Dans ce monde où les valeurs centrales sont l’argent et l’abnégation au travail, je n’arrive plus à être.
Les arrêts de travail me permettent de micro-bouffées d’air qui semblent m’aider mais ne m’empêchent pas de me noyer.
Mon cerveau a fini par s’habituer au médicament qui pendant 3 mois m’a permis de dormir convenablement. Les insomnies reviennent. Le sommeil est entrecoupé, pas vraiment réparateur. L’été arrive. La température est maintenant bien au-dessus de celle qui me permet de dormir convenablement.
Je passe mes journées à me reposer mais me sens toujours aussi fatiguée.
Je ne fais rien de la semaine mais dois presser mes proches pour organiser le moment où on va se voir quelques jours à l’avance. Si je ne demande pas, je dois m’adapter, encore et toujours. Et quand je demande, j’ai vraiment l’impression de faire chier, puisque je ne respecte pas leur rythme. Mais passer des journées entières à ne rien faire d’autre qu’attendre un appel, c’est ne rien faire de peur de ne pas être dispo pour ledit appel lorsqu’il arrivera. C’est passer la journée à penser en boucle « il faut que je sois dispo ». Et parfois l’appel n’arrive même pas.
Enfant, l’idée que je devais être capable de me débrouiller seule sans demander d’aide était quelque chose de central. Alors demander qu’on anticipe un peu pour mon confort sans que j’ai besoin de perdre de l’énergie à demander, ça me parait vraiment insurmontable.
Et puis il y a les conversations. Parlons politique (donc société) comme si ce n’était que de l’abstrait et que ça ne concernait pas la vraie vie des gens dans leur réalité. De tous ces fonctionnaires qui coûtent de l’argent pour les services publics qui ne servent à rien puisqu’ils ne produisent pas d’argent. Qu’il faut quand même être pragmatique, sans argent on ne fait rien. C’est pas juste que mes valeurs font que je suis en désaccord complet avec la phrase précédente. C’est aussi que mon quotidien c’est que je fais un job qui n’apporte pas d’argent, mais qui était quand même bien considéré comme essentiel pendant la crise du Covid. C’est aussi qu’à m’être trop brûlée à tout donner pour mon travail (en parallèle du fait que j’ai vécu 30 ans en ignorant mon handicap et donc en épuisant toutes mes ressources faute de savoir pourquoi et comment les préserver), je ne suis plus capable de travailler à temps plein. C’est que je passe sous le seuil de la pauvreté en travaillant à mi-temps parce que la RQTH ne donne pas droit à compensation financière, juste à la réduction du temps de travail comme s’il s’agissait d’un choix. C’est que je me bats chaque jour à me convaincre de ne pas croire ma tête qui me dit que je ne vaux rien. Et après une semaine bien noire, se reprendre tout ça dans la gueule alors que je voulais juste me détendre avec mes amis. Et de culpabiliser en plus parce que je me suis énervée, j’ai pleuré, mais j’ai été incapable d’argumenter mon point de vue. J’étais trop épuisée, mais je n’ai pas pu me faire comprendre.



















