Chronique Nostalgique 11 : Starmania
Vous connaissez l'effet que ça fait, presque de déflagration entre la conscience et la mémoire inconsciente, lorsque vous retrouvez une chanson que vous n'aviez plus entendu depuis très longtemps, jusqu'à votre enfance ? Ça m'était arrivé pour Johnny (j'en parle ici) et ça m'est arrivé également pour le titre « Les Uns contre les Autres ». Les samedis soirs, mes parents écoutaient de la musique sur leur chaîne Hifi, et sur une compil' se trouvait « La Maritza » de Sylvie Vartan, sur laquelle je me souviens avoir dansé en tournant de plus en plus vite, « Le Pont de Courthézon » de Michèle Torr que je trouvais également amusante et donc « Les Uns Contre les Autres ». La répétition de la ritournelle me l'a facilement rentré en tête et quand je l'ai enfin réentendu dix ans plus tard, la déflagration a été accompagnée d'un effet de tétanisation, tellement les mots qui y sont chantés étaient forts, une réalité qui me renvoyaient directement à mes propres angoisses existentielles. Berger a toujours été très bon pour mettre des mots sur nos problèmes intérieurs, comme un p'tit manuel Pop philosophique, mais ici, Plamondon les sublime.
Je ne vais pas revenir en long et en large sur ce qu'est Starmania ; c'est une chronique, pas une page Wikipédia ni un résumé par IA, que vous pouvez toujours générer si vous avez besoin de complément d'information. Je résumerai simplement en écrivant qu'il s'agit du pic dans la carrière de Michel Berger, de la meilleure comédie musicale française à ce jour et d'un des plus grands moments Pop de notre variété. Et je vous demande juste de le constater par le nombre de tubes qui s'y trouvent ; « SOS d'un Terrien en Détresse », « Le Monde est Stone », « Quand on Arrive en Ville » « Le Blues du Business Man » (si si, le « J'aurais Voulu être un Artiste ») pour ne citer que les plus connus. Car comme « Les Uns contre les Autres », le jour où je découvre, après achat du CD dans une boutique d'occas', que tous ces titres se trouvent sur la même œuvre, je tombe des nues. Mais j'étais loin de me douter de la portée des autres pistes s'y trouvant. Car « La Complainte de la Serveuse Automate », premier titre « nouveau » que j'entends, commence tout de même par un « J'ai pas d'mandé à v'nir au monde ». C'est radical pour un jeune comme moi qui sortait de l'adolescence et qui se reconnaît totalement dans l’œuvre qu'il est en train d'écouter. Ces personnages qui ne sentent pas à leur place et qui rêvent d'être artistes, c'était tout à fait moi arrivé en fac d'Art du Spectacle.
Et je me met alors à être nostalgique d'une époque que je n'ai pas connu. J'aurais aimé vivre en même temps que toute la clique, Berger, Balavoine, France Gall... C'étaient des compagnons de route Pop bien plus pertinents qu'aujourd'hui, Maître Gims. Ça ne parle pas ! Avec eux, on se serait sentis un peu moins seuls face à la sombre dystopie que nous vivons, ressemblant de plus en plus à celle du spectacle. Nos parents ont eu cette chance de vivre le reste d'innocence qu'il était encore possible de vivre, même si Starmania mettait en garde contre les dérives autoritaires actuels. Malgré le contexte de la pièce, on se sent bien en l'écoutant, parce qu'entre contrepartie, il y a aussi beaucoup d'Amour. Les personnages tombent amoureux, et nous on les aime aussi. En nous parlant de leurs problèmes intérieurs, on nous les a rendus plus humains. Je comprends leur solitude, leur mélancolie, cette envie de toucher les étoiles. On veut qu'ils aient aussi du bonheur ; qu'on en ait toutes et tous dans une grande communion, avec ces petites mélodies guillerettes dans la tête. J'imagine aussi à quel point des titres comme « Un Garçon pas Comme les Autres » (dont je préfère la version de Céline Dion) et des persos comme « Ziggy » ont du toucher la communauté gay à l'époque ; cet opéra-rock était en avance sur son temps en tous points.
Une décennie et des années après ma redécouverte, j'y reviens encore. Récemment, j'ai pu être spectateur de la modernisation du spectacle par Thomas Jolly, qui en a parfaitement capté l'essence, en accentuant les effets de feux de la rampe, sans forcer son hommage, avec un casting et des idées de mise en scène qui ont réussi à me procurer des frissons, voire fait couler la larme. C'était un peu l'aboutissement de mon rapport à l’œuvre. Si vous avez d'ailleurs l'occasion de la voir jouer, n'hésitez pas... c'est l'expérience optimale pour comprendre l’œuvre dans son ensemble, où sont insérés ces différents classiques Pop, mais aussi de réévaluer certains titres moins connus, comme je l'ai fait avec « Le Rêve de Stella Spotlight », dont j'ai ancré maintenant toute la portée dramatique. Puis dans la période catastrophique que l'on vit aujourd'hui, si l'on ne peut pas se payer de psy, l'écoute de Starmania reste toujours un moyen possible de panser nos plaies. On est tous des terriens en détresse.









