First Man, le premier homme sur la Lune (First Man, Damien Chazelle, 17 Octobre 2018)
Vu le vendredi 13 Octobre 2018, Avant-PremiÚre, en VOSTFR 2D, au cinéma Comoedia
Note Ă chaud : 9 / 10 â€
Quand jâĂ©tais petit, je voulais devenir astronaute. Comme bien des enfants de cette gĂ©nĂ©ration, jâai rĂȘvĂ© des cieux, en compagnie de ce qui reste Ă mes yeux, la plus brillante rĂ©ussite technologique du genre humain. Je veux bien sĂ»rs parler de lâalunissage dâApollo 11. Il y en eu dâautres aprĂšs, qui y retournĂšrent, mais cette premiĂšre mission Ă©tait un modĂšle, pour lâenfant que jâĂ©tais. En une dizaine dâannĂ©e, et au prix de multiples Ă©checs, la longue course Ă lâespace fĂ»t remportĂ©e de la maniĂšre la plus prestigieuse possible. Tout le monde connait cette histoire, que lâon ait Ă©tĂ© devant son Ă©cran de tĂ©lĂ©vision le 20 juillet 1969 ou non. Depuis jâai grandis, et comme beaucoup dâenfants rĂȘvant de lâespace, je nây suis toujours pas allĂ©. Mais ma curiositĂ© pour ce domaine demeure intacte.
Expand
Aujourdâhui, Damien Chazelle, rĂ©alisateur de lâexcellent âLa La Landâ et de âWhiplash (que je nâai toujours pas vu Ă lâheure oĂč je rĂ©dige ces lignes) nous prĂ©sente un biopic du Premier Homme, le dĂ©sormais trĂšs cĂ©lĂšbre Neil Armstrong. ScĂ©narisĂ© dâaprĂšs la biographie que James R. Hansen fit de lâhomme, et interprĂ©tĂ© par le tout aussi connu Ryan Gosling, le film retrace les dix annĂ©es qui sĂ©parĂšrent son entrĂ©e Ă la NASA et son alunissage. Bien Ă©videmment, dĂšs la premiĂšre annonce de ce film, mon impatience Ă©tait incommensurable. Je connaissais les faits en eux-mĂȘmes, mais pas la vie dâArmstrong en dĂ©tail. JâĂ©tais curieux de voir quel angle Chazelle allait utiliser pour narrer son rĂ©cit, quelle approche lui donner. Car Ă travers la lĂ©gende, il existe milles et unes approches diffĂ©rentes, de la plus sobre Ă la plus frappante.
En dĂ©finitive, Damien Chazelle a prĂ©fĂ©rĂ© de ne pas nous parler de la lĂ©gende, mais bien de lâhomme. Mettant de cĂŽtĂ© tout aspect superflu, brave ou hĂ©roĂŻque, il fait le choix de nous dĂ©peindre la vie dâune personne avec ses rĂ©ussites et ses problĂšmes. Choix pour le moins percutant et judicieux, permettant de nous mettre constamment Ă la place du protagoniste.
RĂ©alisateur mĂ©ticuleux, Chazelle prend grand soin de nous installer au plus prĂšs dâArmstrong, employant beaucoup de plans rapprochĂ©s et de shaky cam, afin dâĂ©tablir un contact presque physique entre nous et son protagoniste. Les phases spatiales sot en cela impressionnantes, quâelles prennent encore une tout autre dimension, tremblant au point de ne plus reconnaitre le haut du bas, ni mĂȘme quel visage se cache derriĂšre quel scaphandre. La promiscuitĂ© des habitacles que lâon retrouve en permanence, quâil sâagisse dâun cockpit dâavion ou dâun module spatial, rend encore plus Ă©troit le contact que lâon ressent avec les diffĂ©rentes personnes situĂ©es de lâautre cĂŽtĂ© de lâĂ©cran. Rarement une telle impression de claustrophobie mâaura pris Ă la gorge pendant une sĂ©ance de cinĂ©ma, rendant parfaitement hommages aux conditions incroyablement prĂ©caires dans lesquelles se trouvaient les astronautes de lâĂ©poque.
