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Au final...
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 30 aoĂ»tÂ
Thème : bilan/écrire
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Peut-on être un écrivain quand on n’est pas en train d’écrire ?
Peut-être qu’écrivain est une étiquette trop lourde à porter. Comme quelque chose qui définirait notre identité toute entière. Alors que le crochet, par exemple, n’a rien d’aussi lourd. Parfois j’en fais, parfois je n’en fais pas, mais jamais je ne me suis posé la question de si je pouvais me définir comme crocheteuse.
Alors que écrivain, écrivaine, autrice, romancière… Ça, ce sont des titres qui réclament reflexion.
J’ai écrit des romans, des nouvelles, une pièce de théatre, un scénario de BD (jamais dessiné), une campagne de JDR, et un certain nombre de fanfictions. Et pendant des mois et des années, je n’ai rien écrit du tout.
Est-ce que j’ai gagnĂ© mon badge d’écrivain ? Si oui, quand ? Est-ce la quantitĂ© qui compte ? La qualité ? La reconnaissance des pairs ? L’édition officielle et professionnalisante ? Le plaisir des lecteurs ? Est-ce qu’il est vraiment indispensable d’avoir des lecteurs ou est-ce qu’il suffit d’écrire ? Et est-ce qu’on peut le perdre, ce badge d’écrivain ? Au bout de combien de temps ? Â
Je me souviens d’un temps où toutes ces questions étaient très importantes pour moi, parce que j’étais persuadée qu’elles avaient des réponses. Je sentais au fond de moi qu’il y avait un moyen pour qu’un jour, je sois un véritable écrivain. Ce serait quelque chose de très satisfaisant. Quelque chose dont je serais fière.
Aujourd’hui, je suis fière d’être arrivée au bout du challenge de 30 jours d’écriture, et surtout, je suis contente de l’avoir fait. Je me suis amusée à glisser d’un monde à l’autre, d’une peau à l’autre, d’une situation à l’autre, dans le tragique, dans le comique, dans le banal et dans le magique. Ecrire m’a amenée dans des ailleurs que j’ai découverts au fur et à mesure des mots sur le clavier. C’est ça que j’aime et qui fait que quoi qu’il arrive, je finis toujours par revenir à l’écriture. C’est mon art de prédilection, ma fenêtre sur l’ailleurs, ma boite à outil pour ouvrir le capot du monde et en défaire les pièces pour les examiner une par une.
Je ne sais pas si je suis un écrivain, si je l’ai été ou si je le serai un jour. Mais je suis définitivement quelqu’un qui écrit.
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Le médaillon
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 29 aoĂ»tÂ
Thème : derrière la porte/sérénité
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Derrière cette porte se trouve le trésor. Tu en es sûre. Sûre et certaine.
D’accord, tu en étais aussi sûre à la porte d’avant, et à celle d’encore avant. Tout ce que ça t’a amené, ce sont des monstres, des pièges et des ennuis. Mais il y a un trésor dans ce palais, tu le sais, tu le sens. L’appel de l’or fait presque trembler tes os. Tu ne peux tout simplement pas résister.
Maintenant, ouvre cette dernière porte…
Ouvre la porte.
Allons, ouvre la porte, on n’a pas toute la journée ! Qu’est-ce que tu attends, à la fin ? Oui, je sais, il est beau, le jardin. Quelqu’un s’est donné du mal pour ça, et j’avoue que moi-même j’adorerai m’y promener. Mais moi, je suis l’esprit prisonnier d’un médaillon maudit, donc ça fait bien longtemps que je ne me promène plus nulle part, et toi, tu es une aventurière en plein pillage, tu n’es pas là pour profiter du jardin. On se concentre. Tu veux ouvrir cette porte. Derrière cette porte se trouve le trésor. Tu en es sûre…
J’ai l’impression que tu ne m’écoutes pas du tout, en fait.
