Les faits de cette nouvelle commencent dans une petite pension bourgeoise ébranlée par un beau scandale, une femme, "comme il le faut" vient de quitter mari et filles pour s'enfuir avec un jeune homme rencontré juste un jour auparavant. Les jugements commencent à pleuvoir et les discussions à chauffer, la narratrice prend la défense de Mme Henriette attisant ainsi l’intérêt de Mrs. C, une femme anglaise bien distinguée, qui décide alors de lui avouer un secret enfouit depuis trop longtemps.
La nouvelle est super bien écrite, je me demande bien comment l'auteur a pu, en ci peu de pages peindre tous ces sentiments et toutes ces émotions, comment a-t-il bien pu sonder, à ce point, l’âme humaine pour afin produire un tel récit.
Il y a maintenant vingt-quatre ans de cela, et cependant, quand je pense à ce moment où j’étais là, fustigée par ses insultes, sous les yeux de mille inconnus, mon sang se glace dans mes veines. Et je sens de nouveau avec effroi quelle substance faible, misérable et lâche doit être ce que nous appelons, avec emphase, l’âme, l’esprit, le sentiment, la douleur, puisque tout cela, même à son plus haut paroxysme, est incapable de briser complètement le corps qui souffre, la chair torturée, – puisque malgré tout, le sang continue de battre et que l’on survit à de telles heures, au lieu de mourir et de s’abattre, comme un arbre frappé par la foudre.
Mais, je viens de le dire, toute souffrance est lâche : elle recule devant la puissance du vouloir-vivre qui est ancré plus fortement dans notre chair que toute la passion de la mort ne l’est dans notre esprit.
Malgré tout, le temps a un grand pouvoir, et l’âge amortit de façon étrange tous les sentiments. On sent qu’on est plus près de la mort ; son ombre tombe, noire, sur le chemin ; les choses paraissent moins vives, elles ne pénètrent plus aussi profond et elles perdent beaucoup de leur puissance dangereuse. Peu à peu, je me remis du choc éprouvé ; et quand, de longues années après, je rencontrai un jour en société l’attaché de la légation d’Autriche, un jeune Polonais, et qu’à une question que je lui posai sur sa famille, il me répondit qu’un fils de l’un de ses cousins, précisément, s’était suicidé, dix ans auparavant à Monte-Carlo, je ne sourcillai même pas. Cela ne me fit presque plus mal : peut-être même (pourquoi nier son égoïsme), cela me fit-il du bien, car ainsi disparaissait tout danger de le rencontrer encore : je n’avais plus contre moi d’autre témoin que mon propre souvenir. Depuis, je suis devenue plus paisible. Vieillir n’est, au fond, pas autre chose que n’avoir plus peur de son passé. Il y a maintenant vingt-quatre ans de cela, et cependant, quand je pense à ce moment où j’étais là, fustigée par ses insultes, sous les yeux de mille inconnus, mon sang se glace dans mes veines. Et je sens de nouveau avec effroi quelle substance faible, misérable et lâche doit être ce que nous appelons, avec emphase, l’âme, l’esprit, le sentiment, la douleur, puisque tout cela, même à son plus haut paroxysme, est incapable de briser complètement le corps qui souffre, la chair torturée, – puisque malgré tout, le sang continue de battre et que l’on survit à de telles heures, au lieu de mourir et de s’abattre, comme un arbre frappé par la foudre. Mais, je viens de le dire, toute souffrance est lâche : elle recule devant la puissance du vouloir-vivre qui est ancré plus fortement dans notre chair que toute la passion de la mort ne l’est dans notre esprit. Malgré tout, le temps a un grand pouvoir, et l’âge amortit de façon étrange tous les sentiments. On sent qu’on est plus près de la mort ; son ombre tombe, noire, sur le chemin ; les choses paraissent moins vives, elles ne pénètrent plus aussi profond et elles perdent beaucoup de leur puissance dangereuse. Peu à peu, je me remis du choc éprouvé ; et quand, de longues années après, je rencontrai un jour en société l’attaché de la légation d’Autriche, un jeune Polonais, et qu’à une question que je lui posai sur sa famille, il me répondit qu’un fils de l’un de ses cousins, précisément, s’était suicidé, dix ans auparavant à Monte-Carlo, je ne sourcillai même pas. Cela ne me fit presque plus mal : peut-être même (pourquoi nier son égoïsme), cela me fit-il du bien, car ainsi disparaissait tout danger de le rencontrer encore : je n’avais plus contre moi d’autre témoin que mon propre souvenir. Depuis, je suis devenue plus paisible. Vieillir n’est, au fond, pas autre chose que n’avoir plus peur de son passé.











