Le Poème Harmonique - Je Meurs Sans Mourir
Alpha Productions
2004

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Le Poème Harmonique - Je Meurs Sans Mourir
Alpha Productions
2004
from Antoine Boësset's Frescos ayres del prado, air - slowed x6
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musique ___
L'air italien en France au temps de Louis XIII
___ Musica Ficta, MF8014PR, 2012
L’ensemble des musiciens Il Festino autour de Manuel de Grange interprète des airs composés à la Cour de Louis XIII sur des textes italiens et espagnols, ponctués d’une Canzona instrumentale de Girolamo Frescobaldi, organiste à Rome, d’une pièce, Canarios, aux cordes pincées, de Gaspar Sanz, guitariste à Madrid après avoir vécu un temps à Naples et d’une Entrée, de Robert Ballart, éditeur à Paris.
Si la connaissance de l’Italie et de l’Espagne faisait partie de la culture des Gens de Cour en cette première moitié du XVIIè siècle, de la langue, du langage musical, des répertoires de la chanson populaire aussi bien que de la musique savante, ces pièces vocales de trois compositeurs français appartiennent spécifiquement au corpus de la musique française, aux airs de cour. La Renaissance humaniste avait été un terrain pour les musiciens et les poètes érudits et l’époque d’une polyphonie savante et d’une poésie raffinée en Italie, en France et en territoire flamand. Cependant, la France et l’Italie ne feront pas ensuite les mêmes choix pour l’alliance de la musique et de la poésie dans la musique vocale : l’air de cour français a choisi la chanson avec ses couplets et refrains et une polyphonie relativement codifiée, tandis qu’en Italie peu à peu la musique vocale s’est tournée vers la seconda prattica, une monodie expressive accompagnée d’une polyphonie développée dans l’improvisation sur une notation chiffrée aux instruments du continuo. Et pourtant circulaient des trouvailles, des modes, des mélodies et chansons de l’un à l’autre côté des Alpes, et puis en ce début de siècle depuis l’Espagne.
Antoine Boesset, Etienne Moulinié et Gabriel Bataille ont composé ces airs de cour sur des textes de poésies en italien ou en espagnol. C’est à un véritable parcours que l’auditeur est invité à l’écoute de la suite des pièces jouées. Le métissage culturel est de l’ordre de la rencontre, comme le choix des textes poétiques le montrent, mais s’il y a eu emprunt de mélodies, de tournures musicales d’un pays à l’autre, l’air de cour français s’est orienté vers une certaine légèreté en préférence au drame, vers une mélodie plus simple, plus facile à retenir comme dans la chanson, plutôt que sur une monodie qui suit le mot et le sens du texte avec toutes les émotions qui la motivent, et garde pour les airs plus proches de la danse un rythme plus retenu et ne va pas vers une danse enlevée et qui tourne. Pourtant, la musique de ces Airs montre que ces compositeurs connaissaient bien les procédés d’écriture italienne et espagnole; mais il s’agissait toujours de préserver à la manière française douceur et grâce, comme on peut le remarquer dans les pièces de Boesset toujours accompagnées au luth, et non par les accords battus de la guitare. L’Italie et l’Espagne séduisaient mais si à la Cour du Royaume de France étaient bienvenus les couleurs et le mouvement, c’était cependant sans perdre la raison !
Une voix saisit l’attention aux premiers mots chantés, la voix de Dagmar Saskova, par la clarté et la vivacité qui l’animent, avec une précision et une pertinence de l’expression qui lui permettent des pointes d’espièglerie sans jamais quitter l’élégance et la délicatesse requises dans un tel répertoire. Dans quelques airs en duo lui répond la voix de ténor du gambiste Francisco Javier Manalich, avec un timbre léger et coloré, légèrement voilé et un peu mat, un peu comme sonne le bois, et ainsi, avec la transparence et le cristal de la voix de soprano forme un alliage de couleurs et de matières en relief. Le tableau est composé aussi avec les instruments à cordes qui participent à la réalisation d’un tel paysage sonore, pas seulement en fond, en continuo, mais partenaires à part entière dans le jeu polyphonique. Les instrumentistes tiennent leur rôle avec finesse et même raffinement, et l’élégance dont ils font preuve est l’expression d’une distinction galante qui est de mise dans ce contexte historique à la Cour de Louis XIII. Mais que ce soit le luth, la guitare baroque, la harpe triple, à cordes pincées, ou les deux violes de gambe, les instruments dessinent chaque pièce et ses lignes avec un rythme et des couleurs d’Italie et d’Espagne en filigrane, comme dans un récit à un retour de voyage.
Après l’air le plus ancien de l’ensemble, Credi tu per fuggire - édité entre 1608 et 1626 – pour lequel le livret souligne une proche parenté italienne, est proposée une pièce instrumentale de l’organiste de St Pierre, à Rome. De Frescobaldi, la viole de gambe, prolixe et dynamique, de Ronald Martin Alonso, joue une Canzona per basso solo detta la Superba sur une vive mélodie d’une chanson à la française. L’inventivité sans limite donne à entendre des lignes qui se renouvellent constamment, avec élan et poésie. Au sein des parties, la mélodie est reprise avec un jeu sur des rythmes différents, binaires ou ternaires, et la sensibilité affleure constamment avec générosité, avec une grande liberté comme le suscite la musique italienne. Suit l‘air de Moulinié, Dove ne vai, crudele, l’air le plus proche du recitar cantando italien, comme marqué par le passage de Caccini à Paris. Avec Canarios de Gaspar Sanz, la guitare de Manuel de Grange et le jeu en accords battus pour une danse invitent à un court moment en Espagne, avant un air de Moulinié à la mode espagnole, Orilla del claro Tajo. Puis l’Entrée de Robert Ballart nous ouvre les Salons de la Cour, avec l’air français l’Anemone fastosa, de Boesset, mais le voyage ne se termine pas là et mène à nouveau vers l’Espagne, le royaume de la guitare, avant de clore ce concert par cet autre air de Moulinié, accompagné au luth, Seguir più non voglio, une fort belle mélodie, mélancolique et gracieuse.
Si les Goûts Réunis auxquels se voue François Couperin ne sont pas encore de ce siècle, Il Festino invite l’auditeur à tendre une oreille attentive aux échanges culturels entre ces trois pays, conséquents à l’histoire politique et à la création artistique, mais surtout propose cette suite de pièces dans une interprétation de souplesse et de charme, avec justesse et une infinie sensibilité à chaque instant.
Thérèse Bécue
https://www.youtube.com/watch?v=Qw2mryaalA4
Basse de viole – François Danger, Rouen, 2006 d’après NicolasBertrand (17èmeSiècle).
Basse de viole – Marcelo Ardizzone, Paris, 2011 d’après Michel Colichon (Paris,1683).
Harpetriple “Nuvolone” Rainer M.Thurau, Wiesbaden, 2011.
Théorbe Maurice Ottiger, Les Paccots, 1995 d’après Magno Tieffenbrucker.
Guitare baroque StephenMurphy, Mollans sur Ouvèze, 2004 d’après Stradivarius.
Luth Maurice Ottiger, Les Paccots, 2005
http://www.ensembleilfestino.com/sons.html
ILFESTINO
Dagmar Saskova, soprano
Francisco Javier Mañalich, ténor & viole de gambe
Ronald Martin Alonso, viole de gambe
Hannelore Devaere, harpe
Manuel de Grange, luth, guitare & direction
http://player.qobuz.com/#!/album/5410939801428
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