Je suis sortie avec lui pendant 9 mois. C'était ma plus longue relation jusque là, ça m'a paru être une éternité. Souvent, quand on me demande comment je me suis mise avec lui je réponds quelque chose de simple, que je me suis dit : "puisque tous les mecs qui m'intéressent sont des connards, je vais m'intéresser à quelqu'un qui m'intéresse pas." La pire idée que j'ai jamais eu. Elle met tout de même en lumière la douce pente vers laquelle chacun m'a entrainée jusqu'à remettre mes propres désirs en question. Aujourd'hui je sais que ce n'était pas que leurs comportements de merde, leurs rejets, leur mépris, leur irrespect qui m'ont emmenée à penser ça, je crois que je n'avais pas réalisé que je n'étais pas prête pour tout ça, que mon attitude ne reflétait pas ce que je voulais ni ce que j'étais. Pas étonnant que j'ai vécu tout ça, je n'avais pas les informations, les outils, la clairvoyance que j'ai maintenant. C'est pour ça que je suis une fervente partisane de l'Education à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle dans le système scolaire. Dès l'école primaire j'ai eu des comportements que moi-même je trouve étranges. On pense parfois que les enfants sont tout blancs, immaculés, des pages vierges qui n'ont pas eu le temps d'être influencés, pervertis, blessés, mais c'est faux. Mes plus gros secrets, mes plus grandes hontes viennent de cette enfance. Mais je ne peux pas m'en vouloir, j'étais enfant. Par contre j'en veux à la maitresse qui n'a pas vu, j'en veux aux adultes de ne pas avoir parlé de ce genre de choses, qui m'ont laissée grandir de travers, pas par laxisme mais par manque de communication, par excès de tabous.
Sébastien a été le paroxysme de ma misère affective, relationnelle et sexuelle. Il sait ce qu'il a fait, il sait qu'il a eu tort, même s'il n'a jamais osé me le dire explicitement, même s'il s'est trouvé des excuses. Il le sait. Parce qu'il a eu peur. Il a eu peur que je l'enregistre pendant notre conversation téléphonique le jour où je lui ai demandé des comptes. Des années après, un soir, je lui ai envoyé un message en lui demandant s'il ne pensait pas me devoir des excuses. Rien de plus, je n'ai jamais dit pourquoi exactement, mais il m'a dit "tu te rends compte que tu m'accuses de quelque chose de grave ?". A ce moment-là j'ai su. Il savait exactement de quoi je parlais, il savait que c'était grave et il savait qu'il était en tort. Ce n'est pas parce qu'il ne m'intéressait pas au début que je ne me suis pas laissée croire que j'étais amoureuse de lui. Dès le début il me disait que j'allais le quitter, comme si c'était quelque chose que je regretterai. Honnêtement, malgré mes expériences, je n'étais pas préparée à vivre tout ça. Je n'ai pas eu d'aide, de la part de personne. Ma mère a essayé un jour de sonner l'alarme mais elle s'est très vite ravisée, elle n'avait pas pointé le doigt sur le vrai problème. Mes pleurs, mes hurlements seule dans ma chambre n'était pas le problème, ils étaient mon exutoire, le vrai problème c'était lui. J'étais seule, je ne savais pas ce que j'étais en droit de dire ou de faire, je ne savais pas ce qu'il était en droit de dire ou de faire. Est-ce qu'il avait le droit de me dire que je n'étais pas comme il aimerait que je sois ? Est-ce qu'il avait le droit de me dire que tous mes amis étaient des cas sociaux ? Est-ce qu'il avait le droit de me rabaisser sur tous les aspects de ma vie ? Au fond je trouvais déjà ça dingue. Il cultivait du cannabis qu'il revendait pourtant il ne fumait pas, il volait dans les magasins alors qu'il avait de l'argent à profusion, il faisait 800km pour se taper une fille dont il n'avait rien à faire et après se foutait de la gueule de ceux qui assumaient être des gros queutards. Mais tout ça finalement c'était pas si grave, j'aurais fini par m'en remettre. J'aurais fini par savoir ce que je vaux. C'était ses pseudos "besoins" qui ont foutu la merde. Pour lui, le minimum c'était de le faire trois fois par jour. Maintenant je trouve ça aberrant parce que j'y ai cru. J'ai cru que j'avais un problème. Je suis allée voir un médecin, j'ai eu des prises de sang, et puis un prélèvement vaginal. Parlons en de ce prélèvement. Premièrement la personne qui l'a fait m'a demandé si j'avais mes règles. J'en étais loin. Pourquoi elle m'a demandé ça ? Parce que j'étais abîmée. Ce sale con m'abîmait et personne ne l'a remis en question. Et puis ce prélèvement m'a fait mal, parce que c'est pas avec du coton tout doux que ça se passe, on te gratte l'intérieur. En sortant de là je pleurais et je l'ai appelé. J'étais seule, lui au téléphone, lui qui m'avait poussé à le faire. Et puis on m'a trouvé un truc. Tu parles. On a trouvé ce qu'on a voulu y trouver, parce qu'en fait c'était rien. Je n'avais rien, juste un mec. Un mec qui m'a dit des années plus tard : "tu te rends compte, tu fais l'amour à ta copine et elle pleure ?!", comme si c'était moi, moi qui n'aurait pas dû pleurer, comme si c'était lui qui en souffrait, comme s'il n'aurait pas pu arrêter. Comme s'il était obligé de me forcer à le faire jouir trois fois par jour, parce que c'est le minimum. Alors qu'il savait que je n'en avais pas envie.
Je ne saurai pas quelle conclusion tirer de cette histoire. Elle m'a montré ce que je ne devais pas accepter. Pourquoi tant d'années après j'en parle encore ? Parce que c'est un sujet qui revient souvent ces derniers temps, les femmes qui se forcent à satisfaire les envies sexuelles de ces p'tits mecs. Et que ma dernière histoire a scellé ce traumatisme en me montrant que je ne peux pas supporter ce qui peut y ressembler, j'ai su le moment exact où elle s'est terminée. Je croyais que ça s'était fait petit à petit, que la relation avait été grignotée par des petites choses et c'est vrai, mais toutes ces petites choses sont reliées à un seul moment : le jour où je me suis emportée contre lui à cause de son discours sur notre vie sexuelle. C'est là, dans cette chambre, ce jour si loin déjà, que le mal a été fait. Quand j'ai été obligée de m'énerver réellement pour être entendue. Et c'est pour ça que je méprise autant le sexe aussi. Parce que c'est un sujet qui ne devrait en aucun cas avoir un impact aussi violent, que je ne devrais jamais avoir à sortir de moi pour qu'on respecte ce que je ne veux pas. On ne devrait jamais essayer de me l'imposer, on devrait me donner envie, on devrait m'écouter, m'entendre, on devrait rendre ça doux, on devrait rendre ça beau, amusant, enthousiasmant. On ne devrait pas avoir à le quantifier, à me forcer à mettre des gommettes sur le calendrier pour que je prouve que ça fait pas si longtemps qu'on l'a fait, on ne devrait pas essayer de me faire comprendre que mon désir est malade, que je ne prouve pas assez que j'aime. Je ne suis pas désolée, je n'ai pas à être désolée, j'ai fait du mieux que j'ai pu pour être là, pour comprendre, pour accepter, mais je souffre encore de votre vision du sexe, comme une preuve d'amour quand il s'agit de moi, comme un besoin vital quand il s'agit de vous, et comme ça vous arrange finalement quand il s'agit de souffrance.