Enfin, je sais que tu ne m’entends pas, mais normalement tu m’écoutes ! Je suis la petite voix au fond de ta tête, celle qui te guide, ta précieuse intuition ! Et j’ai dit ou-vre-la-por-te ! Pas va dans le jardin ! La porte !
Et merde.
Nous voilà dans l’herbe, sous un arbre, dans le murmure du vent et des fontaines, au milieu des fruits et des fleurs. Et je sens la sérénité du lieu t’envahir peu à peu. Résiste ! C’est un piège ! Ils tentent d’endormir ta vigilance ! Ces parfums sont trop parfaits ! Cette herbe est trop douce ! Surtout ne t’endors pas ! Ne t’endors…
Et tu dors.
Bien. Bien bien bien bien. Parfait, même. Après tout, ce n’est pas comme si j’avais un timing. Des objectifs. Un puits maléfique dans lequel je dois te faire tomber comme tous tes prédecesseurs. Mais non, mademoiselle avait envie d’une petite sieste sous les arbres, c’est juste ro-yal. Le Seigneur des Ténèbres va me faire la peau, mais tout va bien. Tu sais qu’il y a pire comme sort que d’être un médaillon maudit, n’est-ce pas ? Certains d’entre nous n’ont aucune envie de finir dans un anneau jeté à la mer et gobé par un poisson pendant des siècles ! Alors on se remue !
Et comment je peux faire pour te réveiller ? Je n’ai jamais fait face à ce cas de figure, moi ! D’habitude l’appel de l’or suffit ! On ne peut vraiment plus compter sur personne de nos jours.
Bon. Je n’ai plus qu’à attendre.
Tout, dans ce jardin, est une invitation à la sérénité. Au calme. A la paix…
Quand je tiendrais le con qui a mis ce putain de jardin à portée de fenetre de mon meilleur piège, je te jure qu’il va passer un sale quart d’heure.
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La disparition
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 28 aoĂ»tÂ
Thème : crush/dans les brumes
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Mon cœur est broyé. Mon esprit envolé.
Quelque part dans les brumes, quelqu’un s’éloigne et ne me cherche pas.
Il faudrait qu’on me ramène. Je ne comprends pas ce qui se passe. J’ai si peur et je suis si triste. Ça ne devrait pas arriver ! Je devais…
J’ai des fleurs à la main. Je devais les offrir à quelqu’un. Quelqu’un de très important. La personne la plus importante du monde.
Je ne me rappelle ni son nom, ni son visage.
Je regarde tout autour de moi. C’est comme si les brumes s’envolaient peu à peu. Les rayons du soleil touchent le sol les uns après les autres, jusqu’à ce que la rue soit complètement baignée de lumière. A nouveau. Elle était déjà comme ça quand je suis arrivé, non ?
Toutes les brumes se sont dissipées et je retrouve à peu près mes esprits. Qu’est-ce qui m’a pris de venir ici avec ces fleurs ? C’est ça qui m’agace. Je n’arrive pas du tout à mettre le doigt dessus…
Et ça me rend triste. Beaucoup trop triste pour un détail aussi insignifiant. Je ne sais pas ce que j’ai aujourd’hui. Comme si j’étais hanté. Non, comme si j’aurais dû être hanté. Et qu’à la place, je suis désespérément seul.
Je me reprends et me redresse. Le soleil brille, la vie est belle, je peux reprendre ma route.
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Les bonnes réponses
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 27 aoĂ»tÂ
Thème : constellation/dans la vastitude
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« Regarde ! Elles sont magnifiques, non ?
Je regarde le ciel et les quelques étoiles que j’arrive à distinguer malgré les lumières de la ville. Oui, c’est sûr qu’elles sont jolies. C’est toujours joli, les étoiles.
Ceci dit, ça reste une dizaine de points blancs sur un fond noir. Ce n’est pas seulement la ville qui fait ça, c’est aussi ma myopie. Plus j’avance en âge et moins je vois d’étoiles. C’est triste. Surtout quand je regarde des photos de la voie lactées prises par des appareils bien plus performants que mes pauvres yeux. Je sais que je manque quelque chose.
