères chinois) traditionnels contrairement à la Chine qui les a simplifiés. C'est la langue maternelle des continentaux qui ont fui les communistes en 1949 (14% de la population actuelle). Cette langue a alors été imposée aux "Taïwanais de souche" qui représentent eux 84% de la population. Ceux-ci parlaient préalablement le holo ou taïwanais (70%) et le hakka (14%), deux familles linguistiques chinoises. Et pour les 2% restant me direz-vous ? Il s'agit de populations aborigènes possédant leur propre dialecte.
C'est ainsi que dans le métro, nous pouvons entendre le nom des stations en mandarin, en taïwanais, en hakka puis en anglais.
Les jeunes d'aujourd'hui cherchent de nouveau à apprendre le taïwanais depuis que de plus en plus de chanteurs de l'île utilisant cette langue se font connaître. C'est également, pour eux, un moyen de défendre leur identité nationale.
Concernant la 4ème (qui n'est pas l'anglais évoqué ci-dessous - trop peu de taïwanais parlent anglais pour que l'on puisse l'inclure), il s'agit du japonais, encore pratiqué par les personnes âgées ayant vécu sous l'occupation japonaise entre 1895 et 1945.
Pour finir, voici à quoi ressemble un clavier d'ordinateur taïwanais.
Il existe aujourd'hui trois méthodes principales de saisie des caractères chinois sur les claviers taïwanais. Le bopomofo (en haut à droite) est un alphabet créé au XIXème siècle en Chine pour être utilisé dans la transcription (opération qui consiste à substituer à chaque son un graphème ou groupe de graphèmes d'un système d'écriture) du mandarin et ainsi simplifier l'apprentissage de celui-ci. Le Cangjie (en bas à gauche) est une méthode de saisie informatique basée sur la composition graphique et étymologique du caractère où les touches du clavier représentent les différentes clés du chinois. Le Dayi (en bas à droite) quant à lui utilise quelques 46 caractères notés le clavier qui permettent également, comme la méthode Cangjie, de saisir les caractères en combinant jusqu'à quatre caractères "de base".
Nous, petits occidentaux luttant pour apprendre le chinois, en utilisons une supplémentaire que l'on appelle le pinyin et qui consiste à retranscrire de manière phonétique le chinois en alphabet latin agrémenté de 4 types d'accent. Pour finir, il leur arrive également de saisir en alphabet purement latin lorsqu'ils écrivent en anglais et nous voilà arrivé à 5 !
Après 3 calendriers, 4 langues, 5 modalités de saisie sur un clavier, 7 heures de décalage horaire avec la France font qu'il est tant que j'aille me coucher.