Il s’agit d’une histoire très personnelle. Je suis chinoise et j’ai connu mon copain en Chine. On était ensemble depuis un an et, un jour, on a décidé de partir en France pour étudier, mais pour nos parents, c’était impossible que nous quittions le pays sans nous marier. C’est très mal vu en Chine de quitter le pays en couple sans se marier. On a le sentiment qu’on a été forcés de se marier parce que même si on s’aimait et que c’était notre décision d’être ensemble, on sentait que le mariage ne faisait pas partie de notre relation, au moins pour le moment. On avait moins d’une semaine pour partir et à ce moment-là, on n’avait pas le temps pour penser et planifier une cérémonie qu’on ne voulait même pas faire. Je n’ai eu qu’une heure pour choisir ma robe de mariage.
Je l’apporte ma robe où je vais avec moi, en France et aussi au Québec, parce qu’elle me rappelle des faits que je ne veux pas voir se répéter. Dans mon travail d’art performatif, le sujet du mariage forcé est récurent et, de cette manière, j’ai pu passer à travers cette expérience qui était difficile. À cause de nos parents, on a fait le mariage finalement, mais on a décidé de ne pas signer les documents. Légalement, je suis encore célibataire. Nos parents savent ça, mais ils pensent que ce n’est pas nécessaire. Pour eux, c’est avant tout la tradition qui est importante.
En Chine, quand une femme a plus de 25 ans et qu’elle n’est pas mariée, les personnes considèrent qu’elle doit avoir un problème. Il y a maintenant beaucoup de femmes en Chine qui ne sont pas intéressées à se marier, mais la société ne veut pas qu’elles pensent comme ça. C’est une situation qui génère beaucoup de tension même au travail. Les propriétaires des entreprises croient qu’une femme célibataire de plus de 25 ans n’est peut-être pas une bonne personne parce que sa situation n’est pas solide socialement et elle est considérée anormale. Les gens pensent qu’elle est malade ou bien qu’elle a des problèmes psychologiques.
Cet objet s’appelle Assiar ou Agharbel (langue berbère). C’est ma mère qui m’a donné ça. Elle m’a donné le petit parce qu’il était facile à transporter. Ma mère faisait le couscous avec cet assiar. Faire le couscous prend plusieurs étapes et il faut trier le blé plusieurs fois et par étapes. Pour moi, cette préparation garde une philosophie très profonde. La farine, il faut qu’elle soit tamisée plusieurs fois et, pour moi, c’est comme une espèce de métaphore de la vie. On passe par des étapes qui nous permettent de laisser des choses qui ne sont plus pour nous et on garde les autres choses avec lesquelles on continue à vivre : les amis, les proches les plus chers et les plus importants.
Toute ma famille reste en Algérie. Nous sommes quatorze frères et sœurs. Je suis le seul qui est sorti de notre pays. Ma mère fait tout, elle touche à tout. Elle fait la poterie, le tissage, la cuisine… tout! Et tout ce qu’elle fait, elle le fait par amour. Le goût du couscous de ma mère, je ne l’ai pas encore goûté dans un autre endroit. C’est de l’authenticité. Quand je la voyais préparer le couscous chaque soir, c’était un apprentissage pour moi. Elle aime aussi enseigner aux autres à le préparer. Elle est une femme très généreuse.
Nous sommes berbères. Nous ne sommes pas arabes. Et les Arabes veulent nous rendre arabes. Le nord de l’Afrique n’était pas arabe avant. Quand les Arabes sont arrivés dans notre région, ils ont imposé leur langue et la nôtre, la langue berbère, était interdite. Mais je parle ma langue par amour, c’est la langue de ma mère.
J’ai déménagé à la maison de mes grands-parents quand j’avais 4 ans, après que mes parents se sont séparés. Alors, mes premiers souvenirs de ma vie sont avec eux à Santa Barbara. Sao Paulo est une grande ville et ce n’était pas très bon pour moi d’habiter là-bas parce que je faisais de l’asthme. Mon père, je ne le voyais que la fin de semaine quand il venait nous visiter.