Mais bon. C’est un premier rendez-vous, je sais quoi répondre quand une fille me demande si quoi que ce soit est magnifique :
― Oui, elles sont vraiment extraordinaires.
L’ambiance, c’est important. Et vu le sourire qu’elle me décroche, c’était la bonne réponse. Elle ajoute :
― Tu savais qu’il y a une constellation en plus des douze signes du zodiac ? Le serpentaire. Ils ne la comptent pas en astrologie parce que ça ne permet pas d’avoir un partage égal des signes dans l’année, mais elle existe, et ceux qui s’y connaissent vraiment en tiennent compte. Comme un signe caché. C’est fou, non ?
De l’astrologie ? Au secours. On va rester safe :
― Ah, non, je ne savais pas.
― Toi tu es Balance, c’est ça ?
Non, mais beaucoup trop de filles m’ont fait des remarques sur mon caractère de Scorpion, donc j’ai choisi le signe le plus neutre et équilibré que j’ai trouvé dans les descriptifs et j’ai changé ma date de naissance sur le site. Sauf que j’ai oublié ma fausse date de naissance et je sens que cette conversation prend une pente glissante, alors on va changer de sujet.
Je réponds avec le « hum hum » de quelqu’un qui ne se mouille pas et je fais comme si j’étais perdu dans la contemplation du ciel, avant de dire d’une voix pénétrée :
― Tu ne t’es jamais sentie toute petite face au cosmos ? Comme si on était perdu dans la vastitude de l’univers ?
J’attends un peu. J’espère que ce n’était pas trop bateau…
Puis je sens une main se glisser sous mon bras et une tête s’appuyer sur mon épaule. Bingo.
Elle répond :
― Si, parfois. Mais je me dis qu’il y a forcément d’autres êtres quelque part qui vivent la même chose et se posent les mêmes questions, et je me sens connectée à eux, d’une certaine façon.
On se sourit. A ce stade, les mots n’ont plus vraiment d’importance. On débattra réellement de la vie extraterrestre et du fait que ce sont sans doute à 99% des bactéries plus tard, quand on se connaitra mieux. Pour l’instant, il faut saupoudrer le moment de magie. On joue chacun notre role, on donne les bonnes répliques, et tout ira bien.
Je me penche pour l’embrasser, et la magie opère.
C’est absolument parfait comme ça.
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Insomnies
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 26 aoĂ»tÂ
Thème : économie/Dialogue avec son ombre (votre ombre prend forme et voix, elle a deux-trois choses à voir avec vous)
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Je vais cliquer sur le bouton « Finaliser votre commande » quand j’entends une voix impérieuse gronder :
« Ah, non ! Lâche cette souris et éteins ça tout de suite !
Je fais un bond et me retourne en panique. Il est trois heures du matin, je suis dans mon lit, seule dans la maison, et on me parle !
Mais je ne vois personne. Fébrilement, j’allume la grande lumière de la chambre – ma petite lampe de chevet me suffisait jusqu’ici – et j’attrape le premier objet lourd qui me tombe sous la main, une petite statuette de chouette qui va me servir d’arme improvisée si j’en ai besoin.
Sur mon lit, ma chienne me regarde comme si j’étais devenue folle. Etrangement, c’est ça qui me calme. Si quelqu’un était entré, Miss Choo aurait aboyé comme une perdue : elle n’a peut-être pas la machoire qu’il faut pour assurer comme chien de garde – à la limite, elle peut croquer un doigt si l’intrus se baisse assez – mais c’est un système d’alarme hors pair, toujours prête à m’alerter du moindre danger tels que les passants, les chats et les feuilles mortes qui tombent sur la terrasse en faisant une ombre bizarre.
