Les Kurdes cherchent 10.000 veaux en France pour développer leurs élevages
L'argent du pétrole, le dynamisme de la construction et de l'agroalimentaire ne doivent pas faire oublier que les Kurdes descendent de tribus qui ont vécu confortablement pendant des siècles grâce à leurs élevages. Des éleveurs qui pratiquaient la transhumance dans l'actuel Kurdistan plusieurs siècles avant J-C aux grands patrons qui ont fait fortune après la chute de Saddam Hussein, les Kurdes gardent le même attachement viscéral à la terre qui les fait vivre et à leurs troupeaux. Ces mêmes troupeaux qui ont permis à beaucoup de familles de survivre, cachées dans les montagnes, pendant les années terribles du génocide.
Aujourd'hui, même si 70% des Kurdes reçoivent un salaire de l'Etat, beaucoup gardent des terres et quelques bêtes. Mais les Kurdes ont aussi le sens des affaires. Dès qu'ils ont été maîtres dans leur région, on a vu les fermes industrielles se multiplier à côté des petits élevages composés de quelques dizaines de chèvres, de vaches ou de moutons.
A côté de petits éleveurs comme celui-ci, croisé entre Amedeye et Duhok, le Kurdistan dispose maintenant d'élevages industriels qui cherchent à se développer. Des éleveurs français sont sollicités, mais la demande est importante: 10.000 veaux. / Photo B. D.
Exemple avec Kosar company, une entreprise qui fait 30 millions de $ de chiffre d'affaire en commercialisant notamment 10 millions d'oeufs et 8 millions de poussins par an grâce à ses 100000 poules pondeuses... et qui veut se diversifier dans l'élevage de vaches laitières. Le PDG est d'ailleurs venu récemment dans le Tarn pour trouver des bêtes de qualité avec l'objectif d'en importer 400 au Kurdistan. Il s'est aussi rendu au sommet de l'élevage, à Clermont-Ferrand, accompagné par Zoubeyr Mahy, le président de l'association franco-kurde de Midi-Pyrénées. Son but: trouver les meilleures vaches laitières pour alimenter à terme une usine de fabrication de yaourt et de fromage.
Le Dr Muhsin, PDG de Kosar company, au sommet de l'élevage à Clermont-Ferrand, début octobre.
Autre exemple, à une toute autre échelle, avec UB Holding, 1 milliard de dollars de chiffre d'affaire, dont l'élevage bovin devrait se monter à terme à plus de 10.000 têtes. Et pourtant, c'est dans le pétrole, l'embouteillage d'eau minérale, les biscuiteries, les usines de détergents, les transports et la construction que les frères Nazir ont initialement fait fortune. Mais leur père s'est fixé un nouvel objectif: rendre le Kurdistan autonome au niveau des produits laitiers: "Tant qu'on dépendra de la Turquie pour ça et le reste, ce n'est pas la peine de rêver d'un Etat kurde", dit-il. Il y a donc du travail en perspective pour Zoubeyr Mahy, le président de l'association franco-kurde de Midi-Pyrénées, qui a dû monter la société Lushtech , afin de faire le lien entre les producteurs français et les importateurs kurdes, également très friands des additifs alimentaires français pour leurs élevages (les entreprises Phodé dans le Tarn et Pilardière en Bretagne en savent quelque chose). "Je cherche 10.000 veaux en France, rien que pour 3 entreprises kurdes. La région Midi-Pyrénées n'y suffira pas. C'est tout le marché français de l'élevage qui peut profiter du développement du marché kurde et, au-delà, du marché irakien. Les Kurdes gardent une très bonne image de la France depuis que Danielle-Mitterrand les a sauvés du désastre en obtenant avec François Mitterrand l'interdiction de survol du Kurdistan par l'aviation de Saddam Hussein en 1991. Maintenant que la région autonome est en pleine croissance économique, elle veut travailler avec la France qui l'a aidée par le passé alors que les Français n'avaient rien à y gagner." Et si le nouveau marché "vache à lait" des éleveurs français se trouvait au Kurdistan!