La vie a changé à la maison quand j’avais 10 ans. Mon grand-père a eu un AVC. Je sens que je l’ai perdu à ce moment-là. Il a passé 23 ans comme un légume. Il avait toujours besoin de quelqu’un pour bouger. Son corps s’est immobilisé peu à peu avec le temps. Il était d’origine Italien et la famille de ma grand-mère était Libanaise. L’histoire de mon grand-père est intéressante et je me sens très inspiré par lui parce qu’il était une personne très pauvre quand mais avec le temps il est même devenu le maire de sa ville. Même si ma grand-mère venait d’une famille très riche, ils ont décidé d’être ensemble et, à cause de ça, elle a été exclue de sa famille pendant des années. Ils ont donc fait leur petite famille ensemble. Mon grand-père avait un charriot avec lequel il se promenait dans les rues pour vendre des accessoires de couture, après ils ont ouvert un petit magasin et plus tard une fabrique de tissus.
Je garde ces photos de mon grand-père parce que je veux me rappeler l’homme qu’il était avant sa maladie. Dans ma tête, il ne reste surtout les souvenirs les plus récents, la manière dont il était dépendant, mais je veux me souvenir qu’il était un homme fort et grand, qu’il avait beaucoup d’énergie et qu’il a été capable de changer sa réalité quand il en a eu la possibilité. Je suis réalisateur et mon but est de faire un film pour créer une mémoire de sa vie.
Tous mes grands-parents sont venus d’Europe de l’Est. Les quatre étaient des enfants de familles très pauvres qui sont venues habiter en Argentine. Tous étaient d’origine juive, mais athées. Ils ont été militants du Parti socialiste ouvrier juif dans leur pays d’origine. À Buenos Aires, il y avait de grandes communautés ouvrières juives au début du XXe siècle. Mon grand-père a fait partie du groupe fondateur du Parti Communiste Argentin quand il avait 19 ans. Il était très élégant à une époque où, dans les grandes villes, les hommes étaient tout le temps en costume et cravate. Même à la maison, il était comme ça toute la journée, en train de lire les journaux et de fumer sa cigarette. Il avait beaucoup de chapeaux.
Quand il a perdu la mémoire, les deux dernières années de sa vie, j’étais la seule personne que mon grand-père reconnaissait. Peut-être qu’il pensait que j’étais mon père. Un jour, il m’a appelé à ses côtés pour me dire qu’il voulait me donner ce chapeau. C’était le chapeau qu’il portait dans une photo de studio que la famille garde encore. C’est une photo de mon grand-père et de ma grand-mère avant leur mariage.
J’ai commencé à porter le chapeau dans les années quatre-vingt. Je suis musicien. J’avais été loin de l’Argentine pendant quelques temps et, quand je suis retourné, j’ai mis le chapeau. Je le portais avec un nœud papillon parce que ça me plaisait. C’était à une époque où la mode était vraiment très différente. Pour les autres jeunes, c’était très bizarre, mais il est devenu une espèce d’image de marque dans ma carrière. Je suis devenu le monsieur qui porte un chapeau.
Ma poupée s’appelle la Sandrita. Mon grand-père me l’a donnée en cadeau en 1972 quand je suis née au Chili. C’est une poupée classique de marque Piel Angeli. Ces poupées ont commencé à être fabriquées en Argentine vers les années 1950. Mon grand-père a travaillé dans la compagnie des chemins de fer, il était un travailleur public. Ils ont eu une espèce de syndicat, une coopérative, et c’est à travers cette coopérative que les travailleurs publics pouvaient acheter des choses à crédit.
J’étais sa première petite-fille et j’étais sa préférée. Il était tellement content quand je suis née qu’il a oublié qu’il avait laissé le barbecue allumé. Toute la viande qu’il avait préparée pour célébrer ma naissance avec ma famille a brulé. Nous étions de bons amis mon grand-père et moi. Nous habitions à côté de chez lui, j’ai grandi avec lui. Il y avait des fêtes pour les enfants dans la compagnie de chemins de fer quand j’étais petite et nous y allions toujours ensemble. Après, avec la dictature au Chili, les choses ont beaucoup changé, la situation sociale est devenue plus difficile, la compagnie n’était plus la même et mon grand-père a vieilli…
Contrairement à ma grand-mère, mon grand-père avait une pensée libérale (ma grand-mère était très catholique, comme c’est fréquent en Amérique latine). Lui, il était plus libre dans sa pensée et moi, je ne suis pas très religieuse, je suis plus spirituelle, et mon grand-père a beaucoup respecté ma façon de penser.
