Calendrier de l’avin 2017 - Jour 19
On entame la dernière ligne droite avec Vincent, qui — une fois n’est pas coutume — n’est pas exactement un fou de bulles, mais qui joue le jeu du calendrier (en arrivant bien sûr, c’est de bonne guerre) à parler d’un vin tranquille en bonus ! L’exception confirme toujours bien la règle.
par Vincent Chevrier - Vinexplore.com
Quand on m’a proposé cette chronique dans le calendrier de l’Avin, j’étais tout heureux car je prévoyais d’y disserter sur des vins confidentiels issus de cépages rares – mon jardin secret d’amateur.
Mais cette année, mon projet a fait pschitt : il faut aussi parler de bulles ! Or, je l’avoue : c’est loin d’être mon fort, pour des raisons physiologiques navrantes liée à l’impossibilité mécanique d’expectorer le gaz excédentaire ingéré concomitamment au divin breuvage. Cette déficience physique justifie notamment ma prévention à l’encontre de la bière ou du cidre – et sans doute par effet boomerang, mon amour du vin tranquille.
En amoureux des vins du Sud, dont les magnifiques terroirs fournissent un contingent significatif d’expérimentateurs reclassant leurs cuvées en Vin de France pour cause d’atypisme marqué, je ferai néanmoins volontiers la pub de quelques découvertes gazeuses alternatives. Par exemple la cuvée nature Belzébrut 100% Colombard du Domaine La Sorga, qui envoie directement son auteur et son dégustateur au troisième niveau de l’Enfer de Dante.
Ou encore le Mauzac nature en méthode traditionnelle du Domaine Plageoles (du côté non de Guermantes, mais de Gaillac).
Ou même l’explosif Somnan’Bulles de Fabien Jouves (laisser reposer 24 heures avant ouverture - prévoir le gilet pare-balles au débouchage).
Mais mon propos est surtout de chanter la diversité et la surprise. A quoi servirait donc le vin s’il ne nous surprenait pas ? La vie vaudrait-elle d’être vécue si l’on buvait toujours la même chose ? Les aficionados suivant cette chronique trancheront assurément par la négative.
Et si l’on pousse le bouchon un peu plus loin, à quoi servirait-il de lire une chronique sur le vin effervescent si on avait la certitude de n’y lire que des propos convenus sur les breuvages à bulles ?
Alors je hijacke moi-même ma propre chronique pour chanter un vin absolument non pétillant (et heureusement !) du Domaine Henry, à Saint Georges d’Orques : la fameuse cuvée Maihol. Ce vin extraordinaire est une reconstitution des crus que l’on pouvait déguster à Saint Georges d’Orques au… 18ème siècle, avant que le phyloxera ne ravage nos vignes. La qualité exceptionnelle de ce cru le faisait d’ailleurs à l’époque comparer à un Chambolle, et il était commandé jusqu’en Amérique. Preuve irréfutable qu’à l’époque, on y avait encore bon goût. Le Président Jefferson en était, dit-on, très friand. Cruelle collision entre l’Ancien et le Moderne…
Au nez, en bouche, c’est formidable : on est en terre inconnue ; surtout c’est très bon. On plane, ce qui donne d’ailleurs envie d’écouter la musique des enfants de Jefferson, plus proche de nous dans le temps (oui bon… OK : Jefferson Airplane). Dans l’assemblage, de l’Aspiran noir et gris, de l’Oeillade, du Rivarenc et quelques autres cépages sortis de l’oubli grâce à l’acharnement d’un vigneron d’exception qui a consacré 20 ans à ressusciter l’encépagement originel de son terroir sur une parcelle de son domaine.
Tout cela pour réinventer un très grand vin, d’un style presque bourguignon, une merveille à découvrir de toute urgence si vous en avez la chance. Et si vous avez encore plus de chance, vu la date de publication de cette chronique, ne ratez pas l’occasion d’en avoir sur votre table pour les fêtes, vos invités garderont un souvenir impérissable de cette dégustation « historique ».
En cette nouvelle année, souhaitons-nous tous mutuellement des découvertes de vins sublimes, aussi incroyables que cette cuvée Maihol du Domaine Henry, ces belles surprises qui font que la vie vaut vraiment d’être vécue, et qu’elle est encore meilleure quand on les partage avec ses amis.
Et tout cela vaut bien qu’on porte un premier toast (avec ou sans bulles !) en l’honneur de Jefferson, qui été un grand Président doublé d’un remarquable amateur de bons crus. Et bien sûr un second - accompagné d’un ban - pour François Henry, qui a tiré des limbes l’édile étasunien par ce vin qu’il chérissait. Cheers !
Vincent Chevrier est le fondateur et l'animateur de La WineTech, la coordination mondiale des startups du vin, qui fédère une soixantaine d'entreprises de toutes nationalités. En disponibilité de la fonction publique pour mener à bien ses projets personnels, il a créé en 2015 Vinexplore.com, le service leader de l'événementiel du vin en France (Grand prix de l'innovation de la Revue du Vin de France). Il a ensuite inventé Vinoteam.fr, le premier service web collaboratif permettant d'organiser facilement des achats groupés de vin.
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