Forum Européen de Bioéthique Édition 2012, “Procréation, la famille en chantier”
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Forum Européen de Bioéthique Édition 2012, “Procréation, la famille en chantier”
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Pour l’agence Ligne à Suivre, Strasbourg
Depuis avril 2015, CRISPR agite le milieu scientifique. Ce nouvel outil qui permet d’ « éditer le génome » ouvre la voie à de nouveaux traitements de thérapie génique, mais aussi au transhumanisme. Réunis à l’occasion de plusieurs sommets depuis 2015, des experts internationaux ont publié le 14 février dernier un rapport bien plus laxiste que prévu. Jacques Suaudeau décrypte ce rapport pour Gènéthique.
*A cette occasion, Gènéthique publie une infographie expliquant les enjeux de cette technique appliquée au génome humain. Elle est disponible en suivant ce lien.
Le document préparé par les National Academies Press sur le « genome editing », intitulé « Human genome editing : Science, Ethics and Governance » et rendu public le 14 février 2017, est bien plus ouvert aux promesses du CRISPR-Cas9 chez l’homme que ne l’avait été la déclaration produite par le sommet international de Washington en décembre 2015.
Le comité organisateur du sommet en 2015 avait en effet déclaré « qu’il seraitirresponsable de procéder dans quelque usage clinique que ce soit à des modifications ciblées du génome portant sur la lignée germinale sauf si et jusqu’à :
- ce que les questions relevant de sécurité et d’efficacité aient été résolues, basées sur une compréhension appropriée et une balance des risques, des bénéfices potentiels et des méthodes alternatives, et
- ce qu’il y ait un large consensus dans la société sur le caractère approprié de l’application proposée. De plus toute utilisation clinique devrait procéder seulement sous un contrôle régulateur approprié. [...] Cependant, avec les progrès dans les connaissances scientifiques et l’évolution des vues de la société, l’utilisation clinique des modifications ciblées de génome portant sur la lignée germinale devrait être reconsidérée de façon régulière ».
Ainsi, sans condamner formellement l’application du genome editing à la lignée germinale humaine pour l’éradication des maladies génétiques héréditaires ou pour améliorer les capacités humaines (« enhancing ») la déclaration finale du sommet la déconseillait fortement dans l’état actuel des choses, à cause des risques inhérents à la technique.
Moins d’un an et demi plus tard, le rapport de février 2017 déclare que la recherche sur le « human genome editing » est nécessaire pour des raisons « médicales et scientifiques »[1]. Cette recherche doit d’abord viser le traitement et la prévention des maladies et incapacités, soit en premier lieu la thérapie génique somatique de certaines maladies héréditaires. Elle est soumise à la juridiction du FDA (Food and Drug Administration) aux Etats-Unis. Les comités d’éthique des diverses institutions impliquées dans cette recherche veilleront à ce que les essais minimisent les risques et « procurent des bénéfices appréciables ». Les modifications du génome humain par les techniques de « genome editing » visant à une thérapie devront se conformer aux régulations établies pour la thérapie génique somatique.
Concernant les modifications du génome humain pouvant être transmises héréditairement (germline genome editing) le document est plus circonspect mais admet que des essais cliniques d’une telle « thérapie germinale » puissent être conduits, surveillés par un « solide cadre régulateur ». Ce serait le RAC (Recombinant DNA Advisory Committee) qui aurait la responsabilité d’autoriser ces essais cliniques.
Sans se prononcer sur les délais nécessaires avant de débuter de tels essais, le rapport définit un certain nombre de conditions préalables pour obtenir une autorisation. En particulier l’absence d’alternatives, l’objectif de prévenir une maladie grave, la modification de gènes dont le rôle dans la pathologie est bien renseigné, l’introduction de versions de ces gènes « associées à un état normal », et la mise en place de plans de surveillance multigénérationnelle.
Par ailleurs, le document sépare nettement les modifications ciblées du génome pour le traitement et la prévention de maladies, des interventions pour l’« amélioration » (« enhancement »)[2], tout en admettant qu’il n’y a pas de consensus sur la définition de cette frontière, qui est assez floue. Le document n’interdit pas de telles améliorations, mais recommande qu’elles soient soumises au préalable à une discussion publique, qui devra en particulier « considérer l’introduction d’inégalités sociales par ces techniques d’amélioration ». Si les experts ne parlent pour l’heure que d’essais cliniques thérapeutiques, il ne s’agit là que d’une recommandation temporaire. Au vu du changement de position de ces experts en un an, on peut craindre le pire.
