"Au commencement de 1921, je rendis une visite au houtouktou de Narabanchi, qui le raconta la chose suivante : Quand le Roi du monde apparut devant les lamas, favorisés de Dieu, dans notre monastère, il y a de cela une trentaine d’années, il délivra une prophétie se rapportant aux cinquante années qui devaient suivre, La voici : « Les hommes oublieront peu à leu leurs âmes pour ne s’occuper que de leurs corps. La plus grande corruption régnera sur la terre. Les hommes deviendront semblables à des animaux féroces, assoiffés du sang de leurs frères. Le Croissant s’effacera et ses adeptes tomberont dans la mendicité et dans la guerre perpétuelle. Ses conquérants frappés par le soleil renonceront à s’élever ; il leur arrivera le plus grand des malheurs, qui s’achèvera en insultes aux yeux des autres peuples. Les couronnes des rois, grands et petits, tomberont : un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit… Il y aura une guerre terrible où seront entraînés tous les peuples. Les océans rougiront… la terre et le fond des mers seront couverts d’ossements… des royaumes seront morcelés, des peuples entiers mourront, terrassés par la faim, la maladie, par des crimes inconnus des lois et que jamais encore le monde n’avait pu imaginer. Alors viendront les ennemis de Dieu et de l’Esprit divin qui se trouvent dans l’homme. Ceux qui prennent la main d’un autre périront aussi. Les oubliés, les persécutés, se lèveront et retiendront l’attention du monde entier. Il y aura des brouillards et des tempêtes. Des montagnes dénudées se couvriront de forêts. La terre tremblera… Des millions d’hommes échangeront les chaînes de l’esclavage et de l’humiliation contre la faim, la maladie, la mort. Les anciennes routes seront couvertes de foules allant d’un endroit à un autre. Les plus grandes, les plus belles cités périront par le feu… une, deux, trois… Le père se dressera contre le fils, le frère contre le frère, la mère contre la fille. Le vice, le crime, la destruction du corps et de l’âme suivront… Les familles seront dispersées… La fidélité et l’amour disparaîtront… De dix mille hommes, un seul survivra… il sera nu, fou, sans force et ne saura pas se bâtir une maison ni trouver sa nourriture… Il hurlera comme le loup furieux, dévorera des cadavres, mordra sa propre chair et défiera Dieu au combat… Toute la terre se videra. Dieu s’en détournera. Sur elle se répandront la nuit et la mort. Alors j’enverrai un peuple, encore inconnu à ce jour, qui d’une main puissante arrachera les mauvaises herbes de la folie et du vice, et conduira ceux qui restent fidèles à l’esprit de l’homme dans la bataille contre le mal. Ils fonderont une nouvelle vie sur la terre purifiée par la mort des nations. Dans la cinquantième année, trois grands royaumes seulement apparaîtront, qui vivront heureux pendant soixante et onze ans. Puis viendront dix-huit ans de guerre et de destruction. Alors les peuples d’Agharti sortiront de leurs cavernes souterraines et apparaîtront sur la surface de la terre.""
Ferdynand Ossendowski, Bêtes, Hommes et Dieux. A travers la Mongolie interdite 1920-1921, trad. Robert Renard, 1924.













