Petite fable affable Sur une terre où les dignités avaient été Mises hélas à l’encan et où la naissance importait Plus que le talent vivait, là, un très vieux sage, Las d’un monde sans valeurs, d’un peuple sans usages. Il n’était donc pas sur les tablettes de son temps Ce dont il se moquait, toujours gai mais jamais content : Comment et pourquoi attendre la perfection d’êtres Aussi imparfaits que l’Homme assujetti au paraître ? Résolu de vivre au désert, il se fit donc « ermite », Philosophe et retiré. Il devint alors un mythe. Auprès de sa Solitude, dans le vil espoir D’obtenir moults bienfaits du rupestre boudoir On érige un, puis deux, gros hameaux qui se firent Vite des bourgs capables, en tout, de s’autosuffire. Pour l’aider à supporter sa crasse pauvreté, Lui qui vit alors cette sainte humilité De l’ascétique dénuement, on lui offre Dons et legs qu’il refuse mais qu’on met en coffre En son nom. Et on pèlerine jusqu’à lui Pour recueillir sa parole, lui qui fuit Un monde qui ménage le vautour et déchire La colombe sans vergogne, jamais de Mal chiche. Pour qu’il ne garde pas pour lui ni ses idées Ni ses pensées on fit fleurir aussi des églises À son nom et vinrent, en masse, comme des guêpes Attirées par le miel, dans cette ancienne steppe, Des prêtres pour répéter et commenter ses dires Alors qu’il s’est voué au silence. Quoi de pire ? Ainsi fit-on un dogme de mots qui ne valaient Et qu’il ne voulait que pour lui chez ces valets Plus arrogants que des seigneurs. Comme tolérance Et modération étaient ses préceptes, un peu rances À l’époque ma foi, ils tuèrent tous ceux qui N’étaient point d’accord avec ces dignes pré-requis. Et lui qui voulait la paix provoqua la guerre Ce qui, on s’en doute bien, ne l’enchanta guère… Il se fit donc vagabond et partit par les routes, Sans changer d’un iota malgré sa vaudéroute Sa façon de vivre et d’être, en vertueux fuyant Le pervers, le vicieux de ses humains parents. Partout on le chasse et le maudit. Ainsi l’errance Lui fit comprendre que, non sans désespérance : On obtient souvent l’inverse de ce que l’on Espère que l’on soit, hélas, moellon ou sablon ! © Christian Satgé - avril 2020