En d’autres termes, le document n’interdit rien, mais appelle à une certaine vigilance vis-à-vis des modifications du génome humain par genome editing. Il confie au FDA et au RAC le soin de superviser les essais cliniques touchant la lignée germinale, et il recommande un simple débat public avant que de passer à des essais cliniques pour « amélioration génétique ».
La journaliste Sara Reardon publie un commentaire de ce rapport dans Nature News au titre percutant : « US science advisers outline path to genetically modified babies ». C’est-à-dire « ce contre quoi s’étaient élevés scientifiques et éthiciens il y a un an est maintenant tranquillement accepté par les Académies américaines ». Sara Reardon appelle cela « managing the inevitable », ou « capituler avant la bataille ». Elle ajoute que pour ceux qui s’opposent à toute manipulation de la lignée germinale humaine le document est un « set back », un recul éthique, « désappointant », et qu’il révèle la « duplicité » des auteurs.
Note Gènéthique:
CRISPR-cas 9, d’un simple système bactérien à des enjeux éthiques complexes
L’avant CRISPR-cas 9 : les premiers pas de l’édition du génome
[1] p.142
[2] p.147
#Note_VITA
Ecriture de l’ADN #GénomeHumain
& moratoire sur la technique du #CRISPR-Cas9
Je signe la pétition https://t.co/uF7YHOuf7C et je demande à mon pays de s'engager pour un moratoire international ! pic.twitter.com/rELyFQK0YS
— Alliance VITA (@allianceVITA)
24 mai 2016
#Note_VITA Une nouvelle ère : « l’écriture de l’ADN » >> https://t.co/HWls3uTHuh#GénomeHumain #ADN pic.twitter.com/4raWk4ffj2
— Alliance VITA (@allianceVITA)
3 juin 2016
La parthénogenèse permet-elle d'obtenir un "embryon humain" http://t.co/PObJ0TUHhd #parthenogenese #bioéthique
— Albert Barrois ن (@barroisal)
22 Décembre 2014
Suite à la décision récente de la CJUE et à de nombreuses réactions pas toujours éclairées, voici ma contribution au débat
La parthénogenèse, du grec « naissance virginale », est un processus de reproduction asexuée par lequel un ovule donne un individu entier, sans fécondation par un spermatozoïde. Elle existe chez différentes espèces d’invertébrés, notamment chez des vers ronds, les pucerons, chez des plantes, et très rarement chez certains vertébrés. Mais elle n’a jamais permis d’obtenir un individu vivant chez les mammifères (Kharche and Birade, Advances in Bioscience and Biotechnology, 4, 170) contrairement à ce que laisse entendre de façon un peu confuse l’article anglais de Wikipedia : l’obtention de souris par parthénogenèse n’a été possible qu’après des modifications génétiques en deux endroits du génome.
L’impossibilité d’obtenir des individus viables par parthénogenèse chez les mammifères s’explique essentiellement par la reprogrammation épigénétique qui s’opère pendant la préparation des cellules sexuelles et après la fécondation, reprogrammation qui est incomplète dans la parthénogenèse provoquée de façon artificielle chez les mammifères, par des mécanismes chimiques, mécaniques ou électriques. De plus les cellules obtenues peuvent n’être qu’haploïdes (une seule copie de chaque gène) ou diploïdes mais elles représentent alors un clone exact de l’ovule. En résumé, dans tous les cas la cellule activée artificiellement est très différente d’un zygote obtenu par fécondation, que celle-ci soit naturelle, réalisée in vitro, ou par « clonage thérapeutique » (transfert d’un noyau somatique dans un ovule).
Ces explication techniques sont nécessaires pour tenter de répondre à la question posée à la Cour de Justice de l’Union européenne, qui était de savoir si on pourrait breveter des produits issus de cette technique. La CJUE a déjà statué de façon définitive qu’on ne pourrait breveter ni des cellules ni des tissus ni rien ce qui serait dérivé d’un embryon humain. Toute la question est de savoir si la parthénogenèse produit un « embryon humain » ou pas. Il y a déjà eu de nombreuses réactions en tous sens, mais fort peu permettant de répondre à cette question.