Non, c’est moi, j’ai dû rêver. J’ai pris un somnifère assez puissant, mais mes insomnies persistent, ça peut faire des mélanges très bizarres, on dort en croyant être éveillé ou inversement…
Inversement, ça s’appelle une hallucination et je n’en suis pas encore là , merci bien, donc non, pas inversement. J’ai juste dû m’endormir sans m’en apercevoir et continuer ce que je faisais dans le rêve.
En tout cas là , avec l’adrénaline, je suis très réveillée, donc autant vérifier où j’en étais. J’ouvre l’ordinateur et voit ma commande, prête à être envoyée, exactement comme dans mon rêve. Un micro-sommeil ?
La même voix insiste :
― Eteins ça, je te dis ! Sinon demain, tu le regretteras !
Je dors éveillée. C’est la seule explication valable. Parce que la voix vient de ma propre ombre, sur le mur, mon ombre qui ne suit pas du tout docilement ce que je suis en train de faire, et qui au contraire m’explique la vie avec de grands gestes :
― Oui, t’es dépressive et shootée jusqu’aux yeux, mais je te rappelle que le but des médicaments c’est de t’en sortir ! Et là , compenser les insomnies en achetant n’importe quoi, c’est un mécanisme auto-destructeur ! Parce que comment tu vas te sentir demain matin ?
Folle. Je suis en train discuter avec mon ombre à trois heures du matin, je vais sentir que je suis définitivement devenue folle. Mais l’ombre me pointe du doigt avec autorité et, docilement, je réponds :
― Mal. Parce que j’ai encore craquée.
― Voilà  ! Tu es déjà dans le rouge, tu es en train d’accumuler les problèmes et de passer en revue les crédits à la consommation, tu vois bien que ça ne va pas ! Toutes tes économies ont disparus ! Tu te souviens comme tu avais bossé dur pour les faire ?
Oui, je me souviens. Toutes les heures passées au travail, ou à tout faire à la maison pour dépenser le moins possible. Je m’étais donné tellement de mal pour pouvoir offrir plus tard à mes enfants la meilleure vie possible.
Mais les enfants sont grands maintenant et ils n’ont plus besoin de moi. A quoi sert l’argent si on ne le dépense pas ?
― C’est bon, je fais ce que j’ai envie, et ça me fait plaisir d’acheter ces chaussures !
― Et tu les mettras, peut-être ? Ou elles vont rejoindre la pile de la honte ?
Je referme la bouche d’un coup sec. Je déteste cette conversation.
Oui, j’aime acheter en ligne, surtout quand je ne dors pas au milieu de la nuit et que les idées noires tournent en boucle. Ça me fait penser à autre chose. Le petit boost de dopamine qui me manque. L’excitation de m’offrir un cadeau à moi-même, de me dire que je l’ai bien mérité. Et le plaisir de recevoir le colis. Tout ça m’aide à tenir.
Mais ensuite, il y a la pile de la honte. L’endroit où j’accumule toutes ces chaussures, ces vêtements, ces bijoux que je ne mets qu’une fois, ou pas du tout. J’attends un certain temps, et ensuite je les revends sur Vinted, pour le tiers ou le quart du prix, encore dans leur emballage neuf la plupart du temps. De l’argent gaché pour le plaisir éphémère de recevoir un cadeau. Une récompense. Une félicitation que j’ai trop longtemps attendue et qui n’est jamais venue.
Je sais tout ça. Je n’arrive juste pas à vivre sans. J’ai déjà pris tout ce que je pouvais prendre pour me sentir mieux, pour avoir moins envie de me faire disparaître. Et ça m’a conduit là , à discuter avec mon ombre sur le mur à trois heures du matin.
Je gratouille les oreilles de Miss Choo qui se rendort avec un baillement. Tu as tellement raison, ma belle. La vie de chien, c’est le top.
Je murmure :
― Qu’est-ce que je peux faire d’autre ? Je ne dors pas.
― Eteint l’ordinateur. Je t’en supplie. Protège-toi.
― Et après ?
