L’insurgée magnétique du Kosovo.
Je repense à Era et à sa croyance en le pouvoir des rêves. Armée de son petit calepin, elle écrivait dès son levé tout ce dont elle se souvenait. Ce mysticisme albanais me baigne tout le long de mon voyage dans une sorte de réalisme magique, aux confins de tes territoires les plus reculés.
Me voilà d’ailleurs au pied des Montagnes du Nord, sur le pont à deux doigts de s’écrouler du terrible combat du dragùa (homme-dragon) et de la kulshedra (femme-serpent). Terre de traditions gangrénée par la mafia, c’est là où règne la coutume ancestrale et sanglante du Kanun: chaque vie humaine se rachète par une autre.
Peut-être par la force du destin, je découvre là -bas l’imaginaire photographique de la famille Marubi. Durant 80 ans, cette lignée de photographes aura figé en noir et blanc d'innombrables visages dans des scènes presque mythologiques, et ce jusqu’aux veillées mortuaires.
Une femme attire mon regard parmi la centaine de clichés. Armée jusqu’aux dents, elle est droite et fière, le visage impassible et la main posée sur l’épaule de son mari, assis. Son qeleshe blanc et un foulard oriental gainant son tour de taille contrastent avec son pantalon sombre et son gilet orné de discrètes dorures. Cette femme, c’est Shote Galica, une insurgée du Kosovo et glorieuse chef combattante du Kachak, une unité guérilla pour l’éveil démocratique albanais.
Cette femme me fascine. Parce que, à l’image des combattantes Kurdes, son visage et sa posture suffisent à exprimer toute la détermination, l’intelligence et la fierté dont elle fait preuve. “La vie sans connaissance est comme une guerre sans arme.” disait-elle. Alors, comme si on s’était ratées à un siècle d’écart, j’esquisse rapidement ses traits sur mon carnet de croquis. Comme si, j’avais peur de l’oublier, peur de la laisser, là dans le tourbillon de tous les préjugés patriarcaux du Pays des Aigles.
Autour d’elle, un certain magnétisme secret teinté d’ouverture se dégage de chacun des clichés et de ces histoires. Il y a des hommes en jupe fustanelle, des femmes en pantalon, des femmes chrétiennes voilées, des femmes musulmanes dénudées. Shqipëria, tu me fais beaucoup réfléchir. Comment en est-on arrivés là ?













