Le problème avec le deuil c'est, qu'à long terme, tu es seul-e face au vide.
Évidemment il y a ces éclats, ces personnes qui t'accompagnent à l'aéroport en urgence, t'apportent à manger, te tendent une épaule malgré leurs propres angoisses, ces inconnus qui te proposent de parler, car vous voilà soudainement liés par une des expériences les plus humaines, les plus banales et les plus redoutées à la fois : la perte d'un proche. Comme on le dit souvent, c'est dans les moments durs qu'on reconnaît les gens qui comptent. Et je serai toujours reconnaissante à toutes ces étoiles qui, lorsque mes yeux rouges se levaient vers l'obscurité, m'ont vrillé les pupilles avec toute la douceur du monde.
Le problème avec le deuil c'est, qu'à long terme, la vie continue.
On se relève, plus vite qu'on ne le pensait, on reprend le cours de son existence, mais quelque part, au fond, on n'oublie pas. Et il suffit d'un instant, d'un sourire figé dans un cadre photo, d'un premier Noël avec une convive en moins, d'un vêtement qui traîne, d'une pensée fugace pour que le siphon qu'on croyait asséché déborde. Et dans cette tempête là subsiste une incompréhension grandissante, une culpabilité insidieuse. Je pensais que c'était terminé. Je ne devrais pas les embêter avec cela.
Le problème avec le deuil c'est, qu'à long terme, il n'y a pas de date de péremption.
Le mien s'est installé, insidieusement, dans un coin de ma tête, dans la moue légèrement pincée de ma mère lorsqu'elle retient un regard de tristesse infinie, dans les silences de ma sœur, dans les questions sans réponse qui me vrillent, dans chaque objet chargé de trop nombreux souvenirs et surtout, surtout dans ma propre peur. Pas de mourir, non. De partir doucement, à petit feu, dans une douleur que personne ne mérite.
Le problème avec le deuil c'est, qu'à long terme, tout reste encore à faire.
Les démarches administratives ubuesques, le tri des objets du défunt, la gestion de sa propre santé mentale, de la vie de tous les jours, tout se mélange et s'entre-mêle dans une litanie à en faire pâlir Sisyphe. Et chaque jour les vagues s'adoucissent, se rétractent jusqu'à au jour où, pour une raison inconnue, les gouttelettes accumulées explosent en une tempête aussi fulgurante qu'inattendue. Et cela, personne ne nous y prépare.
Le problème avec le deuil c'est, qu'à long terme, on a l'illusion d'être seul-e.
Si j'écris ce texte ce n'est pas seulement pour faire sortir tous ces maux qui me hantent depuis plus de six mois. C'est aussi pour dire que toi, toi qui me lis, si tu te reconnais ou tu retrouves un jour dans cette situation tu n'oublies pas que, même si les printemps succèdent toujours aux hivers, tu n'es pas seul-e. Tout comme le cours des saisons, la vie est un cycle, pas une ligne droite. Et comme tout bourgeon frémissant a besoin à la fois de lumière et d'eau pour éclore, chacun de tes pas te porte doucement vers une guérison que seul le temps peut t'offrir. Et même si tu es lae seul-e à pouvoir trouver tes propres réponses, tu as toujours le droit de tendre la main. Tu serais étonné-e du nombre de voix que tu entendras résonner en retour.