― Et après, tu vas te poser au canapé avec Miss Chouchou, sous le plaid, et tu regardes des documentaires jusqu’à ce que l’envie passe, ou que la journée commence.
Je souris en entendant le surnom de ma chienne. C’est comme ça que je l’appelle. C’est ma voix. C’est moi, là , sur le mur, en train de prendre soin de moi. Et d’être méchante en même temps.
― Punie et va au coin, pas vrai ?
― Tu sais ce qu’il faut faire. Tu finiras par dormir. Et demain matin, tu te réveilleras fière de toi.
― C’est une promesse ?
― Croix de bois, croix de fer.
Je sais je sais je sais qu’elle a raison. Je n’ai pas envie qu’elle ait raison. Mais je sais qu’elle a raison.
Alors je ferme l’ordinateur, j’attrape la petite chouchou qui ne comprend pas ce qui se passe mais se laisse faire, toujours partante tant qu’elle est avec moi, et on va se poser devant la télé en attendant que le sommeil daigne se montrer.
Et dans les reflets dansants de l’écran je vois mon ombre onduler, m’accompagnant comme toujours et pour toujours, et avant que le rêve ne me bascule dans un véritable sommeil, je l’entends me murmurer :
― Je suis fière de toi »
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L'Ĺ’il
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 25 aoĂ»tÂ
Thème : astronomie/miroir fumant
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L’Œil est sur nous depuis des jours. Un immense œil d’or flottant dans le ciel, loin parmi les étoiles. Impossible pour le commun des mortels de le distinguer à l’œil nu. Mais nous savons qu’il est là . Et qu’il nous voit.
Nul ne sait quelle créature maudite l’a enfanté. L’œil est unique ; il n’a pas de bras, pas de bouche, pas de moyens de voler ni de survivre. Jadem, l’Archimage, dit qu’il se nourrit de la lumière de son étoile. A ce jour, personne n’en a vu d’autres comme lui. Mais il pourrait y en avoir d’autres, dit le Conseil des Sages. Si chaque Œil d’Or regarde dans une direction différente, nous ne pouvons pas les distinguer. Nous ne savons voir que celui qui nous vise directement.
Depuis que nous avons découvert l’existence de l’Œil, Jadem passe toutes ses nuits à scruter le ciel grâce à son miroir magique, et toutes ses journées perdus dans ses calculs arcaniques. Ce qui veut dire que c’est sur moi que reposent les tâches courantes, alors que je n’ai jamais été aussi mauvais. Comme si la présence permanente d’un spectacteur cosmique m’empêchait de me concentrer correctement.
J’ai pris l’habitude d’activer mon propre miroir à l’abri des regards. Je ne peux plus supporter d’être vu alors que je peine à activer un sort que je connais depuis mon enfance. Ça ne fait que renforcer mon angoisse.
Aujourd’hui, je survole l’archipel du sud à la recherche d’une tempete en train de se former en mer. Si elle évolue en cyclone, je devrais immédiatement donner l’alerte pour que tout le monde se barricade. Mais elle semble glisser bien plus loin sur les mers, loin en tout cas des zones habitées. Parfait. Il faudra que je garde un œil régulièrement, mais pour l’instant, pas besoin d’appeler les mages locaux. A présent, un petit examen des champs de la Nistrie. Le temps a été chaud ces derniers mois, et la pluie ne semble pas au rendez-vous. Ces blés d’un jaune d’or ont peut-être mûris trop vite… Le jaune d’or me fait penser à l’Œil. Rien qu’un instant, moins d’une seconde, mais ça suffit pour que ma pensée dérape, regarde le sol et le ciel tout à la fois, et… Bang. Avec un grondement sourd, mon miroir se craquelle et s’empli de fumée. Je suis horrifié. Je n’avais pas cassé de miroir depuis mes années d’apprentissage, c’est une erreur de débutant ! Ça ne peut être que la faute de l’Œil. Nous ignorons ses intentions mais nous en constatons les effets jour après jour, et ils sont néfastes ! Jadem a réussi à convoquer son nom dans une vision : James Webb. S’il a un nom, il a forcément un esprit, et s’il a un esprit, nous pouvons le comprendre, découvrir ses plans et les déjouer ! C’est décidé. A partir de ce soir, je vais unir mes forces avec celles de Jadem pour porter un coup définitif à cette créature. Alors seulement nous pourrons retrouver la paix !
