C'est en 1897 que naît Edern Ceasy, fils de Denis Ceasy. Les Ceasy sont alors une petite famille noble de Sang-Pur, qui n'a qu'un seul enfant par génération – un garçon, l'héritier. Denis Ceasy avait pour particularité d'être terriblement curieux ; Edern aimait plus que tout l'entendre parler de ces contes emplis d'imaginaire, ces mondes à explorer, ces peuples à sauver. Mais, plus que tout, Edern adorait son père.
Cependant, une bien étrange passion animait de vie Denis. C'était grand et petit, cruel et inoffensif, terriblement humain. C'était les moldus. Cet intérêt finira par coûter la vie de Denis, qui mourra aux seize ans d'Edern.
Denis mourut à cause des moldus ; cela aboutit à la haine viscérale d'Edern pour les moldus, qui la transmit à ses enfants, dont le plus réceptif sera son fils Denis II (en la mémoire de son père). Denis fondera la branche anglaise des Ceasy, qui sera caractérisée par son Purisme et son intolérance.
Mais revenons dans le temps, avant même la naissance d'Edern.
En 1875, quelque part en Angleterre, une jeune femme est debout sur le bord d'un précipice. Meredith Hyll est une moldue endeuillée, répudiée par son mari suite à sa fausse couche. Elle n'a pas même dix-sept ans, mais elle ne veut plus avoir à se lever chaque jour, avec ce poids sur le cœur et cette douleur insoutenable. Une plaie béante recouvre son estomac : la marque de cet enfant qui ne verra jamais jour. Alors, poussée à bout, repoussée de tous, Meredith décide de commettre l'irréparable ; elle saute.
Denis Ceasy, âgé d'une quinzaine d'années, sauve cette moldue grâce à la magie. C'est un jeune sorcier qui aime observer les moldus et leurs facéties, qui explore les moindres recoins d'Angleterre avec son balai. Meredith manque de devenir folle, pensant avoir été sauvée par le diable.
A partir de là, Denis ne la lâche plus. Il a le sentiment qu'elle a besoin d'aide, que c'est son devoir d'aider cette moldue brisée à se reconstruire. Il la ramène au Manoir Ceasy, où son père accepte d'héberger la jeune fille – il s'était avéré qu'elle était orpheline. Doucement, Meredith découvre tout un monde, au milieu de ces sorciers si particuliers. Ils mangent avec beaucoup de retenue, se font servir par de petites créatures aux yeux globuleux, et... ils sont sorciers !
Meredith se lie d'affection avec cette famille, et lentement, elle parvient à accepter les blessures de son passé. Trois ans après leur rencontre, Meredith et Denis échangeaient leur premier baiser.
Ils tombèrent amoureux. Denis était fiancé à une inconnue depuis sa naissance, mais les deux n'avaient cure de ce détail. Aussi naïf que cela pût paraître, ils s'aimaient, tout simplement.
En 1880, Meredith Hill tomba enceinte, mais mourut en mettant au monde l'enfant. Dévasté par sa mort, Denis n'eût pour autant pas le temps de la pleurer. Meredith avait tenu sa grossesse secrète, leur relation étant supposément interdite. Si Denis ne faisait rien, alors l'enfant illégitime serait très sûrement tué.
Sans perdre de temps, il empoigna sa baguette et disparut dans un craquement sonore.
Quelque part en Australie, près d'un petit village moldu, vivait une vieille femme. A cause de ses longs cheveux blancs, et surtout, à cause de la forêt qu'elle ne quittait jamais, les villageois avaient fini par la surnommer La Sorcière des bois. A leurs yeux, son allure bourrue et ses yeux blancs la rendaient effrayante. Pourtant, il y eût quelques braves hommes qui osèrent s'aventurer dans la forêt de la Sorcière. Tous, sans exception, revenaient en hurlant, persuadés d'avoir croisé le Diable.
