Un nouvel article a été publié sur https://www.rollingstone.fr/france-reconnaissance-faciale/
Vers la reconnaissance faciale généralisée en France ?
Une nouvelle application visant à simplifier les démarches publiques scannera votre visage pour vous identifier. Une initiative contraire aux dernières lois européennes en vigueur
Un pot aux roses qui a failli passer inaperçu, mais relevé par i-D : commandée il y a quelques mois par le Ministère de l’Intérieur, une application de reconnaissance faciale du nom d’Alicem s’apprête à révolutionner les relations toujours un peu compliquées entre citoyens et administration. Pour le meilleur ? Pas si sûr…
Comme le stipule droit européen sur le règlement général de protection des données personnelles, « le consentement des gens doit toujours être explicite et libre » comme l’expliquait Martin Drago, juriste de la Quadrature du Net (association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet) au micro de France Culture. Or, l’application pointée du doigt servirait notamment à verrouiller l’accès à divers services en ligne, comme le paiement des impôts par exemple. De son côté, l’État justifie le procédé pour « assurer sa mission régalienne de certification de l’identité dans un monde digital complémentaire du monde physique« , définissant Alicem comme la « préfiguration d’un service plus large d’identité numérique en cours de conception« . Une démarche dont on pourrait presque déceler la bonne volonté, si on ne se souvenait pas que la messagerie interne du Gouvernement fut hackée en avril dernier en… une heure – de quoi laisser songeur quant à la sécurité de telles données, et l’utilisation de nos visages sur les serveurs du service public.
Vers un fichage des visages ?
Pour l’État, Alicem servirait surtout à confirmer l’identité des citoyens : à l’image des technologies (privées) comme Face ID sur les derniers iPhone, Alicem scannerait votre visage sous plusieurs angles et avec plusieurs expressions, et validerait la ressemblance avec la photo présente sur votre carte d’identité ou votre passeport. Quid des potentiels changements de traits ? et surtout, où et dans quelle mesure seraient stockées les photos servant à l’identification ? Des questions dont l’État français aura encore à répondre d’ici la sortie de l’application, prévue autour de Noël, mais potentiellement disponible dès le mois de novembre.
Avec cette application, la France deviendrait le premier pays européen à généraliser la reconnaissance faciale pour une utilisation publique. En plus du recours devant le Conseil d’État lancé par la Quadrature du Net en juillet dernier, la CNIL (Commission national de l’informatique et des libertés de France) a mis en garde la France sur la mise en marche du projet.