Laisser pénétrer l’autre en nous, ce n’est pas seulement ouvrir son corps, c’est ouvrir ses défenses, accepter qu’une voix, un regard, une présence viennent déplacer quelque chose à l’intérieur. On croit souvent aimer quand on partage du temps, des habitudes, un lit, mais laisser réellement quelqu’un entrer en nous, c’est plus rare, parce que cela demande de renoncer un peu à son contrôle, à son personnage, à cette forteresse que l’on construit avec les années. L’autre finit alors par rester à l'extérieur pour nous faire plaisir, par habiter nos silences, nos pensées automatiques, nos gestes les plus simples. Une chanson devient liée à elle, une odeur réveille un manque, et même absent, l’autre continue parfois de vivre en nous comme une pièce secrète dont on ne possède plus totalement la clé. C’est peut-être cela, le vrai vertige de l’amour : comprendre que certaines personnes ne passent pas simplement dans notre vie, elles nous modifient de l’intérieur. On peut partir, couper les messages, changer de route, mais certaines présences laissent une empreinte sous la peau de l’esprit. Alors aimer vraiment, ce n’est peut-être pas posséder, c’est accepter d’être pénétré intimement.
« On croit parfois aimer avec le cœur, alors que l’autre nous pénètre bien plus loin, dans cette zone secrète où l’on cesse de se protéger. »