Ce mortier a été confectionné par mon arrière-arrière-grand-père Sebastiano Belmondo, vers 1920. Il était immigré italien du Piedmont. Il est allé s’installer en France en 1893 avec sa famille, plus exactement à Ria, un petit village de montagne catalan. Il travaillait comme contremaitre à la carrière de marbre. Ainsi, cela fait quatre générations que la famille l’utilise pour faire l’aïoli (en catalan : All i oli). L’aïoli est une mayonnaise catalane. On la met sur du pain grillé et frotté d’ail. On la sert pour les grillades, les cargolades (escargots grillés), la bouillabaisse… On la fait principalement dans des moments de rencontres avec les amis et la famille. Comme partout dans le monde, la nourriture, les grands repas, sont des fêtes, des moments de partage.
De mains en mains, le temps passe, les rivières coulent. De l’Italie, en passant par la Catalogne, pour arriver au Québec. De Marie Jeanne à Jeanne, à Michelle, à Dominique, cet objet est le témoin d’une histoire familiale.
Je devais avoir une dizaine d’années quand ma grand-mère m’a choisie, parmi toutes les femmes de ma famille, pour me transmettre cela. Elle m’a choisie pour tirer les cartes. Puis un jour, quelques années plus tard, elle m’a appelée pour me l’apprendre… Ce jour-là, elle a sortie son beau tissu, elle l’a mis sur la table et elle a commencé à tirer les cartes… J’étais intriguée, j’ai posé plein de questions sur les figures, ça prend du temps pour apprendre tout ça…
C’est seulement quelques années plus tard que j’ai commencé à le faire aussi, pendant l’adolescence et surtout avec mes amies… La lecture des cartes est complexe parce que même si chaque carte a une signification en soi, la signification la plus importante se trouve avec les autres cartes, dans la façon dont elles sont placées dans l’ensemble. J’ai beaucoup voyagé dans ma vie et j’ai une collection de tarots de plusieurs cultures.
Ma profession, c’est l’écriture, et je suis aussi conteuse. Je sens profondément que, quand ma grand-mère m’a choisie pour me transmettre cette connaissance, elle m’a aussi donné le métier de raconter des histoires. Tu tires les cartes, tu vois les éléments et comment ils jouent ensemble et tu racontes. Dans les cartes, on dit ce qu’on voit. Il s’agit de lire et de raconter. Elle m’a raconté des histoires de toutes façons ma Mimi. Elle choisissait les moments spéciaux pour expliquer le monde… Et en fait, les premières histoires que j’ai racontées professionnellement étaient les histoires qu’elle m’a racontées.
Mes deux parents sont algériens. Quand mon père était petit, il demandait à sa mère s’ils étaient des immigrants, parce qu’ils ne pouvaient pas parler leur langue en Algérie, dans leur propre pays. L’Algérie a été colonisée par la France et c’est sûr que ce pays a eu un rôle dans la gestion de l’identité. En Algérie, les habitants ont été de différentes confessions et de différentes origines et ils ont vécu ensemble pendant des siècles, mais les Français sont venus et ils ont utilisé des mécanismes de division. Par exemple, ils ont donné des privilèges à quelques-uns par rapport aux autres. Les juifs de notre pays, par exemple, on eu la citoyenneté française à partir du décret Crémieux. Des choses comme ça ont divisé le pays.
Cette chéchia appartenait à mon grand-père. Il était aussi algérien, mais il a pris le nom de famille français que les Français lui ont donné quand ils ont recensé les personnes pendant l’occupation. Ils ont fait la francisation des noms arabes. À l’époque, il n’y avait pas de noms de famille en Algérie.
Ma mère a cherché la chéchia quand il est mort. Elle est partie en Algérie et, après l’enterrement, ils ont partagé ses choses. Elle me l’a donnée et je l’ai prise avec beaucoup de plaisir… Elle a décidé de me la donner peut-être parce que j’ai toujours fait des recherches sur nous, je me suis intéressé à l’histoire de notre famille. Ce chapeau-là, c’était pour les grandes occasions, les mariages, les fêtes… Mais on le mettait aussi pour se différencier des Français. C’est un chapeau que la plupart des Algériens mettaient pour se rappeler d’où ils venaient. Cela nous apprend à ne pas oublier notre culture.
