THE NEVERENDING STORY (1984)
Retour sur un des longs-métrages gnan-gnan les plus surcôtés de tous les temps: on va faire court, le premier épisode de cette trilogie est culte pour bon nombre de raisons. Adaptant la première moitié du roman éponyme de Michael Ende, THE NEVERENDING STORY joue la carte de la fantasy douillette, malgré certains aspects ayant terrifié ses jeunes spectateurs -la faute à des effets spéciaux déjà datés pour son époque, et à un visuel “à l’ancienne” très seventies-: débarquant la même année que TERMINATOR, GREMLINS, GHOSTBUSTERS ou encore A NIGHTMARE ON ELM STREET, on a encore aujourd’hui du mal à comprendre pourquoi le film a fonctionné, ses grotesques SFX étant plus que risibles et entravant l’immersion. Maladroit, THE NEVERENDING STORY souffre de sa réputation exagérée: certes la scène des marais avec Artax est triste, mais perd toute sa valeur à cause de son ressassement énervant qui dure depuis 33 ans; certes, l’univers du monde de Fantasia est intéressant, mais gâché par des maquillages ignobles et un survol de son bestiaire et de sa population; certes, la morale de l’amour du livre et de la puissance de l’imaginaire est louable, mais crispante de par sa narration et sa mise en scène bancale. C’est ringard et kitsch, osons enfin le dire! Sorti trop tard, THE NEVERENDING STORY radote, tout comme LABYRINTH (1986), tout deux étant coincés entre deux époques: non pas que l’intérêt soit quelconque, mais le constat visuel est si affligeant que la simple transition au format blu-ray ne suffit pas, accentuant tous les défauts et en en dévoilant d’autres. Le mastering et l’encodage de THE NEVERENDING STORY sont ignobles, à commencer par une image non stable: imaginez un long-métrage tout en shakycam, rendant chaque plan fixe insupportable à regarder, doublé d’un son inégal oscillant entre le mono et le stéréo… Non seulement le film a besoin d’une remasterisation complète (si ce n’est d’un remake), mais aussi d’une objective reconsidération: THE NEVERENDING STORY à très mal vieilli, lui qui était déjà la cible de certains cinéphiles à sa sortie: on appuie là où ça fait mal et on insiste encore sur le fait que la crédibilité de ce que l’on voit nécessite un rendu “réaliste”, d’autant plus si c’est un film fantastique. Notons également quelques éléments mal foutus, à commencer par le traitement du personnage d’Atreyu, toujours obligé de hurler à chaque interaction car irrité de la situation: on le comprend, ce pauvre gamin à qui l’on confie la lourde tâche de sauver un royaume -et qu’on force à déposer les armes avant d’entamer sa quête, ce SANS AUCUNE RAISON-. Quant à Bastien, le jeune protagoniste en étroite relation avec le pays imaginaire de Fantasia, ne mérite-t-il pas d’être bizuté par les autres gosses de sa classe, lui qui est incapable de remercier son père quand ce dernier l'aide pour un pot de confiture qu’il galère à ouvrir depuis cinq minutes, et qui sèche le cours au moindre contrôle de maths? La thématique de la mère décédée ne suffit pas. Tout ça pour conclure sur une leçon improbable -le rêve débarquant dans la réalité pour remédier aux vrais problèmes, ou pire, l’inutile souffrance d’Atreyu et des siens à chaque lecture du bouquin-, alors qu’on nous vendait une fable aux attachantes apparences… Revoir THE NEVERENDING STORY, c’est comme retomber sur ses premiers dessins: ça rappelle des souvenirs, mais qu’est-ce que c’est MOCHE putain, on ne voit que ça! Pas d’excuses pour ce film à la storyline valable mais à la vision d’épouvante, véritable outrage pour nos rétines: THE NEVERENDING STORY a peut-être été cool, mais ne l’est plus du tout, tombant en ruines tout comme le royaume de Fantasia dont il raconte le destin. Le Cinéma, c’est tout d’abord l’image, une histoire pourrie pouvant être rattrapée par son esthétique, redorant un simple blason. Hélas pour lui, THE NEVERENDING STORY a trop pris la poussière pour se donner l’air vivant, et ce malgré le capital nostalgie faisant battre le cœur de ses défenseurs. Cette review peut paraître trop axée sur les lacunes techniques de ce long-métrage, mais l’agression optique est telle qu’elle freine tout accès à son contenu, décidément trop has-been -bien qu’icônique dans une certaine mesure- pour en tirer une quelconque qualité sur le long terme. On finira par choisir le camp de Gmork, obscur serviteur du Néant, destiné à engloutir ce Fantasia aux belles promesses, qui aurait du réussir sa tâche plutôt que de se faire avoir, comme nous.
TOO OLD, TOO COLD /20