J’en ai chié pour vous : Quand on pense que tu parles avec tes ovaires. Et seulement avec tes ovaires. Genre pas avec ton cerveau.
Je suis las. Profondément lassée. J’avais plus ou moins conscience, quand j’ai mis les pieds dans ce bourbier, que ça n’allait pas être simple. Que les murs seraient hauts et les critiques faciles. Que certain(e)s ne seraient jamais d’accord et d’autres ne comprendraient pas. Bordel, c’était peu dire. Je suis fatiguée d’entendre des proches, des amis, les mecs de mes copines murmurer, chuchoter qu’il faut faire attention parce que “elle est féministe”. Qu’elle “est radicale”. Qu’on est une bande de mal baisées. Mes propres potes, parfois des femmes, me dire timidement que ce n’est pas leur histoire et que c’est un peu extrême quand même. Voir des copines intéressées et se raviser parce que le manque de culture et de recherches sur le sujet de leur compagnon les empêchent d’avancer et de penser ce qu’elles veulent. Entendre dix fois par semaine “je suis pas féministe mais…”. Voir mes potes dire “Ah, voila les féministes”. Les voir avoir peur de faire une blague de cul ou d’aborder certains sujets. Interrompre leur conversation à notre arrivée parce qu’on “ne peut pas discuter avec vous, les féministes.” Comme si ça nous résumait. Comme si en commandant ma bière, j’allais demander une paire de couilles en guise de glaçons.
- J’aime pas trop que tu parles de ça, ça me gène. - Je suis pas fan du principe, c’est abusé. - Méfies toi quand même, elles sont venères.
Laisse moi avoir la prétention d’éclairer ta lanterne de donneur de leçon.
Toute la sainte journée / semaine / année, on, aka nous les femmes, doit faire avec une société blindée de clichés, de préjugés et de coutumes soit disant culturelles qui nous foutent des bâtons dans les roues. Les hommes n’ont pas (ou très peu) : - A se voir à poil dans n’importe quelle pub qui passe sous leur nez, n’importe où, du métro à la TV du salon. - Faire un certain poids, avec une certaine pilosité, un certain maquillage et une certaine forme de sous vêtements pour être considéré comme physiquement attirant. - Être une “salope” parce qu’il assume sa sexualité. - D’horloge biologique qu’on leur fout dans la tronche en permanence, encore plus quand le désir d’enfant n’est pas présent. Et ne le sera pas. - A travailler, pour travail égal, avec un salaire inférieur de 25% en moyenne. Avec un niveau d’étude en majorité supérieur. - A passer à travers un plafond de verre, qui décrète qu’avec des mômes, tu n’es plus capable de bosser correctement. - A être victimes de 91 % des viols commis à 96 % par les hommes. - A mourir tous les trois jours sous les coups de leur conjointe. - A avoir l’obligation de fuir son pays pour aller avorter ailleurs. - A subir d’attaques à l’acide quand ils refusent un mariage. - Je n’en suis qu’au début. ET POURTANT. Et pourtant, après des siècles à se faire traiter comme de la merde, des dizaines d’années à se voir dénier ne serai-ce que le droit de vote, on en est encore à vouloir la même chose que vous, les hommes. Pas plus mais pas moins. Juste la même chose. Si tous les jours pendant des mois, on te collait une bonne claque dans la tronche, tu n’aurais pas envie de régler ça une bonne fois pour toute ? Y’a de quoi être en colère, y’a de quoi vouloir répliquer plus fort, plus dur. MAIS NON. On veut juste l’égalité. Juste la même chose, les mêmes avantages et privilèges. S’il vous plait. Si c’est pas trop demander. Pardon. Juste une fois. Pas taper. Et à toutes celles qui ne se sentent pas concernées…. vouloir être la seule propriétaire de son corps, de son image, de sa sexualité, de ses droits, de son compte en banque, de son salaire, de son droit à l’avortement, à la contraception, de son éducation, de son mariage, de son refus du mariage, de son accouchement, de son indépendance, de son héritage, de sa culture, de ses idées, de sa religion ou de sa non religion… c’est être féministe. Et pardon d’avance, mais penser “je ne suis pas féministe mais…” quand on possède un semblant de cerveau c’est dire “Je ne suis pas contre le racisme mais…” , "les homos me foutent mal a l'aise mais..." ou encore “Je n’aime pas les juifs mais…”. C’est putain de déplacé. Point. Penser, en 2015, que ce mot est une insulte ou la représentation d’une quelconque misandrie est aussi stupide que ça en a l’air. Et pourtant, vraiment, on aurait le droit à 100 ans de misandrie. 100 ans de foutage de gueule et de retournements de situation. 100 ans à faire du womansplanning, à dire aux hommes comment penser alors que nous n’en sommes pas. A leur dire comment être alors que ça ne nous regarde pas. Mais non. La misandrie, le machisme, le patriarcat et le matriarcat sont autant de gamelles qu’on se ramasse en pleine poire sans jamais avancer. Alors je vais continuer de te rabâcher les oreilles avec mes discours que pourtant je pensais discrets et peu présents dans nos conversations. Oui, je vais continuer à te reprendre quand tu diras pute ou salope, toujours en souriant. Oui, je préfères te voir dire panda que Pd et connasse que trainée. Non, il n’y a pas de petits combats. Oui, je vais continuer à te dire que je ne trouve pas drôle ni intellectuellement pertinent de foutre des nanas à poils pour vendre des bagnoles. Je vais aussi continuer à dire le mot féminisme, que tu comprennes que si je le dis aussi souvent, c’est qu’il n’y a pas de fumée sans feu. En gros, pour mon bien mais aussi le tien, je vais clairement continuer à te casser les couilles, mec.













