Les liaisons dangereuses de Julien, Laurent, et Olivier
Nous sommes le 11 septembre 2014. Cette date, qui était jusque là marquée par le coup d'état au Chili et la chute des Twin Towers, a pris pour les Français un sens plus intime et douloureux. Laurent Romejko, Olivier Minne, et leur metteur en scÚne, parolier, compositeur et surtout acteur principal, Julien Lepers, ont été frappés en pleine gloire, alors qu'ils étaient les vedettes du succÚs surprise de la comédie musicale française : «le secrétaire de minuit », relecture osée et en-chantée du manga « Midnight secretary ».
Que s'est-il passé ? En lisant les mails des personnages de cette tragĂ©die, on comprend que la catastrophe aurait pĂ» ĂȘtre Ă©vitĂ©e, si nous avions su. Mais quand le dĂ©sir rencontre la passion, tel la cascade s'enfonçant dans la riviĂšre assoupie, l'issue fatale est inĂ©luctable.
Retour en janvier, le 24, plus précisément.
Mon cher Julien, nos chemins se croisent souvent dans les studios froids de France 3.
DerriÚre mon sourire toujours abordé en façade, j'ai parfois l'impression de passer à cÎté de ma vie.
Enfin bref, je ne vais pas tout te dire, mais j'ai du chagrin, et j'ai besoin d'en parler : seras-tu l'homme capable de remettre en ordre les lettres de mon cĆur ?
Je sais qu'il y a cette passion en toi, Julien, et j'espÚre que tu seras bienveillant envers moi, et que tu ne feras pas suivre ce message à Bertrand Renard : sa barbe et moustache blanches m'ont lassé sans que je sache comment lui signifier que l'addition est payée depuis longtemps et qu'il ne nous reste plus qu'à partir, chacun de notre cÎté. Je ne sais plus quoi lui dire : ces derniers temps, il parle en mathématiques, il bourdonne comme un frigo, il est comme une radio déréglée.
Bref, réponds-moi vite Julien.
Julien, je t'imagine en train d'enregistrer ton Ă©mission, et tu ne me rĂ©ponds pas. Quant-Ă -moi, j'attends. Je devrais ĂȘtre en train de faire la sieste, entre ma mĂ©tĂ©o du matin, et les chiffres et des lettres de l'aprĂšs-midi, mais je ne trouve pas le sommeil.
Ce qui l'a déclenchée ? Un banal tweet de Philippe Risoli, en date du 31 décembre :
« @olivierminne ça me ferait plaisir de jouer un peu avec toi, j'écris en ce moment un opera rock. On en parle chez Bernard bientÎt ? » Depuis, une lente colÚre bout petit à petit en moi, et je n'en peux plus.
Pourquoi lui ? Pourquoi toujours Olivier Minne ? D'accord, il a des muscles, d'accord il anime Fort Boyard, d'accord il a une société de production de piÚces de théùtres ? Mais encore ? Est-ce la connexion des animateurs de Gulli, se font-ils des guilis guilis ? Je ne sais pas.
Mais ce que je vois, c'est que personne ne pense Ă moi. Pourtant, je suis le hard-working man du PAF : je fais la mĂ©tĂ©o dans tĂ©lĂ©-matin, pour les honnĂȘtes travailleurs, parfois le midi, quand il le faut, je prĂ©sente des chiffres et des lettres : tous les jours il faut trouver des petites blagues pour faire rigoler les personnes ĂągĂ©es.
Julien, je ne suis plus si jeune. J'ai besoin de penser Ă moi maintenant. Aide-moi.
TroisiĂšme mail, il est 23h
Julien, tu ne me réponds toujours pas.
Mais je suis parti, maintenant, alors je te dis le fond de ma pensĂ©e. Avant d'ĂȘtre l'homme aux fiches, l'homme qui sait tout, l'homme aux encyclopĂ©dies, tu Ă©tais l'homme chanson. Les paroles de « de retour de vacances » rĂ©sonnent en moi, elles sont comme le rĂ©sumĂ© de ma vie :
« On a tous au cĆur des souvenirs
qu'on ne veut pas voir partir,
des images qui rĂŽdent en nous
et qui jouent .
Je voudrais seulement
pouvoir retenir le temps
et dire tout bas :
"Aime-moi !" »
J'ai besoin d'amour Julien, j'ai besoin de ta musique et de tes paroles. Faisons, nous aussi, notre opéra rock. Prenons notre revanche sur la vie !
QuatriĂšme mail, 3 h du matin
Mais enfin, vas-tu répondre ? Te suis-je si indifférent ?
