La Renouée du Japon, une espèce exotique envahissante de plus en plus inquiétante.
Connue pour son élégance et sa vivacité, la Renouée du Japon peut-elle véritablement constituer un danger potentiel à la biodiversité ? La Renouée se trouve être l’une des espèces exotiques envahissantes les plus préoccupantes pour la biodiversité selon l’Union internationale pour la conservation de la nature.
Le chercheur et botaniste français Emmanuel Douillard nous explique que la Renouée du Japon est une des espèces exotiques envahissantes sur laquelle il travaille le plus. Il explique qu’elles « prennent la place des espèces locales et pour certaines, dégradent le milieu. C’est pour ça qu’elles représentent un danger » dit-il. Elle fait partie des 1 229 espèces non indigènes (qui se développe rapidement) présentes au Canada, soit 24% de l’ensemble des plantes du pays. Cependant 486 d’entre elles sont considérées comme plantes envahissantes, suffisamment inquiétantes pour la biodiversité (Agence canadienne d’inspection des aliments ACIA, 2008) .La Renouée du Japon se propage grâce à de minuscules fragments de tige qui, à leur tour, peuvent donner naissance à de nouveaux plants, comme quand toutes les graines d’un pissenlit s’éparpillent quand on souffle dessus (Jardin botanique de Montréal, 2010). Mais comment arrive-t-elle à se disperser ? Les fragments de cette plante sont souvent transportés par les humains, par exemple quand on la touche, ou par l’eau comme au sein des cours d’eau (CUDNR, 2008). En effet, même si l’impact écologique reste encore assez flou concernant la Renouée du Japon, les secteurs qui en sont infestés souffrent d’une biodiversité assez faible. Selon CABI, « une corrélation négative entre le nombre de plantes naturelles et la densité des Renouées sur les sites envahis a été démontrée » (CABI, 2006, p.6). Ils rajoutent aussi que la valeur de la biodiversité des secteurs infestés a été comparée à celle du béton (CABI, 2012a).
Monsieur Douillard ajoute que quand celle-ci est installée, elle se développe au détriment des autres. En effet, elle ne fait pas que prendre de la place, elle élimine aussi les autres car elle s’en sert pour se nourrir et prend tous les nutriments dont toutes les plantes autour d’elle ont besoin, ce qui les rend plus faibles. Son développement dans notre milieu est dû au fait qu’elle ne rencontre pas de prédateur qui habituellement régule sa densité. Elle peut donc s’étendre autant qu’elle le veut, personne ne viendra la déloger.
De nombreuses structures telles que la Fondation de la faune du Québec, ou encore les Parcs naturels régionaux de France - qui s’occupent, entre autres des sites Natura 2000 (directive européenne pour la préservation de la biodiversité) -, avec lesquelles travaille notre expert, mènent différents projets comme celui d’Emmanuel et son équipe, ayant pour but de localiser, cartographier et répertorier ces espèces nuisibles pour permettre aux communes d’agir à leur tour. Mais est-ce vraiment possible de supprimer toutes ces espèces qui détériorent notre biodiversité ? Selon notre chercheur, c’est quasiment impossible, pour lui « dans les îles ça pourrait être faisable, mais sur les terres non. Si un pays ou une région commence à supprimer une espèce, mais que leurs voisins ne le font pas, la contamination continuera. Et même si cette vision utopique était possible, avec les migrations et autres, c’est impossible » (E. Douillard, communication personnelle, 2021).
Photographie de la Renouée du Japon fleuries. Source : Site internet de la ville de Mont Tremblant
https://www.villedemont-tremblant.qc.ca/fr/citoyens/ma-propriete/plantes-envahissantes
Photographie d’un plant de Renouée du Japon poussant sur une route. Source : Site internet du Groupe Ferti
https://groupeferti.com/conseil-d-experts/la-renouee-du-japon-une-peste-vegetale/
Bibliographie :
ACIA (2008). Plantes exotiques envahissantes au Canada – Rapport Sommaire. In Gouvernement du Canada. https://publications.gc.ca/collections/collection_2008/inspection/A104-64-2008F.pdf
Cléroux J. (2013), Plantes exotiques envahissantes au québec : la renouée du japon au parc de la chute-montmorency, Maîtrise en environnement université de sherbrooke.
https://www.usherbrooke.ca/environnement/fileadmin/sites/environnement/documents/Essais_2013/Cleroux_J__2013-02-19_.pdf
Douillard E. (2021), Conversation personnelle téléphonique, Interview. Fondation de la faune du Québec (2021), Programme pour la lutte contre les plantes exotiques envahissante.
https://fondationdelafaune.qc.ca/programmes-daide-financiere/programme-pour-la-lutte-contre-les-plantes-exotiques-envahissantes/ Jardin botanique de Montréal (2010). La renouée du Japon : véritable peste végétale. In Ville de Montréal. Carnet horticole et botanique du Jardin botanique de Montréal. http://www2.ville.montreal.qc.ca/jardin/info_verte/fiches/renouee_japon.htm
Martin S (2014). Impacte des espèces exotiques envahissantes sur la biodiversité en milieux urbain Québécois : Le cas de l’Argile du frêne. https://www.usherbrooke.ca/environnement/fileadmin/sites/environnement/documents/Essais_2014/Martin_S__2014-11-12_.pdf
Régis T. et al. (2011), De l'origine du succès de la Renouée du Japon, Département de Biologie, Université de Lyon.
http://biologie.ens-lyon.fr/ressources/Biodiversite/Documents/la-plante-du-mois/De-l-origine-du-succes-de-la-renouee-du-japon












