Marseille, Quai des Belges, Vieux-Port. Sous l'Ombrière a poussé une prairie de plastique argenté. Au moindre souffle, tout frémit dans un bruissement apaisant au milieu du vacarme urbain...
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Marseille, Quai des Belges, Vieux-Port. Sous l'Ombrière a poussé une prairie de plastique argenté. Au moindre souffle, tout frémit dans un bruissement apaisant au milieu du vacarme urbain...
Bruissement
La cigarette s'éteint
Le deuxième verre est coulé.
Dans le cadran de l'horloge,
l'heure trotte avec ses ailes.
Minutes lentes
Elles flottent au loin.
Alors ma cacophonie intérieure se transforme en un bruissement subtil
presque dans le silence.
C'est ainsi que je vous parle.
Nous seuls comprenons ce qui se cache réellement derrière ce silence.
Mon amour, tes doigts sentent la fumée.
Mon amour, ta peau sent la cendre.
Nous avons brûlé il y a de nombreuses années, seuls ces vers sont restés,
griffonnés avec des clés sur une table en bois.
Les-portes-du-sud
Bruissement de pluie -
L abri de ma caravane
Encore plus douillet
- Mathilde Fauve
Entre les pages
Défi 30 jours pour écrire, sujet : bruissement/”Que dit l’étoile du matin au soleil qui se lève ?”
Un murmure se propage de page en page, un bruissement fugace, presque fantomatique. Une ombre sonore. Une illusion. Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ? Il n’y a pas de bruit dans une bibliothèque vide. Il n’y a que des livres ici. De la poussière. Et de l’attente.
L’attente des livres qui espèrent être lus et qui chuchotent entre eux, de page en page, leurs histoires et leurs secrets. Quel est le secret du chant de l’eau claire ? Que dit l’étoile du matin au soleil qui se lève ? Quelle est la question sur l’univers, la vie et le reste, dont la réponse est 42 ? Tout est caché ici, des secrets pressés noirs sur blanc, qui se tortillent pour s’échapper, pour être racontés, lus, transmis, courir de tête en tête et prendre un peu d’air frais.
En attendant, ils se chuchotent leurs mots les plus doux, les uns aux autres, dans les bruissements de pages.
Bruissement
C'est le bruissement de ses vêtements qui m'a réveillé. Une minute, peut-être moins, pendant laquelle il s'est rhabillé dans l'obscurité, aussi discrètement que possible. Une minute pendant laquelle j'ai hésité, en soupesant mes chances.
Et si je lui demandais de rester ? Il rirait, sans doute, de ce rire léger qui a descellé, une par une, au cours de la soirée, les pierres du mur que j'avais érigé en prévision de. (Je suis un piètre bâtisseur, je le reconnais. C'est pourquoi d'ordinaire j'évite les aventures d'un soir. Mais parfois, la solitude est trop forte.) Ou peut-être son rire se teinterait-il de mépris. Parce que je ne respecte pas les règles du jeu. Parce que je suis le seul à avoir perçu une connexion, une possibilité. Parce que je ne vaux pas la peine qu'on reste. Etais-je capable d'encaisser ça, son rire changé et les mots qui iraient avec ?
J'ai rationalisé ma lâcheté - pourquoi voudrais-je d'un homme qui s'éclipse à l'aube sans un mot ? - et j'ai fait semblant de dormir jusqu'à ce qu'il soit parti.
Et chaque nuit, les yeux grand ouverts dans le noir, j'essaie de ne pas entendre le bruissement, qui murmure à mon oreille comme un regret entêté.
(3/08/21)
Bruissement
L’odeur de l’herbe fraîche le surprit, il pensait en ce cloaque ne jamais plus éprouver la fraîcheur. Pourtant cette senteur était là, charriant avec elle la saison, le temps… les souvenirs d’avant la cage. D’avant la rouille,le silence et la vermine.
Sa geôle était de pierre, de métal et d’eau, elle mesurait vingt-six pas de circonférence.
Un des sept cercle de l’enfer lui avait dit quelque esprit moqueur en visite.
Un de ses compagnons d’infortune.
