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Il vient un moment où le noir n'est plus effrayant, ni oppressant. Il s'offre comme un être, où ses bras entourent mon âme et embrassent mes peurs.
Au fond de ma poubelle, il y a un sachet vide de capote ouvert. Il traîne au fond comme s'il avait inauguré le sac plastique. Il y a aussi un sachet de thé encore tiède. Qui, dans la tasse et sur me lèvres, laissera un souvenir chaud et lourd. Le goût traînera dans ma bouche jusqu'au matin. Jusqu'à ce que je sorte de mon rêve, celui que j'ai fait, ou celui passé. Qui semblent fait de la même matière.
Je devinais les feuilles bouger à mesure du vent. Lovée là, dans la fraîcheur des nuits d'été, bercée dans ce filet suspendu à presque cinq mètre de haut, je le sentais tout contre moi. Dans les bras du chêne et dans les siens, en lévitation, je lachais un “c'est beau” contemplatif. J'ai senti son souffle dans mon cou quand il a souri. Il m'a attiré un peu plus contre lui et nous avons continué notre tendre quête fusionnelle.
Les soirs d'été, j'aime laisser ma fenêtre ouverte. Mes volets sont généralement à moitié fermés pour me laisser réveiller par la lumière du jour. Alors que je contemplais mes propres constellations, un éclair de lumière à fait frémir les murs de ma chambre. Le ciel était emplie d'électricité. Le tonerre était doux et lointain. Le ciel s'illuminait chaque demi seconde. En entre-baillant un peu plus mes volets pour scruter l'extérieur, je me suis demandée si je ne devais pas aller dehors pour prendre de cette énergie furtive et admirer le spectacle. Ça m'a rappelé C. qui me disait avoir pris la foudre à l'âge de deux ans. Ces parents pensaient que c'était pour cette raison qu'elle était hyperactive. La pluie à rejoint le ballet de mes rêves en venant taper de plus en plus fort au dessus de ma fenêtre. J'ai finis par tendre les bras vers les étoiles, sursautant par la luminosité. J'étais sous la pluie, dans les abîmes marins et entre les astres.
Mon sourire bousculait les tâches disséminées sous mes yeux.
Quelques temps après qu'A. et moi ayons mis au clair nos sentiments, j'ai été dans cette boutique rue du T. Elle est remplie de bijoux ethniques, de minéraux et autres légendes. J'ai choisi un collier bleu, avec des pierres turquoises. La principale, celle du centre, n'est pas complètement polie. Elle ressemble à un petit nuage qui semble palpiter en craquant. Il y a quelque chose d'organique dans cette pierre, d'humain, comme un coeur jadis enfouis. J'ai acheté de collier pour me protéger. En le choisissant j'en ai fait mon talisman. Il vient parfois compléter mon oeil de Turquie. Hier soir, je ne portais que lui. Ma main s'est portée bien des fois vers les petites pierres autours de mon cou. Activant chaque force dont je l'avais empli.
J'ai tellement peur de faire. Pour l'instant je me contente d'être.
J'ai semé quelques yeux derrière moi.
L'obscurité et la solitude m'appelait. Je suis alors partie sans la nuit, armée de mon marqueur noir. Bille Holliday me guidant sous le clair de lune.
Une souris a filé entre mes doigts. Elle n'a pas hésité à se jeter à l'eau pour échapper à nos rires ivres. Assis là à contempler les reflets des lumières du pont dans le courant, nous avons rêvé. D'endroits où aller. En face, sur les vieilles fondations du pont. Ou plutôt là sur la coupole. Il s'est fait la promesse de m'y emmener et de ne jamais m'embrasser. Les lumières de la grande roue se sont éteintes. Puis celles de l'hôpital. Plongeant notre horizon dans le noir, écran de nouvelles idées farfelues et autres confidences.
J'ai croisé les yeux, les miens. Ceux que j'avais semés sur mon chemin, ceux qui protègent du mauvais oeil ; et je me suis demandée si tu les avaient croisé toi aussi.
Les ailes du désir
Tu ne peux pas me saisir, dans tous les sens du terme. Je suis à la fois incompréhensible et lointain. J’irai marcher jusque dans ton cœur, m’inviter à l’intérieur et en faire ma demeure. J’irai là où personne d’autre n’est jamais allé, là où même toi tu ignores la couleur des murs. Je te dirai qu’ils sont noirs, envoûtants, profonds ; que tu dois absolument les voir. Mais je ne peux pas te faire sortir de toi. Personne ne peut te sortir de toi. Personne ne peut t’accompagner, te montrer le chemin qui t’emmènera loin de ta prison dorée. De ses murs blancs, trop parfaits, trop confortables, trop rassurants. Alors je te dirai seulement de sortir, de fuir. Je t’ouvrirai les yeux sur ce qui t’attend. J’écrirai sur ce qui t’attend. Je te dirai de me rejoindre, de surmonter ta peur, de me faire confiance. Je te prierai de croire, de croire en moi, de croire en nous. Tu viendras me rejoindre, mais je ne serai pas là. En réalité je ne l’ai jamais été. J’étais déjà ailleurs. Je suis toujours ailleurs. Et te voilà seule, dans l’attente, puis dans la honte, la colère, l’incompréhension. Tu as cru me tenir, m’écouter, me chérir, m’aimer, me toucher, m’embrasser, me faire rire ou pleurer, me faire vivre. Mais la réalité ment. Elle est insaisissable. Je suis insaisissable.