Il s’agit d’un recueil de poèmes de mon arrière-grand-mère. Elle faisait partie de la bourgeoisie de la région orientale du Venezuela. Elle a commencé à écrire quand elle était petite. Elle s’est mariée à 14 ans et elle a eu neuf enfants. Après sa mort, ses enfants ont compilé son œuvre poétique et elle a été publiée, même dans des publications internationales aux côtés de poétesses comme Gabriela Mistral. Au Venezuela, il y a même une Maison de la culture qui porte son nom : Mercedes Perez Freite. Cette copie est un cadeau que nous avons reçu de ma grand-mère mais c’est la seule copie qui reste dans la famille.
À 12 ans, j’ai connu un des ses poèmes. Il s’agissait d’un poème féministe et ça m’a ouvert les yeux à la vie et ça m’a aussi fait penser que je pouvais questionner la société dans laquelle je vivais, presque un siècle plus tard. Avec le temps, sa fille Ada Perez Guevara est devenue la fondatrice de l’Association des femmes féministes du Venezuela. Ma grand-mère est aussi écrivaine.
Mon arrière-grand-mère a écrit des poèmes qui comportaient une critique sociale aussi spécialement contre la classe bourgeoise à laquelle elle avait appartenu. Moi, j’ai une passion pour le flamenco, la musique du sud de l’Espagne. J’ai récupéré pendant des années les poèmes de mon arrière-grand-mère pour créer des chansons de flamenco. C’est un hommage que je trouve nécessaire parce que je sens qu’elle a soulevé beaucoup de questions dans son travail d’écriture, des questions qui ont besoin d’une réponse. Et c’est à travers mon travail présentement que je peux le faire. C’est moi dans la famille qui peut donner une continuité au travail qu’elle a commencé il y a longtemps.
Je me rappelle bien que, quand j’étais petit, mon grand-père rentrait à la maison vers 14 heures l’après-midi parce qu’il avait commencé à travailler vers 5 heures du matin. Il rentrait avec la gueule toute noire, le visage noir, à cause de la mine. Il rentrait avec sa lampe, il avait une lampe… et la montre. Il ne faisait rien avant d’avoir un café… alors, il prenait son café tout barbouillé de noir et après, il allait se laver. Le boitier de la montre, c’est un boitier spécifique pour aller dans la mine, pour ne pas que ça s’abime. À travers la vitre, on arrive juste à voir l’heure. Ça permettait d’avoir une montre dans la mine sans l’abimer. Et le dimanche, on enlevait le boitier et on l’attachait directement pour l’utiliser.
Moi, je n’ai reçu que ça de mon grand-père en héritage… ma grand-mère me l’a donné un samedi matin à sa mort, quand j’avais 8 ans. Mon grand-père est mort quand il avait 52 ans, en 1978. Il était mineur de fond des mines de charbon. Lui, il est rentré à la mine à l’âge de 13 ans et il en est sorti à l’âge de 50 ans. Il est mort à cause de la silicose, la maladie des mineurs : le charbon dans les poumons. Mon arrière-grand-père, il est mort dans la mine à 42 ans. C’était un travail de famille. Dans le nord de la France, beaucoup étaient mineurs. Mais plus maintenant; il y a beaucoup de mines qui ont fermé dans les années 1980 et 1990. Il n’y a plus de mines de charbon en France.
Mon intérêt pour l’histoire de ma famille est né à partir de ma relation très proche avec mon grand-père. J’étais la première petite-fille qu’il a eue. Chez nous, personne ne parlait du passé, cette période de la guerre en Allemagne, notre pays d´origine, était taboue pour nous. Ma mère est née après la Deuxième Guerre mondiale. Le gouvernement allemand et aussi les familles ont voulu effacer cette partie de l’histoire pour prendre une distance de ces traumas et ils ont choisi la posture du silence. Plus tard bien sûr, cette posture a changé, mais pendant les premières années de l’après-guerre, c’était comme ça.