Cellule pluripotente ou totipotente ?
En effet l’impossibilité d’obtenir un individu ou un fœtus, ou même un « embryon » capable de se développer au delà de quelques jours, démontre que la question n’est pas si facile à trancher. On pourrait la rapprocher de la reprogrammation artificielle réalisée pour obtenir des cellules souches iPS (« induced pluripotent stem cells ») qui ne permettent pas d’obtenir un zygote, qui est une cellule totipotente, mais seulement des cellules pluripotentes. Un autre rapprochement peut être fait : les deux techniques permettent d’obtenir des individus viables lors du test dit de « complémentation d’embryon tétraploïde », preuve que ce sont des cellules pluripotentes mais non totipotentes ; elles sont notamment incapables de donner naissance aux tissus extra-embryonnaires comme le placenta. La parthénogenèse est donc une technique permettant d’obtenir de façon artificielle une cellule capable de mimer le développement embryonnaire, mais il est permis de se demander si cette cellule est un zygote au sens propre du mot, et si ce zygote donne un véritable embryon. En ce qui me concerne, je ne peux à ce jour proposer une réponse définitive mais penche pour la négative : je ne pense pas que la parthénogenèse donne naissance à un embryon humain.
Limitations techniques à l'utilisation de la parthénogenèse chez l'homme
Quoiqu’il en soit cette méthode d’obtention de cellules souches pluripotentes humaines me laisse perplexe ; par définition on ne pourra avoir que des cellules femelles (ou féminines chez l’homme), le chromosome Y étant par définition exclu d’un ovule. De plus, il est déjà difficile d’avoir des ovules pour les FIV, et encore plus de trouver des femmes acceptant de mettre leur santé en péril pour la recherche permettant de faire du clonage « thérapeutique ». Alors si vous expliquez qu’avec ces ovules, vous allez fabriquer des cellules pluripotentes de façon totalement artificielle, cela parait franchement déraisonnable. À ce compte là autant fabriquer des cellules iPS qui elles au moins seront obtenues très facilement et de façon totalement indolore et sans danger ; et qui pourront comporter un chromosome Y si les cellules adultes sont prélevées chez un homme.
En conclusion, même si je pense que la parthénogenèse ne donne pas naissance à un embryon humain au sens propre, l’exploitation de cette technique aujourd’hui me paraît totalement hors de propos…
Le gouvernement britannique vient d'édicter les règles destinées à encadrer la pratique de la FIV à trois parents (lien vers le document officiel). Le projet de loi devrait être discuté au Parlement avant les élections de mai 2015.
Ces techniques de fabrication d'embryons humains pose des questions éthiques et morales, telles que le statut des femmes donneuses (dons gratuits ou rémunérés, anonymat du don...etc), les droits éventuels de ces femmes sur l'enfant à naître (Cf. Synthèse Gènéthique du 1er juillet 2013). Sur ces points le gouvernement britannique a tranché n'accordant aucun droit sur l'enfant à naître, lequel n'aura pas d'information sur la donneuse.
Par ailleurs, comme l'avait exprimé le Dr Jean-Paul Bonnefont, chercheur à l'Inserm (Hôpital Necker-Enfants), "il n'est pas impossible que la triple origine parentale des ADN puisse avoir des conséquences sur les interactions entre noyau et mitochondries" (Cf. Synthèse Gènéthique du 6 juin 2014).
Enfin, il existe des risques en terme de santé pour l'enfant étant donné que ce procédé implique des manipulations de l'embryon "qui vont bien plus loin que ce qui se fait actuellement [...]. Il franchit la ligne éthique cruciale, acceptée par les gouvernements du monde entier, selon laquelle nous ne devrions pas modifier génétiquement des êtres humains", comme l'avait souligné David King, directeur de Human Genetics Alert, organisation spécialisée dans les questions génétiques (Cf. Synthèse Gènéthique du 1er juillet 2013).
