Un printemps estival ayant décidé de narguer tout le monde en cette période de confinement, il m’est venu l’envie de parler de choses moins sombres que de coutume. Depuis le début de notre réclusion, et le beau temps aidant, nous nous sommes attaqués à notre jardin, à la fois principale lieu de notre vie extérieure, et extension conséquente de notre salon-salle à manger, puisque nous y mangeons très souvent à midi, que nous y lisons, consultons nos smartphones, prenons le café... Bref, nous avons investi ce carré de nature dont nous ne cessons de nous louer. Et le temps qui s’écoule fort différemment depuis plus de trois semaines maintenant, nous permet de voir évoluer les plantes du jardin, presque heure par heure, tant la période est propice à leur croissance. Ainsi, bercés par les stridulations mélodieuses des merles, nous parcourons les allées en nous extasiant devant l’incroyable complexité de la fleur d’iris, flamboiement serti dans un écrin vaporeux violet ou bleu ; en contemplant la blancheur pure des arums, rehaussée par le jaune discret du pistil dressé au milieu de cette corolle immaculée ; en admirant les modestes tulipes, dont le calice irisé et festonné semble fait pour accueillir toute la gent butineuse de la région... Le massif imposant de marguerites blanches fait ressortir les touffes de rudbeckias violettes ou jaunes, dont il est le pendant quelques mètres plus loin. Et tout ceci a éclos et s’est développé sous nos yeux, de manière si rapide qu’il nous est à présent difficile de nous représenter le jardin terne d’il y a un mois. Et les mutations se poursuivent : la fleur d’acanthe, dont les feuilles semblent doubler de taille chaque jour, hasarde son bouton hérissé de pointes au milieu de la verdure de la plante, les bourgeons du jujubier viennent d’exploser, comme ceux de la bignone, ou ceux de l’hibiscus, nous promettant de belles journées à attendre la venue des fleurs. Jamais nous n’aurions pu accompagner, et même vivre à ce point les transformations de notre petit trou de verdure, si la nature n’avait pas permis à un autre genre d’être vivant d’éclore et de se développer aussi rapidement que les fleurs du jardin...