Tu chantais : « Pleure sous la pluie
Personne ne voit ton chagrin
Pleure sous la pluie
La mélancolie te va bien »
C'est ce que je fais en ce moment mĂȘme.
C'est mon dernier message. Je vais te dire le fond de ma pensĂ©e : je lis en ce moment un manga nommĂ© Midnight Secretary. Une histoire de secrĂ©taire, qui tombe amoureuse de son chef vampire. Une histoire de chiffres, de lettres, et de passion. Tu pourrais ĂȘtre le beau manager tĂ©nĂ©breux. Je pourrais ĂȘtre ta secrĂ©taire craintive.
Penses-y ! Dis-moi que le compte est bon !
Réponse de Julien Lepers, 10 minutes plus tard :
Quatre mails Ă la suite, bravo Laurent, c'est fantastique, ohlalalala, quelle performance.
Pour ce qui est de ta proposition, c'est OUI ! Et je le ferai pour le plaisir, s'offrir ce qui n'a pas de prix, un peu de rĂȘve Ă notre vie, et faire plaisir, pour le plaisir !
Trois mois plus tard, une fois le texte écrit, Julien Lepers contacte Olivier Minne pour l'inviter à les rejoindre dans sa production théùtrale.
« Olivier, tu viens de Belgique, tu as tenté d'intégrer le conservatoire de Paris, en vain. Repéré par Jacqueline Joubert, tu deviens speaker pour antenne 2 puis animateur. Tu aimes travailler ton corps que tu exhibes fiÚrement devant la caméra. Tu passes toutes tes vacances dans un fort au large de la Charente - Maritime. On en profite pour saluer nos téléspectateurs de cette région, qui nous regardent nombreux, nous y passerons en sélection le 30.
Olivier, je te propose une question culture.
J'Ă©cris actuellement un spectacle pour la star des Chiffres et des lettres, dans lequel je compte aussi jouer un rĂŽle d'importance. Je chante et je compose, mes fans disent que j'ai une trĂšs belle voix. Je cherche un beau jeune homme pour jouer le rĂŽle du directeur de la filiale qui veut me voler mon beau secrĂ©taire, et ce beau jeune homme ça pourrait ĂȘtre toi. GrĂące Ă mes fiches, je suis capable de tout faire, de tout comprendre, et de me faire passer pour n'importe qui. J'ai pris la place de Philippe Risoli qui de toute façon ne comprenait rien Ă Twitter pour crĂ©er la jalousie de Laurent Romejko et le faire tomber dans mes filets. Je suis machiavĂ©lique, et je veux tous les hommes du service public, sauf Thierry Beccaro qui m'a déçu, en tirant trop de boules noires (mĂȘme si je ne suis pas raciste, et on salue nos amis des Dom Tom qui nous regardent sur France ĂŽ ). Je suis, je suis...Â
P.S. : tu trouveras le texte et la partition de ma comédie musicale dans cette archive qui contient un millier de fiches jaunes au format pdf à imprimer. Tu verras, c'est volumineux mais trÚs pratique ».
« Julien, je ne suis pas sûr d'avoir compris ton message, qui me semble aussi énigmatique que les propos du pÚre Fourras. Mais si tu veux faire une comédie musicale avec moi, je dis pourquoi pas.
Du moment que je peux placer un solo de guitare avec un bandana sur le front, je suis partant. »
DerriÚre son écran, on imagine Julien Lepers éructant tel un zébulon. Son question pour un champion spécial célébrité se met en place petit à petit.
Les répétitions se passent bien. Au casting déjà cinq étoiles se rajoutent George Beller et Marie-Ange Nardi, dans de petits rÎles, pour montrer la cohésion du service public. Gérard Holz, lui, n'a pas réussi à passer les auditions : trop mal rasé pour la cible visée.
Le disque sort et c'est un succĂšs surprise. En abordant une thĂ©matique yaoi, il mĂ©lange deux tranches de la population radicalement diffĂ©rentes : les vieux qui s'attendent Ă retrouver leurs hĂ©ros du quotidien dans un spectacle qu'ils imaginent Ă l'image des piĂšces de Feydau montĂ©es en fin d'annĂ©e, et les jeunes adolescentes qui sont partantes dĂšs que c'est yaoi, et puis si en plus il y a des vampires, c'est yaouh la fĂȘte du slip. De sorte que le spectacle, d'abord prĂ©vu dans une petite salle habituĂ©e aux vilaines affiches dessinĂ©es, se voit dĂ©localisĂ© dans des endroits de plus en plus grands, jusqu'Ă ce qu'il faille en arriver au Palais Omnisport de Paris Bercy.