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Lila
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 24 aoĂ»tÂ
Thème : le téléphone sonne/vertige
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Le téléphone sonne et je l’attrape sans y penser, les yeux toujours fixés sur mon écran d’ordinateur, ma tasse de café à la main. Sans doute un démarcheur ou que sais-je. A ce stade, je vérifie vraiment par acquis de conscience, parce que basiquement personne ne m’appelle. On m’écrit ou on m’ignore. C’est comme ça qu’on communique en 2025.
Je me fige en voyant le nom qui s’affiche à l’écran.
Lila.
Je sens mon cœur s’emballer. Dans le même temps tout mon sang quitte ma tête pour redescendre soutenir mes entrailles brutalement nouées. Un vertige m’enveloppe et me fait tourner la tête si vite que je pourrais en vomir. Ce n’est même pas de la terreur, c’est une impossibilité cosmique qui s’impose à moi, et la seule réaction que je peux avoir est de me tétaniser.
Le téléphone continue de sonner.
Je ne peux pas répondre.
Je ne peux pas ne pas répondre.
Je le regretterai jusqu’à la fin de ma vie si je ne répond pas.
J’appuie sur le vert.
« Allo ? » dit le téléphone.
La voix est masculine. Pas Lila. Vraiment pas.
Hésitante, aussi, la voix. Grave, qui pourrait être forte, mais qui ne sait pas trop quoi faire, quoi dire.
HonnĂŞtement, moi non.
« Allo ? » répète la voix qui n’est pas la voix de Lila du tout, mais celle d’un homme qui a l’air encore plus perdu que moi. Maladroit. En train de se demander s’il ne commet pas une énorme erreur et prêt à raccrocher à tout moment.
C’est ça qui me décide à enfin parler à mon tour :
― Allo.
Je tremble. Je veux savoir ce qui se passe mais je ne peux pas poser de questions.
Je repose délicatement ma tasse sur le bureau et j’attends.
Toujours hésitante, la voix continue :
― Oui, bonjour, je vous appelle parce que vous avez laissé plusieurs messages sur mon répondeur, et… je crois que vous vous addressez à l’ancienne propriétaire de ce numéro. Donc je voulais vous prévenir que maintenant il a été attribué à quelqu’un d’autre. A moi, du coup. Voilà .
VoilĂ .
Mystère résolu. Lila n’est pas revenue d’entre les morts pour m’appeler. Et appeler son ancien numéro n’est plus ma bouée de sauvetage quand la tristesse m’envahi et que je ne tiens vraiment plus. Il y a quelqu’un d’autre au bout du fil maintenant.
Mon dernier lien avec elle est rompu. Ce fil s’est brisé.
Un fil. Un coup de fil. J’ai un demi-rire au milieu des sanglots qui commencent à monter.
La voix ajoute, inquiète :
― Je suis désolé… j’ai pensé que c’était mieux d’appeler que d’envoyer un sms, parce que ça avait l’air d’être une… relation importante.
― Oui.
J’arrive péniblement à balbutier quelques mots. Peu à peu, le vertige se calme, remplacé par la glace transperçante de la douleur, que je connais si bien.
― Oui, c’était… quelqu’un de très important. Très… je savais que… je pensais que personne n’entendrait… c’était juste…
― Je suis vraiment désolé… J’ai été un peu surpris par les messages, mais c’est ce que je me suis dis, que c’était plutôt des messages en souvenir de quelqu’un, donc… enfin voilà , ça me semblait mieux de le dire en personne. Encore désolé.
― Vous avez bien fait.
