Lorsque le partage dâĂ©cran est activĂ© pour les suivis prĂ©-jurys.

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Lorsque le partage dâĂ©cran est activĂ© pour les suivis prĂ©-jurys.
LâĂ©crivain aisĂ©, second.
Philippe Delerm écrit, en 1997, un livre regroupant les plaisirs minuscules et silencieux de nos quotidiens.
Il commence par le plaisir dâavoir un couteau dans la poche.
Ensuite, le paquet de gùteau du dimanche matin, ou encore aider à écosser des petits pois.
Lâodeur des pommes, le croissant du trottoir, celui qui nous ralentit sur le retour de la boulangerie.
Le âOn pourrait presque manger dehorsâ, qui ne serait rien sans le presque.
Lâautoroute la nuit.
Lire sur la plage (Ă Oostende si les frontiĂšres ne rouvrent pas...).
Le trottoir roulant de la station Montparnasse.
Le jardin immobile.
Mouiller ses espadrilles.
La pétanque des néophytes.
Et surtout, la premiĂšre gorgĂ©e de biĂšre (titre de lâouvrage) :
Câest la seule qui compte. Les autres, de plus en plus longues, de plus en plus anodines, ne donnent quâun empĂątement tiĂ©dasse, une abondance gĂącheuse. La derniĂšre, peut-ĂȘtre, retrouve la dĂ©sillusion de finir un semblant de pouvoir...
Mais la premiĂšre gorgĂ©e ! GorgĂ©e ? Ăa commence bien avant la gorge. Sur les lĂšvres dĂ©jĂ cet or mousseux, fraĂźcheur amplifiĂ©e par lâĂ©cume, puis lentement sur le palais bonheur tamisĂ© dâamertume. Comme elle semble longue la premiĂšre gorgĂ©e ! On la boit tout de suite, avec une aviditĂ© faussement instinctive. En fait, tout est Ă©crit : la quantitĂ©, ce ni trop ni trop peu qui fait lâamorce idĂ©ale ; le bien-ĂȘtre immĂ©diat ponctuĂ© par un soupir, un claquement de langue, ou un silence qui les vaut ; la sensation trompeuse dâun plaisir qui sâouvre Ă lâinfini... En mĂȘme temps, on sait dĂ©jĂ . Tout le meilleur est pris. On repose son verre, et on lâĂ©loigne mĂȘme un peu sur le petit carrĂ© buvardeux. On savoure la couleur, faux miel, soleil froid. Par tout un rituel de sagesse et dâattente, on voudrait maĂźtriser le miracle qui vient Ă la fois de se produire et de sâĂ©chapper. On lit avec satisfaction sur la paroi du verre le nom prĂ©cis de la biĂšre que lâon avait commandĂ©e. Mais contenant et contenu peuvent sâinterroger, se rĂ©pondre en abĂźme, rien ne se multipliera plus. On aimerait garder le secret de lâor pur, et lâenfermer dans des formules. Mais devant sa petite table blanche Ă©claboussĂ©e de soleil, lâalchimiste déçu ne sauve que les apparences, et boit de plus en plus de biĂšre avec de moins en moins de joie. Câest un bonheur amer : on boit pour oublier la premiĂšre gorgĂ©e.
La premiÚre gorgée de biÚre - et autres plaisirs minuscules - Philippe Delerm (1997)
Du vin piquette
Le ciel, le fleuve, lâocĂ©an, les astres et la Terre sont dâune beautĂ© majestueuse et ils ne parlent pas.
Les quatre saisons et leur cortĂšge de plantes, de lumiĂšres, de neige, de bĂȘtes et de vĂȘtements se succĂšdent et ils ne parlent pas.
Les membres, les briques, les excrĂ©ments, les dents, la petite enfance et lâextrĂȘme vieillesse, les pĂ©tales, les graviers, les yeux et les sexes participent Ă cette beautĂ© et ils ne parlent pas.
Les hommes discutent entre eux, sâadressent aux dieux et formulent des opinions parce quâils craignent la beautĂ© atroce. Les paroles des hommes sont de lâeau et du sucre quâils mĂȘlent au concentrĂ© de lâarak le plus pur. Les Ćuvres sont les petites cuillers qui servent Ă mĂȘler lâeau et lâarak et le sucre dans le verre. Le verre ce sont les villes du monde ; cette mixture dĂ©layĂ©e ils la nomment - dans leur Ă©trange mixture dĂ©layĂ©e - du nom Ă©trange de langue. Et ils avalent cette piquette mouillĂ©e et sucrĂ©e qui leur ferme les paupiĂšres et qui les sĂ©pare moins quâils ne le pensent de la cruautĂ© et des strates superposĂ©es de ce qui les prĂ©cĂšde et du silence.
