Monique Wittig, Les guérillères (1969)

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Monique Wittig, Les guérillères (1969)
Au Louvre-Lens, une nouvelle expo : "S'habiller en Artiste. L'Artiste et le Vêtement" :
Louise Abbéma - "Sarah Bernhardt et Louise Abbéma sur le lac au Bois de Boulogne"
Eugène Delacroix - "Portrait de George Sand"
Affiche du film "La Vie passionnée de Vincent Van Gogh"
Georges Monca - "Rigadin, peintre cubiste" - film, 1912
Georges Achille-Fould - "Rosa Bonheur dans son atelier"
La suite et fin de cette visite, bientôt !
Extraits du journal de Nelly Mousset-Vos, chanteuse d'opéra, lors de sa détention dans les camps de Ravensbrück et Mauthausen, déportée pour avoir été résistante, évoquant sa rencontre et son début d'histoire d'amour avec Nadine Hwang, fille de diplomate chinois s'étant engagée dans l'armée chinoise et ayant travaillé à Paris pour Natalie Barney, de qui elle était, évidemment, aussi l'amante:
“22 avril 1943, Paris. J'étais arrêtée devant le buste de Molière. ‘Halt, Polizei!’ J'étais ravie au monde.”
“Ravensbrück, 1944. Je vais chanter avec les Françaises, comme autrefois les troubadours dans les châteaux. [...] Soudain, une voix appelle dans le brouhaha: ‘Chantez-nous donc Butterfly!’ [...] L’émotion coule sur ma peau...une joie dionysiaque [m'envahit]. Battements de mains. Deux bras me serrent, deux baisers sur ma joue. Butterfly est devant moi. Ses cheveux noirs, sa peau d’ivoire, ses yeux obliques. Nadine. Elle dit: ‘Le bon Dieu a été chic pour nous ce soir!’”
“10 janvier 1945, Ravensbrück. Je rentre de la corvée de charbon, épuisée, mes jambes molles. Je verrai Nadine tout à l’heure. Je me suis attachée à elle. J’ai pris l’habitude de chercher du regard ses cheveux noirs sous le foulard blanc, et ses yeux qui s’éclairent à ma vue...Je monte à ton lit du troisième étage. Tu y es heureusement seule, ce qui est rare dans ce camp. Mi-couchées, mi-accoudées, nous parlons. Moi de mon enfance, du jardin de ma grand-mère…de musique, de mes concerts. Toi de la Chine. Du Grand Hôtel de Pékin et des ses fastes, ou de ta vie chez Natalie Barney dans son salon de la rue Jacob. Tu fais de singuliers projets où il est question de caviar et de champagne que nous attendons au retour d’une soirée parfaitement brillante. Cela me fait rire. Plus tard, si je reviens dans la vie, je reverrais cette nuit. Je te reverrai, Nadine, au bras de qui je m’appuyais. Ce bras que je sens chaque jour plus maigre sous le vêtement rayé. Nadine, y aura-t-il jamais une vie pour nous?”
“Là-haut, couronnant la montagne, le camp. Mauthausen, antichambre de l’enfer. Nous descendons un escalier géant de 186 marches taillées dans la roche. C’est la carrière, notre tombeau. L'air sent le typhus et le cadavre. [...] Où es-tu? Toi, qui m’a aidée à vivre?”
“18 avril 1945. La mort règne...Je cours après ton souvenir, de toutes mes forces. Je revois ta silhouette si familière, ton visage aux traits fins. Je revois ton regard sérieux, dont tu tournais vers moi seule l’intense expression mystérieuse. Attends-moi. Je dois te revoir.”
Ayant perdu Nadine de vue à Ravensbrück lors de sa mutation au camp de déportation le plus strict et violent (Mauthausen), Nelly ajoute à sa libération:
“Juillet 1945. Seule sur le balcon où j’attendais ton retour. Je rêve qu’un jour peut-être, tu viendras frapper à ma porte. J’aurais une longue robe de cretonne claire. La chambre sera toute baignée de clarté. J’ouvrirai ma porte et je te verrai debout dans la pénombre.”
Par une chance incroyable, Nadine, elle aussi, survit, est libérée et la retrouve. Nadine envoie une carte postale à Claire (nom de guerre de Nelly) en février 1946:
“Mon amour, où es-tu? Sache seulement que je ne cesse de penser à toi. Tu es dans mon cœur, et dans mon âme. Je donnerais ma vie pour te revoir ne fut-ce que 24 heures. Claire, à genoux je te demande de m’écrire. Puisse Dieu, qui nous a donné la chance de franchir déjà cette étape, nous accorder la faveur de la poursuivre encore longtemps. Je t'aime comme jamais.”
