Un cousin DEQUIDT à Tahiti et sa nombreuse descendance
Henri Charles MOISE est né le 30 juillet 1914 à Papeete. Sa naissance a été déclarée à la mairie de Papeete, le 1° août 1914, avec les seuls prénoms Henri Charles sans nom de famille. Il est né de Tevahine Haumaru, ce qui signifie femme prénommée Haumaru en tahitien, une jeune-femme âgée de vingt-huit ans d’après l’acte de naissance.
photo d'Henri Charles MOISE (photo améliorée par Gemini, source: généalogie de tetuarevavah sur Généanet)
Ernest DEQUIDT, capitaine au long cours, un cousin germain de mon grand-père Cyr DEQUIDT a déclaré la naissance. Il a donné à cet enfant le prénom de son propre père, Henri DEQUIDT (1854-1928) et celui de son oncle Charles DEQUIDT (1848-1926) mais il ne l’a pas reconnu.
Acte de naissance d'Henri Charles (source Family Search)
Henri Charles a été adopté par Emile MOISE (1888-1940), le 1° février 1915. Il avait alors sept mois. Il a ensuite porté le nom de famille MOISE. Emile MOISE était né le 10 mai 1888 à Taku, sur l’île de Mangareva, dans l’archipel des Gambier. Sa naissance a été déclarée par Paul MOISE, un commerçant de trente-neuf ans résidant à Taku. Elle a fait l’objet de la rédaction de deux actes d’état-civil. Le premier qui a été annulé présentait Paul MOISE comme le père d’Emile, la mère étant prénommée Ritaina et n’étant pas mariée avec le père. Dans le deuxième acte, Emile est déclaré né de père inconnu. Dans les deux actes, il est déclaré sous le prénom et le nom d’Emile LAROCHE.
Deux actes de naissance d'Emile MOISE dont le premier a été annulé (source ANOM)
D’après l’acte de naissance d’Henri Charles MOISE, sa mère l’a reconnu le 28 novembre 1930. Il avait alors seize ans. La mention de cette reconnaissance, en marge de l’acte de naissance d’Henri nous donne l’identité complète de la maman. Il s’agit d’Haumaru a AMARU qui n’avait pas vingt-huit ans à la naissance de son fils comme l’a déclaré Ernest mais tout juste vingt ans.
Acte de naissance d'Haumaru AMARU (source ANOM)
Haumaru AMARU est née le 18 octobre 1893 (en tahitien : ahuru ma vau atopa). Elle a vu le jour à Teaharoa, sur l’île de Moorea, l’île sœur de Tahiti, faisant partie du groupe des îles du vent. Elle était la dernière d’une famille de onze enfants. Son père, Tapare a AMARU qui était policier, avait quarante-cinq ans lorsqu’elle est née et sa mère Taatarii a AIRIMA, trente-sept ans. Haumaru avait seulement dix-huit ans lorsque son père est décédé le 12 décembre 1911. Quant à sa mère, elle s’est éteinte le 25 février 1918.
photo d'Haumaru AMARU (photo améliorée par Gemini, source: généalogie de tetuarevavah sur Généanet)
J’ai été contactée, en février 2022, par l’une des petites-filles d’Henri Charles, suite à mon article sur Ernest DEQUIDT. Elle m’avait dit que quand Ernest avait appris que sa grand-mère était enceinte, il devait partir en Europe régler des affaires et lui a promis qu’il reviendrait pour son fils. Quand il est revenu, son fils avait été adopté par Emile MOISE. La grand-mère a récupéré son enfant lorsqu’elle avait suffisamment de ressources et l’a élevé seule.
photo d'Ernest DEQUIDT
La période polynésienne d’Ernest a commencé le 4 mai 1910. Il avait été recruté par la Compagnie Française des Phosphates de l’Océanie pour commander le « Cholita ». Ce vapeur, construit en 1903 et acheté en 1909 par la Compagnie des Phosphates, effectuait un aller-retour par semaine vers l’île de Makatea, dans l’archipel de Tuamotu, pour y embarquer du minerai de phosphate destiné à la fabrication d’engrais. Makatea est à une distance de 245 km de Tahiti.
L'île de Makatea se trouve à 245 km au nord-est des îles de Tahiti et de Moorea
Ernest a été enregistré par deux fois alors qu’il était en escale aux Etats-Unis. Le 30 août 1913, il a été contrôlé à Ellis Island (New-York) alors qu’il venait de Sainte-Marie Cappel où il avait passé quelques temps dans sa famille. Il avait embarqué au Havre et se destinait à rejoindre Papeete.