Du vin piquette, Petits traités I - Pascal Quignard (1990)
Texte de Stephen Fry
Animation de Matthew Rogers
Ticket de caisse de liste de courses
Le fruit blet Ă point que lâon cueille puis quâon oublie.
Le manche de la cuillÚre en métal qui circule autour de la tasse de thé quand on la porte à ses lÚvres.
LâidĂ©e qui surgit et que lâon se presse de jeter sur le papier, comme on jette un gravillon dans le lac et dont les ondes se perdent sur lâĂ©tendue lacustre.
Lâombre du drap cachant un corps usĂ© que les heures nâintĂ©ressent plus, les squames et la poussiĂšre sây reproduisant en silence.
Les habitants des interstices qui récoltent nos miettes.
Les nuisibles qui, Ă lâapproche de la nuit, remuent nos rĂ©sidus que lâon avait placĂ©s sur la rue dans des sacs en plastiques blancs avant que le camion ne les emporte.
Le bulgomme dĂ©posĂ© sur la table dans la cuisine de Sens qui collait aux avant-bras lorsque les mois dâĂ©tĂ© rĂ©apparaissaient.
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Le hennissement dâun coursier.
Des larmes laissées par des chandelles de cire qui ont coulé.
Des Ă©pluchures dâĂ©corce de chĂątaignes.
Des coques de litchi secs.
Des ïŹeurs qui tombent en volant.
Le chant du loriot et de lâhirondelle.
Des voix qui lisent.
TombĂ©e et abandonnĂ©e, une Ă©pingle de tĂȘte ornĂ©e de ïŹeurs.
Des sons dâune ïŹĂ»te dont on joue dans le pavillon Ă Ă©tages.
Le bruit des mĂ©dicaments que lâon pile et du thĂ© que lâon broie.
Notes - Li Yi-chan (traduit du chinois par Georges Bonmarchand en 1929, paru en 1959)
CoucouCharles - 2017 - @FMifel
B
Pensée du jour
Cueillez dĂ©s aujourdâhuy les roses de la vie
Quand vous serez bien vieille, au soir, Ă la chandelle, Assise aupres du feu, dĂ©vidant & filant, Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant, Ronsard me celebroit du temps que jâestois belle.
Lors vous nâaurez servante oyant telle nouvelle, Desja sous le labeur Ă demy sommeillant, Qui au bruit de mon nom ne sâaille resveillant, BĂ©nissant vostre nom de louange immortelle.
Je seray sous la terre: & fantĂŽme sans os Par les ombres myrteux je prendray mon repos ; Vous serez au fouyer une vieille accroupie
Regrettant mon amour & vostre fier desdain. Vivez, si mâen croyez, nâattendez Ă demain : Cueillez dĂ©s aujourdâhuy les roses de la vie.
Sonnets pour HélÚne - Pierre de Ronsard (1578)
Ci-devant prĂȘtre de l'Oratoire, ĂvĂȘque de Clermont, l'un des quarante de l'AcadĂ©mie Françoise, Volume 1 - Jean-Baptiste Massillon (1817)
14 ans déjà ...
Contactez-moi pour tous renseignements, je ne perds pas espoir.
Une fois déjà l'on m'avait gùché ainsi le spectacle de la pleine lune : j'avais projeté, une certaine année, d'aller la contempler en barque, à la quinziÚme nuit, sur l'étang du monastÚre de Suma ; je conviai donc quelques amis et nous y vßnmes, munis de nos provisions, pour découvrir que l'on avait, sur tout le pourtour de l'étang, suspendu de joyeuses guirlandes d'ampoules électriques multicolores ; la lune était d'ailleurs au rendez-vous, mais autant dire qu'elle n'existait plus.
LâĂ©loge de lâombre - Junichiro Tanizaki (1933)
Personne ne peut Ă©numĂ©rer tous les cas oĂč la consolation est une nĂ©cessitĂ©. Personne ne sait quand tombera le crĂ©puscule et la vie nâest pas un problĂšme qui puisse ĂȘtre rĂ©solu en divisant la lumiĂšre par lâobscuritĂ© et les jours par les nuits, câest un voyage imprĂ©visible entre des lieux qui nâexistent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le dĂ©fi effroyable que lâĂ©ternitĂ© lance Ă mon existence dans le mouvement perpĂ©tuel de la mer et dans la fuite perpĂ©tuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce nâest une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure â et quelle misĂ©rable consolation, qui nâenrichit que les Suisses !
Notre besoin de consolation est impossible Ă rassasier - Stig Dagerman ( 1952)