Toute la vie de mon grand-père s’est passée pendant les guerres. Il est né pendant la Première Guerre mondiale et il a été combattant durant la Deuxième. Il travaillait en préparant la nourriture pour le front. Il s’est marié avec une femme de Berlin qui s’appelait Ursula. Ils ont eu une fille ensemble. Pendant la guerre, il n’a pas eu la possibilité d’être avec eux. À la fin, il était à la bataille de Stalingrad et, quand les forces alliées sont rentrées en Allemagne, il n’était pas avec eux. Ursula était la femme de sa vie. Il lui a donné ces bagues pour le mariage. Des bagues très difficiles à avoir à l’époque. Quand les forces alliées sont rentrées, les femmes ont été violées, comme ça arrive très fréquemment dans le contexte des guerres n’importe où. Ursula, sa mère et sa fille ont été violées. Ursula a décidé de demander à un soldat nazi de leur enlever la vie à toutes les trois. Quand mon grand-père est revenu en se cachant pendant un long voyage, il a appris la nouvelle de ses morts.
Mon grand-père est devenu prisonnier de guerre, peut-être en Grèce, je ne me rappelle plus, mais c’était une bonne famille d’un petit village qui était avec lui et ils l’ont bien traité. Il a rencontré ma grand-mère quelque temps après. C’est curieux qu’il ait été le même jour que l’anniversaire d’Ursula I, comme on l’appelle, et que ma grand-mère se soit aussi appelée Ursula. Il a reconstruit sa vie avec elle et ils ont eu trois filles ensemble. Il a donné les mêmes bagues a ma grand-mère, c´est pour ça qu´elles ont les deux dates gravées, la date du premier mariage et aussi la date où il a rencontré ma grand-mère.
Je sens que mon grand-père sentait la confiance de parler de son passé avec moi, parce que j’étais petite. C’était une période intense à partager quand j’avais entre 6 et 12 ans. Les enfants ont des connexions avec les adultes plus âgés.
Mon projet s’appelle La mémoire et l’oubli. Ce sont deux concepts qui vont bien ensemble parce que c’est la mémoire, le fait de nous rappeler, de savoir notre histoire, qui fait qu’on puisse partir de chez nous avec des racines, pas seuls, mais avec quelqu’un d’autre de notre famille d’origine dans nos valises. Mais il y a aussi l’oubli; le processus de se détacher de ses objets de transition avec le temps, avec le sentiment d’appartenance gagné de quelque manière à cette nouvelle maison qui est le Québec. Ces deux choses ensemble rendent possible notre histoire future, l’histoire des nouvelles générations qui viendront après nous.
Je vous présente mon projet : La mémoire et l´oubli. Mon voyage vers 50 objets en photos, accompagnés par leurs histoires de famille avec une approche artistique. C’est la photographe qui prend la mission, mais l’aspect sociologique et historique ajoutent des pistes qui donnent plus de sens au projet. Je vous invite à partager avec moi cette expérience. Je veux nourrir ce blogue avec des textes parfois en français, parfois en espagnol, et même quelques fois avec de courts extraits en anglais. Les trois langues parce qu´elles sont les langues de mon parcours, de mon propre voyage comme immigrante.
Une scène répétitive… ma mère assise à sa machine à coudre, en train de me raconter des histoires d’avant ma naissance. Elle m’a donné toutes les réponses aux questions toujours présentes qui je lui posais. Comment c’était la maison la première fois qu’elle et sa très petite famille sont venues vivre là? Pourquoi mon grand-père n’était jamais avec eux? Comment était l’histoire de mon oncle Miguel qui ne voulait jamais aller à l’école pour rester au coin de la rue et jouer au soccer? Les vêtements qui sortaient magiquement des mains de ma mère étaient remplis des histoires qu’elle partageait avec moi. Et quand on était plus vielles, elle et moi, et que je n´habitais plus chez elle, je suis toujours retournée, en après midi, quand il n’y avait personne d’autre qu’elle dans la maison, pour prendre un café avec elle. Mais secrètement, j’étais là pour la regarder juste comme ça, en train de coudre, comme j´aimerais encore la voir chaque après-midi de ma vie. J’ai gardé un objet très simple qui lui appartenait (un ruban à mesurer) pour me rappeler de ça, de mon passé, de mes questions encore présentes et pour avoir des liens qui m’aident à construire de nouveaux après-midis avec ma famille, avec ma fille née au Canada.