Ernest DEQUIDT a été contrôlé par les services de l'immigration américains à Ellis Island le 30 août 1913
Le 19 juin 1917, Ernest était enregistré à San Francisco alors qu’il avait quitté Tahiti sur le navire « Moana ». Il avait alors terminé sa mission avec la Compagnie Française des Phosphates de l’Océanie. Mais il n’était pas seul sur le « Moana » car Marguerite GORGES a également été enregistrée le même jour, à San Francisco, sur le même bateau en provenance de Tahiti.
Ernest a été contrôlé par les services de l'immigration américains à San Francisco le 19 juin 1917, alors qu'il quittait Papeete. Sa future femme Marguerite GORGES était également présente mais a été enregistrée séparément.
Je n’ai pas trouvé de retour en Europe en 1914 et ce, d’autant plus que la Première Guerre Mondiale venait de se déclencher et que les mers étaient par trop dangereuses.
Pourquoi Ernest n’a-t-il pas épousé Haumaru ? L’histoire aurait été plus jolie et cela aurait fait moins de malheureux. Mais il faut se replacer dans le contexte de l’époque. La communauté française qui vivait à Papeete constituait une petite bourgeoisie et tentait de se faire admettre dans « la bonne société », dominée par les familles des hauts fonctionnaires et l’aristocratie tahitienne et anglo-saxonne selon l’article de Pierre-Yves TOULLELAN paru dans la Revue française d’Histoire d’Outre-Mer N° 266 de l’année 1985. En un mot, Ernest qui était capitaine au long cours avait un rang à tenir, une carrière à mener. De plus, il n’avait pas l’intention de rester vivre à Tahiti.
quai du Commerce du temps où Ernest était présent à Tahiti
A la décharge d’Ernest, on peut noter qu’à Papeete, il y avait un manque chronique de jeunes femmes européennes (probablement autour de une femme pour cinq hommes en 1914) et il est tout à fait excusable d’avoir fréquenté une jeune et jolie polynésienne. Il a assumé sa responsabilité en déclarant l’enfant à la mairie mais c’est peu.
Je pense que durant toute sa vie, il a dû penser à son fils Henri et ce, d’autant plus qu’il n’a pas eu d’autre enfant. Mon père, Michel DEQUIDT, avait le même âge qu’Henri et je me dis que lorsque, accompagné de son père, il allait rendre visite à Ernest, ce dernier ne pouvait pas ne pas songer à son fils.
Ernest est retourné à Makatea en 1936. Il faisait sa dernière navigation en mer pour livrer un trois- mâts fraîchement construit par les chantiers navals DUBIGEON de Nantes. « L’Oiseau des Iles » a appareillé de Saint-Nazaire le 22 novembre 1935 pour arriver à sa destination, via Papeete, le 25 janvier 1936.
Ernest a-t-il cherché à rencontrer son fils ? Je pense que oui mais a-t-il réussi à le retrouver car Henri vivait sur l’île de Moorea ?
carte des îles de Tahiti et de Moorea
Pour en revenir à Henri Charles MOISE, il avait en réalité le prénom usuel d’Emile d’après sa petite-fille. J’ai trouvé sa photo sur Généanet. Il a les yeux clairs de son père. Il a un regard triste et doux. Il semble calme et résigné. Sa petite-fille disait de lui qu’il était « travailleur, brave et humble » et aussi « courageux et qui avait le sens du devoir ». Il n’a pas vécu très longtemps car il est mort le 3 mars 1954 à Teavaro, sur l’île de Moorea. Il n’avait pas encore tout à fait quarante ans.
Henri Charles Emile MOISE a vécu à Teavaro sur l'île de Moorea.
Toutes les généalogies vues sur Généanet le disent vivant avec Tautufeia TUMARIA qui avait treize ans de plus que lui et plusieurs enfants d’une première union. D’après les échanges que j’ai eus avec sa petite-fille, Emile aurait eu au moins deux filles et trois garçons dont deux aux yeux verts et un avec les yeux bleus comme ceux d’Ernest.
acte de naissance de Tautufeia TUMARIA, en français à gauche et en tahitien à droite (source Family Search)
D’après Généanet, les enfants d’Emile MOISE ne portent pas son nom mais celui du premier mari de leur mère. Néanmoins, Emile a semé des indices en appelant l’une de ses filles Henriette Cholita ou l’un de ses fils Dequite Charles. On retrouve dans le prénom de son fils le nom de famille DEQUIDT qu’il aurait pu porter si Ernest l’avait reconnu.
chemin sous les cocotiers dans l'île de Moorea
Je ne demande qu’à en savoir davantage sur nos cousins de Tahiti et de Moorea et cela me ferait très plaisir d’avoir de leurs nouvelles et de mieux connaître leur famille.
Ils peuvent m’écrire à [email protected]
Source : Revue française d’Histoire d’Outre-Mer N° 266 de l’année 1985 : https://www.persee.fr/doc/outre_0300-9513_1985_num_72_266_2452