Nous sommes le 9 septembre. La premiĂšre se dĂ©roule Ă la perfection. Au moment oĂč Julien Lepers, dĂ©serre sa cravate, ouvre sa chemise pour se mettre au piano, et entame le tube « est-ce que tu l'as chez toi ? » on compte cinquante dĂ©faillances, trois fausses couches, une tempĂ©rature Ă en faire s'Ă©vaporer le sang, et une excitation comme on en a plus connu depuis la Beatles Mania.
On n'a pas d'images de l'ambiance folle qui régna dans les coulisses ce soir-là , aprÚs un tel triomphe. Mais ce mail de Laurent Romejko envoyé à Arielle Boulin- Prat nous donne un aperçu d'une folie et d'une décadence comme le POPB n'en avait pas vu depuis la grande époque de Guns and roses.
En huit lettres, quelle félicité !
Ce soir, je peux te le dire : mon compte est bon. Tout ce qui était en désordre a été remis en harmonie. Addition, soustraction, multiplication, division : mon corps et mon ùme ont tout vécu en quelques heures.
D'abord sur scÚne. Seul, en duo, en trio, l'union de nos voix, la chaleur de nos corps à la lumiÚre des projecteurs, j'ai cru brûler telle une ville de corse sous le soleil de l'été (attention, drapeau orange, ne vous baignez pas en dehors des zones surveillées). Mais le vrai spectacle a eu lieu en dehors des regards, entre moi, Olivier et Julien.
Nous Ă©tions tous dans les loges, prĂȘts Ă nous changer : il y avait moi, Olivier, Marie-Ange et Georges. Seul Julien manquait Ă l'appel.
Soudain il arriva, armĂ© de ses fameuses fiches jaunes. OĂč les avait-il cachĂ© durant tout se temps ? Je ne sais. Pourtant elles Ă©taient lĂ .
Nous pouvions voir dans ses yeux qu'il était sérieux. Des flammes dansaient au fond de ses orbites. C'était le retour du fin duc blanc, dardant les yeux des amants. Avais-je abusé de la méthode de l'actor's studio ? Toujours est-il que mon désir initial, né de l'ennui et de la fatigue mentale, avait mué, à force de répétitions, en un amour parfait, et mon désir à ce moment était arrivé à un tel point que je me sentais comme une bouilloire dont le contenu déjà bouillant continuait à chauffer au risque de la faire exploser. Je regardais autour de moi, et je voyais que la fiÚvre habitait à présent chacun d'entre nous.
Il n'avait qu'un mot Ă dire pour disposer de nous. Je pris conscience que tout ceci Ă©tait son but depuis le dĂ©but. Qu'il avait tel Louis XI l'universelle aragne tout manigancĂ© pour nous amener ici, dans cette situation bien particuliĂšre. Peut-ĂȘtre mĂȘme nous avait-il hypnotisĂ©, conditionnĂ©, et ces fiches n'Ă©taient qu'un dĂ©clencheur.
Mesrine disait que l'important c'était de continuer de danser, mais moi je sais qu'il faut continuer d'aimer.
Les lÚvres Persées s'ouvrirent alors, et ce qu'elles dirent, je ne l'oublierais jamais :
« J'ai là  trois types de question. Des questions pour un poing. Des questions pour deux poings. Et enfin, les plus dures, des questions pour trois poing. Qui veut jouer avec moi ? »
Georges fut le premier à réagir. Ses yeux étaient tristes. Les larmes coulaient presque. La voix chargée d'émotion, il expliqua que non, lui et Marie-Ange Nardi étaient trop vieux pour ces jeux sans frontiÚres. Tous deux partirent, nous demandant de faire attention, qu'ils avaient besoin de nous demain. L'atmosphÚre était soudain devenue grave.
Il n'y avait plus qu'Olivier et moi. Julien se tourna vers l'homme au dĂ©bardeur, et lui dit : ce soir, tu es la cible. Il enchaĂźnait les questions, et Ă chaque mauvaise rĂ©ponse, Julien piochait un peu plus profond en Olivier. On se serait cru dans Minne Craft. De sorte que si au dĂ©but, il faisait exprĂšs de rĂ©pondre Ă cĂŽtĂ©, croyant ĂȘtre capable de remporter cette Ă©preuve de force, il avait une mine de plus en plus sombre au fur et Ă mesure. Et ce d'autant plus que Julien avait beau chercher au plus profond de lui, il n'arrivait pas Ă trouver de clĂ©, et la clepsydre dĂ©jĂ arrivait Ă sa fin.
