ALPHA (2018)
Avant de parler du film, il faut d’abord revenir sur la carrière des frangins Allen et Albert Hughes : réalisateurs des non moins cultes MENACE II SOCIETY (1993), FROM HELL (2001), et THE BOOK OF ELI (2009), on est curieux de regarder ALPHA, qui se déroule dans une Europe d’il y a 20 000 ans, en plein Paléolithique supérieur. Ces anciens clippeurs de Dr. Dre ont touché à plusieurs genres, et toujours avec un talent certain de la mise en scène, doublé d’un sens esthétique -le tournage de clips musicaux- évident: après le drame 90′s, l’horreur fantastique et le post-apo prophétique, ALPHA est un long-métrage “historique” d’aventure. Premier film solo d’Alber Hughes, ALPHA narre le chemin initiatique de Keda, jeune homme emmené par sa tribu pour chasser le massif bison des steppes: peu guerrier dans l’âme, l’adulescent va être laissé pour mort. A son réveil, il entreprend de rentrer chez lui, et va rencontrer durant son voyage un loup avec lequel il va entamer une relation de “domestication” qui tournera à la véritable histoire d’amitié. ALPHA, c’est avant tout des paysages, et des éléments naturels, sublimés par des angles de vue adéquats et une mise en scène soignée: un zoom très long de la nature sauvage survole steppes, lacs et forêts -cycles jour/nuit à l’appui- pour finalement se stopper à l’entrée d’une caverne où la tribu de Keda est réunie autour du feu. Un simple exemple des nombreux effets de style qui donnent à ALPHA un cachet visuel fort, faisant écho à cette quête désespérée à travers un monde où l’homme n’est qu’un animal parmi les autres: on note cependant qu’Albert Hughes ne cède pas au cliché, en nous montrant des personnages civilisés -tout le film est tourné dans un dialecte spécifique- qui ne vivent pas comme des “hommes des cavernes” rustres -on se tatoue la Grande Ourse sur la main pour retrouver son campement-. La tribu sait faire du feu, et s’organiser pour la chasse, ainsi que s’allier à d’autres pour survivre: mais le destin de Keda est tout autre, devant lutter contre le froid, la faune, la peur, livré à lui-même: véritable roman sur pellicule, ALPHA surprend, avec une classe rare, comme le prouvent ces plans de mammouths se découpant comme des ombres chinoises dans le crépuscule, ou encore cette caverne souterraine glacée magnifique dans laquelle se terre un énorme félin. Tissant avec brio une relation et une histoire puissantes, ALPHA twiste et reveal comme pas permis sur l’identité du loup accompagnant Keda dans son périple: un coup de poing bien placé à l’image du “mâle dominant”, une des thématiques du film. Intelligent, on peut être gêné par l’imagerie d’ALPHA, dans le sens ou ce presque sur-esthétisme accuse le CGI quasiment partout: à contrario, on se rassure en apprenant que le film a aussi été tourné en extérieur -Canada, Islande, etc- et n’est pas une oeuvre si “lisse” que ça. Keda part jeune ado, et revient en chasseur au grand coeur, avec ce qu’il faut de détails -les cheveux qui poussent, la moustache apparente- pour s’imaginer la difficulté et la longue durée de ce conte préhistorique stylé. Artistique et prenant, il est impossible pour moi de vous spoiler plus ALPHA: il vous faut le voir, car ça sera toujours un milliard de fois meilleur que l’atroce 10.000 BC (2008)! Un magnifique essai à la positivité et à l’émotion palpable.
PALEOWOLF /20