Voyage au bout de la khagne
J'ai passé mes concours en 2014. Deux ans de travail et de larmes pour avoir 6 en latin et me planter dans la seule matière où j'espérais avoir la moyenne (même avec de très beaux schémas sur les mondes du froid). J'ai intégré une "grande" école de commerce (dernière dans les classements, ma place de prédilection !). Un grand saut dans l'inconnu : déménagement à Paris seule, loin de ma routine studieuse de khâgneuse, fini les journées à potasser !
Trois années à faire tout sauf du commerce et du management. J'ai rattrapé les soirées manquées mais les cours étaient décevants. La mordue de travail et d'études qui sommeille en moi n'était pas rassasiée. J'ai réussi à renouer avec les sujets qui me tiennent à cœur en intégrant en parallèle une fac pour étudier l'histoire contemporaine et enfin me rendre compte de ce que ces années m'ont apporté. Là où mes camarades peinaient à retenir nos listes de dates je mémorisais sans problème le jour de promulgation des lois et l'expansion des égout à Paris en 1832, en quelques minutes mes plans de dissertation étaient établis et mes introductions rédigées. J'étais dans ma zone de confort.
Tout ça pour ça ?
La prépa a été très difficile pour moi, ce tumblr ne reflète pas ma détresse psychologique, mes kilos en moins et les remarques pernicieuse des profs.
Après la fac, un Erasmus au Danemark, un master spécialisé dans la gestion de projet culturel, un stage avec des archéologues à parler de cailloux et de morceau d'os, un autre pour coordonner un événement culturel européen à relire des dossiers de presse et des programmes. J'ai construit petit à petit mon projet professionnel en retrouvant ce qui me passionne, j'ai même doucement recommencé à lire par plaisir.
J'ai terminé mes études en 2017 pour finalement ne jamais faire Science Po, ne jamais parler au gars de la prépa éco, ni maîtriser le latin et la compta. Mais quelle aventure ! L'entrée dans le monde du travail n'a pas été facile non plus, travailler en start-up, dans des institutions, du harcèlement parfois, des centaines de candidatures envoyées.
"Vous êtes bonnes à finir potiche", ma prof de philo spécialiste d'Hannah Arendt en première année.
Il y a quelque mois j'étais de retour dans ma ville de prépa, à quelques mètres du lycée pour coordonner un événement dédié à valoriser la création contemporaine émergente et les nouvelles écritures. Quel fantastique pied de nez !
Bon courage à vous les khâgneux·euses, vous êtes brillant·es et passionné·es.











