La voix dans ma tête
13.08.2025
(Chronique de Cherchell)
Dans une maison blanchie à la chaux, accrochée aux collines de Cherchell, vit Amira. Elle a gardé la voix de son frère Mourad dans un petit bocal en verre, caché derrière les pots de thym et de menthe séchée, dans la cuisine de leur enfance. Mourad est parti il y a des années, emporté par une mer trop vaste ou une guerre trop silencieuse — personne ne sait vraiment. Mais sa voix, elle, n’a jamais quitté Yasmina.
Parfois, au lever du jour, quand le muezzin appelle et que les mouettes tournent au-dessus du port, Amira ouvre le bocal. Elle le fait doucement, comme on entrouvre une blessure. Et la voix de Mourad s’échappe, chaude, rieuse, pleine de promesses. Elle flotte dans l’air, se mêle au chant des oiseaux, puis s’enroule autour de son cœur. Et avec elle vient la douleur — rapide, sûre. Le désir de le revoir la frappe comme une vague. L’absence la brûle. Sa poitrine se soulève, à sa recherche.
Mourad était pêcheur, comme leur père avant lui. Il connaissait les secrets des fonds marins, les murmures des ancres et les silences des tempêtes. Amira, elle, était la rêveuse. Elle écrivait des poèmes sur les murs de la vieille ville, entre les colonnes romaines et les figuiers sauvages. Ensemble, ils formaient un duo étrange : la mer et le vent, le feu et la brume.
Mais maintenant, le vide hurle. Les souvenirs s’agitent comme des poissons pris dans un filet trop serré. Fini les rires en plein après-midi, les promenades sur la corniche, les matins tranquilles à écouter les clapotis des vagues. Fini les discussions sur les bancs de la place du 1er Novembre, là où les vieux jouent aux dominos et où les enfants courent après les pigeons. Plus rien. Le vide engloutit tout.
Amira se recroqueville parfois dans un coin de la maison, comme une enfant effrayée, attendant que Mourad apparaisse, qu’il vienne la chercher et lui dise qu’il est toujours là. Mais il ne vient pas. Et le vide est réel.
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