Papillon éphémère jaune et vert
Aux reflets capillaires rose fluo
S’envolant pour toujours au matin
Dans sa beauté dévisageante et triste
J’y retrouve des vapeurs d’absthinte
Aux reflets d’améthyste.
Sur ces mots qui résonnaient dans ma tête ce matin, je me suis réveillé d’un bond.
Je ne me suis pas demandé tout de suite où j’étais. Il m’a fallu un peu de temps pour réaliser que je n’en savais rien.
Il n’y avait personne autour de moi, et je n’avais jamais mis les pieds ici avant, j’en étais presque certain.
J’étais enroulé dans des draps sur une sorte de sofa-lit.
J’ai bien failli tomber en me levant et me prenant les pieds dans les draps et me suis rattrapé à un mannequin pour couturière en bois accoutré d’un chapeau avec une grande plume de paon aux reflets verts.
Cela fait quelques temps que je déprime un peu après avoir passé la nuit dehors.
C’est comme si toutes les émotions fortes qui ont étincelé dans ma nuit se taisaient d’un coup et me laissaient seul dans un silence de mort.
Aussi j’ai décidé tout de suite que je n’allais pas aller du mauvais côté encore une fois, et que j’allais soigner le mal par le mal.
J’étais déjà en train de penser au Bloody Mary que j’allais boire dans le bar le plus proche lorsque quelqu’un m’a demandé “Tu bois du café comme les continentaux, ou bien tu t’es mis au thé?”
La voix venait de l’autre cĂ´tĂ© de l’appartement. Je n’avais pas rĂ©alisĂ© que j’étais dans un appart aussi grand.Â
J’ai cherché l’endroit d’où venait la voix, me suis pris les pieds dans une multitudes d’objets hétéroclites, des animaux empaillés, des chapeaux, des robes style années trente et suis arrivé finalement dans la cuisine.
Là , en train de manipuler la bouilloire électrique était cette fille au yeux noirs, cheveux teints en un dégradé de différentes couleurs folles et en petite culotte, les seins à l’air.
Elle avait de très beaux seins, un tatouage représentant un octopus les recouvrant, mais j’ai pensé qu’il fallait mieux essayer de la regardé dans les yeux, au moins le temps de faire connaissance.
“Tu as bien dormi” m’a-t-elle demandé avec un grand sourire.
Elle a dû comprendre à mon air gêné que quelque chose ne tournait pas rond pour moi.
“Ça va?” a-t-elle repris après quelques instant de silence.
Il y a eu un long silence qui commençait à devenir gênant. En général je suis assez à l’aise où que je me trouve, peut importe la situation. Mais là , c’était bizarre. Je n’avais aucun souvenir. Aucune idée. Je me trouvais là , à moitié nu, dans un appartement que je n’avais jamais vu en train de me faire préparer un thé par une fille que je ne connaissait pas. Je ne savais pas si on avait couché ensemble, si on avait simplement dormi dans le même lit, si on avait parlé, si elle connaissait mes secrets, si j’avais écouté les siens.
Je ne savais rien. Je trouvais ça excitant mais en mĂŞme temps j’avais peur.Â
La première chose que j’ai pensé est que j’allais finir par attraper quelque chose à passer mes nuits ainsi, bras ouverts à toutes sortes d’options qui ne m’apparaissaient pas toujours claires le jour d’après.
Et puis en regardant cette fille si calme et souriante je me suis un peu ressaisi. Au moins pour donner bonne impression j’ai pensé.
J’avais cette musique dans la tête. Une sorte de rythme électro qui revenait par vague et rebondissait entre les parois de mon crâne comme une balle de squash.
C’en était presque fatiguant.
Je me sentais vraiment perdu pour un instant.
Alors, comme je n’osais pas vraiment demander ce que je faisais là à cette fille et avoir l’air d’un fou qu’elle devrait jeter de son appart de peur qu’il ne lui arrive quelque chose, je me suis avancé vers elle en souriant.
Elle était belle. Vraiment naturelle malgré ses cheveux colorés et ses piercings.
Comme sauvage. J’aimais bien ça.
J’ai oublié ce que je faisais et l’ai attrapée par la taille pour l’embrasser.
Elle s’est laissé faire, et m’a embrassé, un bras autour de mon cou, passant sa main dans mes cheveux.
Sa langue était chaude, ses seins étaient si doux.
Puis elle m’a repoussé doucement de la main. Comme à contre coeur.
Cela ne m’aidait pas vraiment à comprendre ce que je faisais ici.
Donc elle était d’accord pour un baisé mais ensuite me poussait gentiment?
“Elle ne va pas tarder à rentrer”
“Il y a une autre?” j’ai pensé.
Je me suis appuyé contre le rebord de l’évier.
J’avais la tête qui tournait, ne n’étais pas dans mon assiette.
Toujours cette musique électro dans la tête et puis ces mots, ces images de papillons, cette sensation d’avoir passé des heures en dehors de mon esprit.
Des papillons aux couleurs troublantes qui virevoltaient tout autour de moi.
Des couleurs acides qui coulaient le long de ma mémoire.
Je me suis concentré très fort pour ne pas lâcher la tasse de thé qu’elle venait de me donner.