Dans les salons mondains, les sorciers nobles évitaient soigneusement de parler de cette femme. Entre eux, ils niaient son existence, confortant l'existence d'un monde parfait et à leur image, sans inconvenance. Mais une fois réfugié au creux de leur maison, il n'était pas rare que le nom de cette femme se glisse au milieu des discussions, loin du regard public. C'était grâce à nombre de ces rumeurs, que Denis avait fini par apprendre l'existence de la Vieille Medea. On racontait qu'il s'agissait d'une Cracmolle qui prenait soin des enfants abandonnés par leurs parents sorciers.
Ainsi, ce fut sans le moindre commentaire que la Vieille Medea prit le nourrisson emmailloté des mains de Denis, lorsque ce dernier toqua à sa bicoque. Il ne prononça qu'un nom, à la manière d'un adieu.
- Ares.
Extrait d'une ébauche d'OS :
[...]
Ce fut en ces lieux qu'Ares fut déposé. Bien vite, il se distingua des autres enfants gardés par Medea : ses cheveux, blancs comme la neige, lui donnait des allures de malade. La Vieille Medea fut surprise de le voir survivre à l'hiver, l'année de son arrivée. Bien vite, les autres orphelins le surnommèrent L'Enfant des bois, car il partageait les cheveux de Medea.
Il avait fait exprès de sortir la nuit, loin de la bicoque. Au milieu des branches d'arbres, en hauteur, il sentait la fraicheur crépusculaire ; plus important encore, il avait été certain que personne ne le trouverait. Pourtant, le jeune garçon distinguait avec exactitude les striures que formaient les reflets lunaires sur ces cheveux noirs de jais.
Très naturellement, il essuya ses yeux embués de peine, et un magnifique sourire recouvrit son visage enfantin.
- Non ! s'exclama-t-il, la voix pleine de trémolos.
Il se déplaça gracieusement entre les branches, pour mieux observer l'étrangère. Elle aussi, elle faisait partie de l'orphelinat. Ares n'arrivait pas à se souvenir de son prénom, mais la fillette avait son âge, il le savait. Elle avait été abandonnée quelques mois auparavant, quand ses parents avaient compris qu'elle était Cracmolle.
Sans un mot, la main de la jeune fille se glissa près de son oreille. Le blond restait immobile, ne sachant comment réagir. Il sursauta en sentant une brève douleur à son oreille. Une rose avait planté ses épines dans sa lobe.
Les orphelins de la bicoque avaient fini par la surnommer L'Oubliée. Avant de la déposer, les géniteurs de la jeune fille avaient pris le soin d'effacer soigneusement sa mémoire. Ares ne savait rien de cette fille qui l'obsédait peu à peu, hormis son amour pour les roses. Alors, naturellement, il se mit à l'appeler ainsi.
Avec Rose, la vie à La bicoque de la Sorcière devenait beaucoup plus agréable. Doucement, une tendre amitié commença à lier les deux enfants. Ares reçut sa lettre pour intégrer l'école de sorcellerie de Runstone, où il fut admis dans l'Hémisphère Sud. Il était le seul des orphelins à avoir démontré d'un signe de magie. Pour l'occasion, il avait dû choisir un nom de famille.
- Woodley... avait soufflé Rose. Woodley, l'Enfant des bois.
Avec Rose, ils aimaient se retrouver haut dans les bois, à contempler l'astre lunaire. Peut-être était-il trop jeune, peut-être était-il trop idéaliste, mais Ares ne remarquait pas les brèves absences de Rose de temps à autre. Ils étaient rares, courts, mais la jeune fille se perdait loin dans ses pensées, à poursuivre un passé depuis longtemps volé.
Les années passants, ils grandirent, et alors...
Avec Rose, ils s'aimaient. Aussi simplement, aussi naïvement que cela. Ares aimait ses grands yeux noirs et profonds, ses sourires si bienveillants. Il aimait la manière dont elle cueillait les roses rouges, les danses improvisées, lancées au feu de bois. Plus que tout, il aimait sentir sa peau contre la sienne, ses cheveux de jais contre les siens blancs comme neige. Et Rose, elle... elle parlait peu, mais elle aimait tellement. Sa main dans la sienne, elle avait toujours des pétales dans les poches pour les glisser dans ses cheveux, lorsqu'elle le voyait devenir triste.