Spectacteur, j'Ă©prouvais un mĂ©lange Ă©trange de fascination, de dĂ©goĂ»t, et d'excitation. Oh, bien sĂ»r, au bout de toutes ces annĂ©es passĂ©es Ă prĂ©senter des chiffres et des lettres, nous avons vĂ©cus des choses, toi, moi, et Bernard, de celles que l'on ose pas Ă©voquer en public de peur d'ĂȘtre incompris et rejetĂ© par la sociĂ©tĂ©. Mais rien ne pouvait me prĂ©parer Ă ce que je voyais. BientĂŽt, je n'en pus plus d'ĂȘtre spectateur, au mieux prĂ©sentateur. Je voulais, Ă mon tour, vivre la fiĂšvre des projecteurs se posant sur le candidat.
Ma chance vint quand Olivier ne fut plus. Rampant Ă terre, ne pouvant mĂȘme plus marcher, il marmonnait des propos incomprĂ©hensibles : « aaah ma boule, j'ai l'impression qu'on a fait tourner en moi une tĂȘte de tigre ... aaah, maintenant, je comprends la symbolique de cette Ă©preuve oĂč le candidat devait mettre des mains dans des jarres remplies d'araignĂ©es, pourquoi on faisait ramper des femmes sur d'Ă©normes tuyaux puis combattre dans la boue, pourquoi on enfermait les moins valeureux dans un cachot. Tout menait Ă celaaaaaaaaaaargh ». Il s'endormit. Sur son visage, le visage doux d'un athlĂšte de haut niveau, qui a tout donnĂ©, a battu un record du monde, et qui sait que demain son corps lui fera mal, mais c'est le prix Ă payer quand on tutoie les Ă©toiles.
Il ne restait donc plus debout que Julien et moi. MalgrĂ© tout ce qui s'Ă©tait passĂ©, il restait Ă©gal Ă lui-mĂȘme, doux et guilleret. Il me mit Ă nu, et arracha ses vĂȘtements, de sorte que nous Ă©tions rĂ©vĂ©lĂ©s l'un Ă l'autre. Il se mit derriĂšre moi, me serra dans ses bras, avec une force que je n'imaginais pas. Je me disais: est-il content d'ĂȘtre lĂ , ou a-t-il encore des fiches sur lui ? Avant de comprendre quoi que soit, il Ă©tait en moi. Saisi par l'excitation, il parlait de plus en plus vite : il me dit « Laurent, on va voir si tu tiens pour un quatre Ă la suite. Le questionnaire est imposé : il s'agit de la Perce »
Le compétiteur en moi ne savait plus s'il devait se concentrer sur la sensation de chaleur qui m'emplissait ou sur les réponses à donner. Le corps contre le cerveau. Le mental, dans le muscle.
Empereur de Perse, je suis dépeint par Frank Miller comme un homme bodybuildé, piercé, et fortement efféminé, quoique tout à fait séduisant par sa puissance...
A la suite de ma bonne réponse, je sentis un coup de rein particuliÚrement violent, qui me fit pousser un rùle de plaisir. Rester concentré. Ne pas encore jouir.
« Héros de jeu vidéo puis de cinéma, je porte des tenues sexy, et je saute partout et sur tout ce qui passe, je grimpe, je grimpe, puis je transperce...
Un autre coup de sabre me pénétra de part en part, et pour rien au monde je n'aurais voulu remonter les sables du temps. L'instant était là , l'instant était dur, l'instant était bon.
« En magie, le fait de faire disparaßtre, puis apparaßtre, puis disparaßtre, puis apparaßtre
- un tour de perse perse ? »
Les questions devenaient de plus en plus bizarre, tandis que le plaisir se faisait de plus en plus pressant. Je chavirais littéralement. Ma conscience n'était plus qu'un maigre filet d'olive coulant le long de mon corps déjà ruisselant de sueur.
« Je suis l'as de trĂšfle qui pique ton cĆur, l'homme qui peut lire tes pensĂ©es les plus secrĂštes sur ses fiches, l'homme aussi agile avec sa langue qu'avec son membre, aussi calĂ© sur les questions d'art que sur les questions de dard, je suis, je suis
- Julien Lepeeeeeeeeeeeeeeeeers ! »
D'une maniÚre si pure. Si forte. Si claire. Le chat nyan aurait pu voler face à moi,que je n'aurais pas vu plus de couleur. J'éprouvais une sensation d'orgasme synesthésique : il sentait le gros livre neuf et richement illustré en trois volumes. Il résonnait tel un concert de trompettes et de synthétiseur. Sa couleur était essentiellement jaune, mais un jaune qui signifiait le bonheur et la satisfaction.