Elle se retrouvent et s'empressent de déménager à Caracas, d'où Nadine filme et photographie leur vie commune. Elles ne se quittent plus jusqu'à la mort de Nadine en 1972.
“Octobre 1972. Oh ma chère camériste, ta pierre est placée. Cela tu le sais, si tu peux encore savoir quelque chose. Pourquoi l’envie me reprend-elle d’écrire un journal? Je sais que c’est morbide. Car il ne faut pas se dissimuler que c’est là ce que je fais, t’écrire. Mais est-ce ma faute si chaque geste que je fais, chaque objet que je touche, évoque tes mains, ta silhouette. Personne pour juger de ma nouvelle robe, personne pour me la fermer. Je t’attends, comme si tu étais en voyage.”
I could eat that girl for lunch
Yeah, she dances on my tongue
#lesbianlove 🏳️🌈
Des femmes queer au fil de l’Histoire
3 recommandations livresques
Ici Seli !
J’adore lire des romans historiques, et parmi mes suggestions, vous en retrouverez encore beaucoup. Et parmi toutes ces histoires, il y a forcément de nombreuses romances et forcément une écrasante majorité de romances hétérosexuelles. Et ces dernières sont malheureusement, dans de trop nombreux cas, toxiques, malsaines et tout ce qui va avec. Le plus souvent, le contexte historique sert d’excuse pour valider les idées et fantasmes de l’auteurice sur les rapports hommes/femmes d’autrefois. Oubliant par là même que même si le patriarcat a souvent été à son apogée dans notre passé, les abus et les viols restaient bel et bien des crimes.
Du coup, histoire de se changer un peu les idées, je vous propose trois romans où ces histoires toxiques sont très en retrait, voir absentes, pour mettre en valeur des relations entre femmes basées sur autre chose que le sexe maître et la domination. Histoire de ne pas oublier non plus que les personnes LGBTQI+ ont toujours été là, et qu’iels militent pour leur droit depuis aussi longtemps que les autres.
Reine, guerrière et bisexuelle
Boudicca, de Jean-Laurent Del Soccoro
Résumé : Angleterre, an I. Après la Gaule, l’Empire romain entend se rendre maître de l’île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l’empire des aigles jusqu’à Rome ? À la fois amante, mère et guerrière mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourd’hui encore la révolte.
Commençons dans l’antiquité avec la reine Boudicca. Si le but est de nous donner un aperçu de la vie de cette femme semi-légendaire de sa naissance à sa mort, je dois avouer que la question de sa sexualité et de ses amours reste assez en retrait. Néanmoins, cet aspect de sa vie fait corps avec qui elle est et ce qu’elle a entrepris et participe à nous brosser le portrait d’une femme hors du commun.
L’histoire d’un couple comme les autres
Beignets de tomates vertes, de Fannie Flagg
Résumé : "Un sacrée numéro, Idgie ! La première fois qu'elle a vu Ruth, elle a piqué un fard et elle a filé à l'étage pour se laver et se mettre de la gomina. Par la suite, elles ont ouvert le café et ne se sont plus jamais quittées. Ah ! Les beignets de tomates vertes du Whistle Stop Café ... J'en salive encore !" Un demi-siècle plus tard, Ninny, quatre-vingt-six ans, raconte à son amie Evelyn l'histoire du Whistle Stop, en Alabama. Il s'en ai passé des choses, dans cette petite bourgade plantée au nord de la voie ferrée ! Et Evelyn, quarante-huit ans, mari indifférent, vie sans relief, écoute, fascinée. Découvre un autre monde. Apprend à s'affirmer, grâce à Ninny, l'adorable vieille dame. Chronique du Sud profond de 1929 à 1988, ce roman tendre et généreux vous fera rire aux éclats et, au détour d'une page, essuyer une larme. Humour et nostalgie : une recette au parfum subtil ...