Source:
Blog de Jean-Yves Nau 17/12/2014 - Top Santé (Catherine Cordonnier) 18/12/2014 - Gènéthique
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Sante le figaro
Un débat éthique est lancé en Grande-Bretagne sur la création d'embryons à partir de trois personnes, pour éviter la transmission de maladies graves.
«Trois personnes, un bébé»: les titres dans les médias britanniques avaient lundi un goût de science-fiction. Londres vient de lancer une consultation nationale pour sonder l'opinion sur une thérapie génique qui permettrait à des couples dont la mère risque de transmettre une maladie mitochondriale grave, à l'origine de troubles musculaires ou de problèmes cardiaques, d'avoir un bébé sain. Or cette technique aboutit à la fécondation in vitro d'un embryon présentant un patrimoine génétique issu de trois personnes différentes - le père, la mère et une donneuse d'ovocyte nécessaire pour éliminer le risque de transmission des gènes défaillants. Ce triple héritage serait une première chez l'homme.
La technique mise en œuvre n'est pas nouvelle mais elle n'était appliquée jusqu'à présent qu'aux animaux. Elle consiste à «fabriquer» un ovocyte sain en transférant le noyau de l'ovocyte de la mère (où sont réunis les chromosomes, siège du patrimoine génétique) dans l'ovocyte sain de la donneuse, préalablement vidé de son noyau. Les chromosomes de la mère acquièrent ainsi une nouvelle enveloppe, le cytoplasme, doté des mitochondries saines. Or ces mitochondries contiennent elles-mêmes de l'ADN: c'est ainsi qu'une petite partie du patrimoine génétique de la donneuse se transmet à l'enfant.
Une autre variante consiste à procéder de la même manière, mais avec deux embryons juste après fécondation.
Des risques inconnus
Cette technique de transfert reste expérimentale et par conséquent pleine d'incertitudes, rappelle le Pr Royère, directeur procréation, génétique et embryologie humaines à l'Agence de la biomédecine en France. «Le risque est que la manipulation induise chez l'embryon de nouvelles pathologies ou anomalies, alors qu'on cherchait au contraire à obtenir un bébé sain. La technique s'apparente en effet au transfert de noyau réalisé lors du clonage d'animaux domestiques - même s'il ne s'agit pas ici d'un clonage, évidemment. Toutefois, ces précédents sur les animaux ont montré qu'il était impossible de prévoir les aléas induits par cette manipulation sur l'ovocyte. On ne connaît pas les conséquences sur la santé future d'un enfant.»
En revanche, il n'est pas à craindre que l'enfant présente une ressemblance morphologique avec la donneuse. «L'ADN des mitochondries sert essentiellement à la synthèse de protéines impliquées dans la production d'énergie», rappelle Vincent Galy, chercheur spécialiste des mitochondries au CNRS.
D'autres méthodes disponibles
Au Royaume-Uni, la méthode n'est pour l'instant autorisée qu'en laboratoire, à des fins de recherche. Même en cas de feu vert des autorités - la consultation du public prendra fin le 7 décembre, avant présentation éventuelle d'un projet de loi au printemps -, la finalisation de la technique par les chercheurs ne devrait pas aboutir à l'implantation d'embryons ainsi modifiés avant au moins trois à cinq ans.
«Il s'agit ici de modifier génétiquement un ovule: on entre en territoire inconnu», a commenté le Pr Lisa Jardine, présidente de la Human Fertilisation and Embryology Authority, à l'initiative de la consultation. Outre l'innocuité de la méthode, d'autres questions éthiques vont être abordées: que dire aux enfants nés de cette manière? Comment les parents vont-ils gérer la situation émotionnellement? Quel statut devra être accordé à la donneuse?
En France, le débat n'est pas à l'ordre du jour, assurent les experts. «La question qui se pose ici, c'est comment répond-on au désir légitime d'enfant d'un couple qui pourrait transmettre une maladie génétique rare?, explique le Pr Samir Hamamah, chef du service de biologie de la reproduction au CHU de Montpellier. À l'heure actuelle, en France, nous disposons d'autres techniques efficaces et beaucoup plus sûres: le don d'ovocyte, qui sera fécondé par le père, ou le diagnostic pré-implantatoire qui permet d'identifier la pathologie au tout début du développement de l'embryon et donc de n'implanter que les sains.»