Quelque passager en transit dans cet enfer immobile.
Ils ne restaient jamais longtemps, se laissaient happer par le siphon central qui trônait au centre du cercle de pierre, mais qu’il fallait lutter pour atteindre.
Se déchirer les chairs sur les griffes qui hérissait la surface de l’eau croupie.
L’odeur lui parvint encore, il tenta se pister sa source du regard, observant en s’ombrant les iris de la main, la fente obscène qui prodiguait à l’envie quelques filets de lumière au milieu de la voûte de sa prison de granit.
Il ne vit rien qu’un brouillis laiteux.
L’odeur s’estompa mais avait laissé les germes d’un ciel bleu, des échos rieur des chants d’oiseaux, presque en couleur.
Presque.
Une sensation enfouie au delà le harassa tendrement.
Espoir était son nom.
Un bruissement bien connu vint soudain l’engourdir.
L’être vibrionna tout en face de lui, de l’autre côté du cloaque griffu.
Ses contours ne tarderaient pas à se fixer.
Le coeur du prisonnier crissa sur ses côtes, il en voulait déjà à l’intrus d’avoir perturbé l’instant qu’il venait de vivre.
L’odeur avait maintenant disparue, la puanteur de l’effroi ne tarderait pas à fleurir par les pores de la peau de l’être inconnu.
Nul n’avait jamais compris, pas même lui. Des heures, des mois, des années… il avait depuis longtemps cessé de compter, cesser d’avoir faim, froid ou soif, même le sommeil…
Seul l’abandon.
L’homme s’éveilla après fixation. Il s’agita, passa les bras sur son corps nu, tentant par là même d’arrêter d’avoir froid. Il héla les ténèbres, hurla à l’aide, recula devant le cercle d’eau tapissé d’épines rouillées…
La gorge meurtrie, il cessa bientôt de mugir son désespoir, glissa en tailleur contre les murs de pierre et s’abandonna au chagrin.
L’autre le mirait, voyait à travers lui, n’éprouvait nulle compassion, tant de revivre sa propre apparition lui coûtait. Pour pallier à l’ennui que lui causait cette visite impromptue, il commença à rogner son ongle de pouce entre ses incisives.
Le temps passa, il s’étira en baillant un soupir, révélant par là même sa présence.
Son vis-à-vis sursauta, l’interpella dans le noir... il daigna grogner et agita sa main pour indiquer sa présence.
L’intrus se redressa, l’invita à s’avancer près du cercle où clapotait l’eau vermineuse. Pour lui de mieux le voir. L’homme y consentit, il ne s’était pas levé depuis longtemps et puis, l’intrus avait suffisamment peur comme ça.
Des questions auxquels il n’avait pas de réponse suivirent, comme toujours, puis vinrent celles auxquelles il pouvait répondre.
Il y avait bien une sortie, oui, par le siphon central, qu’il pourrait distinguer en s’approchant du bord.
Ce qu’il fit.
Il demanda ensuite pourquoi, lui-même n’avait pas essayé de le rejoindre. Il désigna les griffes de métal des doigts et conclut en lui avouant qu’il s’était fait à cet endroit…
L’homme reprit alors le cours de ses interrogations. Mais il n’y avait plus rien à révéler.
Tout était dit.
Tout était là.
Alors l’homme se figea un instant, puis sans attendre se glissa dans l’eau croupie.
Il ne cria pas tout de suite, serrant les dents, l’oeil en furie, mais au bout de trois pas s’entamèrent ses complaintes. Il ne pouvait pas éviter le roncier de métal, pour rejoindre le siphon, il lui fallu faire don de son sang, de sa peau, de ses nerfs... Le prisonnier retourna s’asseoir contre le mur et ne lui accorda pas un regard tandis qu’il s’échinait à faire passer ses chairs meurtries au delà du goulot central.
Un hurlement bestial conclut son calvaire.
Puis le silence, impavide.
Quelque chose s’était passée avant que l’intrus ne s’en aille aussi vite qu’il était venu, se demanda le prisonnier.
Mais qu’était-ce donc ?