Après cette femme incroyable que fut Boudicca, il me semblait important de présenter un autre récit de vie, fictif cette fois, mais plus quotidien. Le couple que forment Ruth et Idgie fait face à de nombreuses embûches mais est empreint d’une grande chaleur et malgré tout, leur amour met du baume au coeur. Leur histoire n’est pas le centre absolu du roman mais en demeure un point essentiel, un tour de force pour un roman paru en 1987. D’ailleurs son adaptation cinéma va se faire ravaler la façade à grands coups d’heterowashing où Ruth et Idgies ne seront plus que des amies...
Transgresser le genre, la sexualité et la réalité
Passing Strange, de Ellen Klages
Résumé : San Francisco, 1940. Six femmes, avocate, artiste ou scientifique, choisissent d’assumer librement leurs vies et leur homosexualité dans une société dominée par les hommes. Elles essayent de faire plier la ville des brumes par la force de leurs désirs… ou par celle de l’ori-kami. Mais en science comme en magie, il y a toujours un prix à payer quand la réalité reprend ses droits.
Ce roman évolue quasi exclusivement dans les cercles queer, en particulier lesbiens, de San Francisco et nous propose tout un panel de personnages divers et de relations. Si les personnages principaux et les événements sont purement fictifs, le roman parvient à insuffler au couple formé par Haskel et Emilie un parfum d’évidence au sein d’une société qui fera tout pour que leur idylle n’ait pas lieu. En plus de nous proposer une histoire transpirant la diversité et la solidarité féminine, ce roman nous rappelle qu’en termes de droits, rien ne doit jamais être tenu pour acquis.
J’aime l’idée que tu as de faire un roman sur "nous". En chantant l’amour saphique tu feras vibrer la joie dans tant d’êtres pervers et affamés de chimères, que le réel et l’homme ne sauraient assouvir. — Natalie Clifford Barney ( Correspondance amoureuse, posth., 2019) illustration : Affiche Casino de Paris : Féminissma, Liane de Pougy (Georges Redon, 1904)
Apprendre, si par bonheur
Présentation :
Titre français : Apprendre, si par bonheur
Titre original : To Be Taught, If Fortunate
Autrice : Becky Chambers
Type d’ouvrage : Roman
Maison d’édition : L’Atalante
Genre : Science-Fiction
Résumé :
« Nous n’avons rien trouvé que vous pourrez vendre. Nous n’avons rien trouvé d’utile. Nous n’avons trouvé aucune planète qu’on puisse coloniser facilement ou sans dilemme moral, si c’est un but important. Nous n’avons rien satisfait que la curiosité, rien gagné que du savoir. »
Un groupe de quatre astronautes partis explorer des planètes susceptibles d’abriter la vie : hommes et femmes, trans, asexuels, fragiles, déterminés, ouverts et humains, ils représentent la Terre dans sa complexité.
Représentation : MC femme bi ou pansexuelle, MC homme aromantique et asexuel, MC homme trans, MC femme lesbienne, personnages racisés, relation polyamoureuse
TW/CW : tentative de suicide, crise d’angoisse, claustrophobie, mort animale
L’avis du CLAAN :
Positif :
Le cast est très diversifié, que ce soit en termes d’origines ou d’orientations. Cette diversité est normalisée et ne constitue pas un enjeu du récit.
L’asexualité et l’aromantisme de Chikondi sont explicitement mentionnées dans le récit, même si ces termes ne sont pas employés.
La vision de l’exploration spatiale dépeinte dans le roman est éthique et non colonialiste : on se place du point de vue d’observateurs qui souhaitent apprendre sans bouleverser l’environnement.
L’autrice a bien recherché son sujet, ce qui donne au roman un aspect réaliste et bien vulgarisé.
Le roman est bien écrit, et facile à lire malgré la complexité de certains des sujets abordés.
Les personnages sont bien dépeints, très humains, on peut imaginer pouvoir les connaître nous-mêmes.
Les relations entre les personnages sont l’un des points forts du roman : iels se soutiennent, s’amusent ensemble, partagent avec nous certains détails de leur vie quotidienne, et règlent les tensions entre elleux de manière adulte.
Négatif :
C’était trop court, on aurait aimé poursuivre notre lecture !
La fin nous a un peu divisé.e.s : certain.e.s auraient voulu avoir la suite, d’autres se satisfont d’une fin ouverte.
"chloé aime Olivia..." Ne bondissez, ne rougissez pas. Admettons, dans l'intimité de notre propre compagnie, que ce sont là des choses qui, parfois, arrivent. Des femmes parfois aiment des femmes.
Virginia Woolf, Une chambre à soi.