Je sentais le contact de la main chaude et gluante de Julien contre mon torse, quand il se retira, et, virevoltant comme si rien de cela n'avait affecté sa vigueur me proposa un jeu final : le face à face. J'étais plus jeune que lui, et ne devait lui céder en rien quant à l'ardeur. Mais si je devais relever le défi, ce serait à ma façon. Pas en désordre, mais en alignant correctement les consonnes et les voyelles.
Il me demanda si je voulais prendre sa main. Mais si j'aimais Ă regarder, j'avais peur de cette pratique depuis que Bernard m'avait fait subir Poing de force, ce film barbare, symbole annonciateur de la percĂ©e du tunnel sous la manche, Ă la force des bras !, oĂč l'on voyait un homme masquĂ© de cuir faire subir les pires outrages Ă un autre homme. Parfois entre deux enregistrements, ce rusĂ© renard me donnait Ă croire que c'Ă©tait lui qui se cachait sous cette cagoule.
Je dis, non, Julien, je prends la main, et plus encore, je te prends toi. Alors nous tournions l'un dans l'autre, moi tantĂŽt dominant, tantĂŽt dominĂ©, jusqu'Ă ce qu'aprĂšs nous ĂȘtre joui l'un sur l'autre huit fois de suite, Julien me demanda, arrivĂ© au neuviĂšme : « fantastique Laurent ! Tu as gagnĂ©. Que dĂ©cides-tu ? Vas-tu partir maintenant, ou vas-tu rester ? » Mon souffle Ă©tait court et saccadĂ©. Je rassemblai mes derniĂšres forces pour dire dans un ultime souffle : « je reste... » Laurent hurlait « tu es sĂ»r de rester Laurent ? Tu joues le jackpot ? » et alors que je relĂąchai tout ce qu'il me restait de fougue, de frustration d'une vie trop sage, et de satisfaction d'avoir enfin trouvĂ© ma voie, je criais Ă prĂ©sent « je reeeeeeeeeeste ! Julien !! Je reeeeeesssssste ! Sens mon gros chÚÚÚÚÚÚÚÚÚÚÚÚque !!!! Jackpoooooooooooooooooot !!!! »
Voilà , tu sais tout, Arielle, ma petite sirÚne, ma Sylvia plate. Je suis parti, et bien parti. L'on ne me reverra plus. Je pars sans emporter de boite de jeu : avec Julien, c'est la réalité qui s'offre à moi »
La suite, nous la connaissons tous. Arielle Boulin- Prat, membre avec Bertrand Renard d'Operacomedy, ne put accepter le succĂšs foudroyant, tant en musique qu'en sexe de l'homme qu'elle avait initiĂ© aux plaisirs de la chair, alors qu'il Ă©tait Ă peine un adulte, et pourtant dĂ©jĂ presqu'insolent , de certitudes. RenvoyĂ©e Ă sa solitude, elle commit l'irrĂ©parable, un attentat suicide, en plein milieu de la reprĂ©sentation du 11 septembre. Christophe Barbier, Ă©crivit un Ă©dito magnifique, rattachant la date de l'Ă©vĂ©nement Ă la montĂ©e de tous les fondamentalismes, parlant d'un ultime jour de colĂšre contre la communautĂ© gay dont Laurent Romejko et Julien Lepers Ă©taient devenus les porte-drapeaux, coupant court Ă toute discussion possible : comment diaboliser les homosexuels si mĂȘme les idoles des retraitĂ©s « en Ă©taient » ?
Bien sûr il y eut des débats, des controverses, aussi bien dans les journaux, que sur facebook ou twitter.
Mais tout cela ne pouvait masquer que nous avions en rĂ©alitĂ© assistĂ© Ă une grande histoire d'amour entre Laurent et Julien, la triste histoire de Julien Lepers. Par amour, on peut tout faire, mĂȘme l'impossible.
La légende qui plane dans la région est que, les nuits particuliÚrement sombres, certaines personnes verraient un fantÎme roder autour du POPB. Une ombre rassurante, protégeant les veuves, les orphelins, et les amoureux, portant un masque noir recouvrant son visage empreint de justice. Parce qu'il n'est pas le héros qui gagne cinq fois de suite, mais il est le héros que nous méritons aujourd'hui.
Seul le vent connaßt la réponse.