"34 ans ! Ça fait 34 ans que je vis dans le quartier et je n’ai pas envie de le quitter ! J’adore le melting-pot qu’il y a ici. Là-bas, vous avez l’épicerie nord-africaine, en face, un restaurant asiatique et à côté une boulangerie casher. Il y a un brassage total et de plus en plus de mariages mixtes. Et puis, il y a une vraie vie de village ! Je connais les caissières de Monop’, je fais des petits signes aux gens dans les magasins, il y a une vraie solidarité. On peut compter les uns sur les autres ! Bon, il ne faut pas non plus nier les problèmes. Pendant longtemps deux bandes se sont affrontées. Ceux de Curial contre ceux de Riquet. A la fin, ils ne savaient plus pourquoi ils se battaient. Mais ça va mieux maintenant. Il y a encore du deal, mais c’est plutôt tranquille comme quartier. Et puis, il y a des structures comme le CentQuatre qui changent les choses. Pendant longtemps, je n’ai pas fréquenté ce lieu. Je trouvais que c’était trop élitiste. Vous savez, moi, je suis un peu beauf. J’aime bien les films drôles, les danses populaires. Des trucs simples, quoi ! On ne trouvait pas cela au CentQuatre. Et puis la direction a changé et le lieu s’est ouvert au quartier. J’aime tellement voir les gamins y faire du break dance. C’est vachement bien. Et en ce moment, Paris Plage, j’adore ! Ça permet aux familles qui ne peuvent pas partir en vacances de se détendre et se décharger. Le quartier a vraiment changé depuis que j’y habite. Et je ne vous parle pas de la future gare Rosa Parks qui va désenclaver la Cité Michelet, la plus grande cité HLM de Paris. Ils ont failli appeler cette gare « Gare de l’évangile ». Vous imaginez, ça n’aurait pas du tout collé avec le quartier... Heureusement, ils ont finalement choisi de rendre hommage à la mère du mouvement des droits civiques. Non vraiment, je serais très malheureuse si je devais quitter le quartier. Déjà qu’on m’a virée de mon appart parce que je ne pouvais plus payer les loyers qui avaient triplé. Heureusement, une partie de l’immeuble a été reprise par un bailleur qui m’a permis de me reloger à la même adresse. Face à cela, on s’est mobilisés avec plusieurs locataires et on a constitué une amicale. J’ai eu une vie militante et syndicale très active, alors je ne me suis pas laissé faire. Et puis, j’ai eu des gros soucis de santé, mais à chaque fois, j’ai réussi à lutter contre la maladie. J’aime tellement la vie. J’arrive à mobiliser toute mon énergie pour continuer à vivre !" Catherine, 63 ans