Rose et Ares, ou l'amour terriblement humain.
Inévitablement, la Vieille Medea finit par rendre l'âme. Les orphelins, désormais des adultes, avaient quitté un à un la bicoque. Il ne resta plus que Rose et Ares, l'Oubliée et l'Enfant ; les amoureux transis. Les absences de la jeune femme étaient de plus en plus régulières, tandis qu'Ares pleurait la mort de la Sorcière. Ils ne voulaient pas quitter la bicoque, il leur restait beaucoup à faire.
Alors, ensemble, ils sillonnèrent le continent, à la recherche d'enfants perdus. Grâce à la magie, Ares était parvenu à agrandir la bicoque. Ils voulaient porter secours aux âmes abandonnées, égarées, aux victimes de ce monde injuste. Ils ouvrirent officiellement leur orphelinat, qu'ils nommèrent La Bicoque, même si la maisonnette n'avait plus grand-chose à voir avec la cabane de Medea. Ils s'occupèrent des orphelins comme leurs propres enfants.
Mais un jour, alors qu'Ares était occupé dans le monde sorcier, les villageois en eurent assez de la présence de la sorcière près d'eux. Faute de bravoure, ils décidèrent de mettre le feu à la forêt, encerclant le périmètre pour empêcher sa fuite.
Lorsqu'Ares revint, quelques heures plus tard, il fut confronté à un incendie déchaîné. Il se lança dans les flammes pour les arrêter tant bien que mal, mais il était déjà trop tard. Il retrouva le corps immolé de corps de Rose, où les cinq orphelins qu'ils avaient recueillis étaient effondrés. Desmond, le plus jeune d'entre eux, avait fait de la magie accidentelle et une bulle d'air les avait protégés des flammes. Rose n'avait rien su, elle s'était jetée au-devant des flammes pour protéger ses petits, poussée par la force du désespoir.
Et, alors que le cœur d'Ares était déchiré en lambeaux, alors que les larmes obstruaient sa vue, alors que ses hurlements détruisaient ses cordes vocales ; alors qu'il croyait perdre la tête, son don de création s'éveilla. Il s'était jeté aux pieds de Rose, tenant dans ses bras ce corps carbonisé. Les larmes, impitoyables, s'écrasaient durement contre la peau, désormais de cendre, de la femme. Il ne le remarqua pas tout de suite, mais le cadavre de rose s'illuminait doucement, entre ses bras et ses cris.
Foster. Oui, tel était le don d'Ares : prendre soin des enfants perdus, délaissés, abandonnés ; prendre soin des oubliés. Rapidement, il sentit un nombre exponentiel de piqûres contre sa peau ; ils lui rappelaient un lointain souvenir, celui d'une nuit où une Rose avait planté ses épines dans la lobe d'un Enfant.
Le don d'Ares, Foster, lui permet de créer un habitat où bon lui semble. Il transforma le corps de Rose en un champ de roses rouges, et redonna vie à la forêt. Il bâtit à nouveau La Bicoque, prenant grand soin à effacer l'existence de la forêt aux villageois. Désormais, la maisonnette est un somptueux manoir, qui a directement pris racine dans les profondeurs du sol. Il est entouré d'un immense champ de roses.
Ares prendra soin des orphelins que lui et Rose avaient recueilli, il les adoptera tous. Lorsque le dernier, Desmond, atteignit l'âge de la majorité, Ares rejoignit le champ de roses. On ne le revit plus jamais, mais au fil des décennies, de grands arbres d'un bois blanc trouvèrent leur place près des roses.
Leur descendance poursuivit le rêve de Rose et Ares, d'une manière ou d'une autre, en accueillant toujours en leur sein les enfants abandonnés, les Oubliés.
Le reste de l'arbre généalogique, et la suite de l'histoire des Woodley