“Quand le ciel bas et lourd...” Jusqu’à aujourd’hui, le confinement ne nous pesait que modérément : le jardin constituait un espace extérieur de respiration physique et mental, une source d’occupation, un lieu pour lire au soleil, pour faire de l’exercice physique... la rue devant chez nous, déserte et ouverte, faisait office de terrain de badminton, nous permettant de respirer aussi. Ainsi, les journées passaient agréablement, chacun circulant de l’intérieur à l’extérieur, du fermé au relativement ouvert, laissant de l’espace aux autres, une intimité précieuse. Mais depuis hier, la pluie tombe, le ciel est gris, et cela nous force à rester à l’intérieur. La luminosité et la température ont nettement diminué nous plongeant peu à peu dans une atmosphère des plus lugubres. Ce temps gris et humide est inhabituel dans ce midi si lumineux, au ciel si bleu qu’il semble bien souvent que c’est la couleur de l’infini. Le temps pluvieux est donc une anomalie naturelle, quasiment une agression extérieure qui vient renforcer l’action du virus, et c’est notre moral qui est atteint, notre façon de vivre les uns avec les autres, une lassitude pointe, une promptitude à la méfiance, débouchant sur une agressivité embryonnaire... La “théorie des climats” semble s’actualiser au point que nous paraissons autres, aux yeux de chacun de nous, mais à nous-mêmes aussi. La raison devrait l’emporter, mais au bout de plus d’un mois de claustration, les humeurs sont moins faciles à dompter et l’on finit par s’abandonner à une sorte d’hypersensibilité à l’environnement. Il en faut peu pour passer du grand bonheur d’être ensemble à la langueur du repli sur soi dans une lumière affadi et le tambourinement de la pluie. Nous allons donc devoir puiser dans nos ressources pour transformer cette langueur presque morbide en doux et chaleureux plaisir de se blottir les uns contre les autres, pour transformer le spleen en idéal...