Au-delĂ dâune rĂ©alisation presque charnelle, le travail sur la photographie et la direction artistique est Ă saluer. Linus Sandgren rend parfaitement hommage aux annĂ©es 60 avec un Ă©talonnage de couleurs chaudes sur Terre mais choisissant un cadre beaucoup plus austĂšre lorsque le film prend de lâaltitude. A cela sâajoute un travail sur les dĂ©cors et les costumes fort Ă propos, permettant dâobtenir une cohĂ©sion assez parfaite avec la dĂ©cennie dans laquelle se dĂ©roule le rĂ©cit. De plus, les maquettes des diffĂ©rents appareils des missions Gemini 8 et Apollo 11 sont assez impressionnant.
Parmi les Ă©normes points fort du film, on notera la place importante que prend la musique dans ce film, bien que passant par instants pour minimalistes. Justin Hurwitz, dĂ©jĂ Ă lâĆuvre pour les deux prĂ©cĂ©dentes Ćuvres de Chazelle, signe ici une symphonie dâune simplicitĂ© et dâune beautĂ© Ă nulle autre pareil. Sâincorporant trĂšs bien au rĂ©cit, elle lâaccompagne tout du long, sachant rester Ă bonne distance par instants, mais sâinvitant de tout son poids lorsque cela est nĂ©cessaire. Aussi douce que belle, mais toujours percutante, câest en tout cas un des indispensables de cet ensemble dĂ©jĂ bien rĂ©ussis.
Le film possĂšde aussi dâautres points forts, comme un casting assez variĂ© et prĂ©sentant des personnages secondaires tout aussi diffĂ©rents. On retrouvera par exemple Kyle Chandler, Jason Clarke ou encore Corey Stoll, curieux choix pour incarner Buzz Aldrin mais qui sâavĂ©rera finalement payant. Bien entendu, le fait de placer la camĂ©ra aussi prĂšs dâArmstrong limite considĂ©rablement les temps dâapparitions de chaque personnage, les cantonnant pour la plupart Ă de brĂšves apparitions par moments. Seule Claire Foy, qui interprĂšte Janet, la compagne de Neil, semble bĂ©nĂ©ficier dâun traitement la mettant en valeur, et lui confiant de lâimportance.
Si je parle aussi tardivement de lâinterprĂ©tation de Ryan Gosling, câest bien parce que je ne sais pas trop quoi en penser. Certes, il sâen sort incroyablement bien, comme Ă son habitude mais⊠Eh bien Gosling fait du Gosling. Je trouve personnellement que malgrĂ© son excellent travail dans de prĂ©cĂ©dents films comme Blade Runner 2049 ou La La Land, il reste lui-mĂȘme, et ne se fond que difficilement dans la peau de celui quâil lui faut incarner. Et mĂȘme si lâacteur reste trĂšs bon, ce nâest jamais vraiment Neil Armstrong que je voyais Ă lâĂ©cran, mais son interprĂ©tation par Ryan Gosling. La nuance est lĂ , et reste toujours dĂ©rangeante, lâempĂȘchant de transcender son rĂŽle.
Exception faite de ces quelques points, le film est vĂ©ritablement incroyable. Touchant, prenant, Ă©mouvant, parfois lent et parfois tellement rapide, la narration ne souffre dâaucun dĂ©faut. Les trois grosses scĂšnes spatiales qui jalonnent une aventure totalement terrestre sont folles de puissance et de rĂ©alisme, et les raccourcis fait dans lâaspect purement scientifique permettant au nĂ©ophyte dâentrer dans le film ne sont jamais flagrants ou dĂ©rangeants.
Pur produit dâun rĂȘve dâenfant devenu adulte, First Man est trĂšs probablement mon plus gros coup de cĆur de lâannĂ©e, avec le dernier Spielberg. La lĂ©gende dâArmstrong et lâhistoire de Neil se mĂ©lange pour donner une toute autre chose, plus belle encore. Celle dâun homme qui leva les yeux au ciel, et finit par ne fait quâun avec les astres.