Je suis froid, me dis-tu, je suis sec et fermé, Mais comment voudrais-tu que je sois ? J’ai bravé le destin, ce n’est pas pour aimer, Ni forgé mon esprit pour la joie. Toi aussi, je t’ai vu et plus sombre et plus fier, Tu lisais dans les astres lointains Que les nuits à venir régneraient par le fer, Seraient froides, féroces, sans fin. Nous y sommes. Le monde est sauvage, et autour Plus un phare ne luit, plus un feu — Et celui qui vivait en aveugle et en sourd Devient fou tant le vide est affreux…
Alexandre Blok, 1916.