C’est vrai. Il a bien fait. Même si j’ai failli faire un malaise en voyant le numéro s’afficher. Recevoir seulement un message écrit aurait été bien trop dur, bien trop froid. Je murmure :
― Merci. C’est… c’est gentil.
― C’est normal. J’espère que ça va aller. Encore désolé.
― Non, c’est bon. Je… c’est moi. Je n’ai pas… Je ne pensais pas que… Mais ça va aller. Ne vous en faites pas. Ça va aller.
― Ok. Alors, heu… Bonne journée. Et bon courage.
― Merci. Vous aussi. »
Je ne sais pas trop ce que je lui souhaite. Je n’ai juste rien de plus à dire et pas la force de me concentrer sur quelqu’un d’autre. Le point important c’est que c’est fini.
Lila est morte et tout le reste est fini.
Je retourne le téléphone, face contre le bureau. Je n’ai plus envie de le voir.
Je reviens vers mon écran, mon café, et ma vie.
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Souvenir
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 23 aoĂ»tÂ
Thème : odeur de lessive/danser
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Le linge danse au vent, nimbé de soleil, répandant autour de lui une odeur douce de lessive. Et tout me revient.
Les étés de l’enfance. Ma grand-mère qui sortait avec son seau en plastique plein de linge tout juste sorti de la machine. Il y avait trois fils de fer fixés sur un des cotés de la maison, devant le mur de crépi blanc, coté soleil, mais pas coté jardin – la table pour manger dehors était à l’ombre des arbres et de la maison, pour pouvoir en profiter l’été. Elle sortait chaque vêtement et le secouait énergiquement avant de l’accrocher au fil avec les pinces.
Moi, je l’aidais parfois – je ne sais même plus si je proposais naturellement ou si elle devait me le demander. Il fallait étendre les bras en hauteur et ne pas se rater, si ça tombait par terre dans les herbes sèches, il faudrait enlever ces satanées graines une par une, trop ravies d’avoir trouvé quelque chose auquel s’accrocher. On entendait les cigales s’emballer dans la chaleur. La fraicheur du linge mouillé faisait du bien, apaisait la morsure du soleil.
Puis le seau était vide et on rentrait. C’était l’heure de la sieste, tous les volets fermés pour garder un peu de fraicheur dans la maison. L’heure où les adultes restaient dans leur chambre et où les enfants pouvaient faire ce qu’ils voulaient du moment que c’était sans bruit. Et ma grand-mère qui parlait toujours d’aller s’allonger cinq minutes et qui ne le faisait jamais, en train de laver, ranger, essuyer, préparer… Elle n’a jamais appris à se reposer.
Trente ans plus tard, elle ne sait toujours pas. Elle dit qu’elle fait attention. Qu’elle fait doucement. Et c’est vrai qu’elle va moins vite, elle bouge le balai avec une délicatesse qu’elle n’avait pas dans mon enfance. Mais pas question de le lui enlever des mains.
Et peut-être qu’elle a étendu un tee-shirt le temps que j’en fasse trois, maintenant que je suis grande et que l’étendoir est à ma hauteur. Mais ça ne l’empêche pas de m’expliquer encore comment faire pour ne pas faire de pli. Je me demande si elle aussi s’en souvient, sur les milliers de milliers de lessives qu’elle a pu faire dans sa vie, de celles qu’on a étendues ensemble, pendant tous ces étés. Quand elle laissait le linge danser au vent avec la satisfaction du travail bien fait, sans prendre le temps de le regarder, parce qu’il y avait tout le reste à faire, et que je devais courir pour la rattraper.
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Les petites choses
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 22 aoĂ»tÂ
Thème : appartements voisins/carte postale
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J’ai reçu une carte postale. Ça fait plaisir, sauf que clairement, elle n’est pas pour moi. Déjà , je ne connais aucun « Michou et Véro », comme a été signé le petit message. Ensuite, je ne connais personne qui serait parti au Grau-du-Roi et aurait très envie de me faire savoir qu’il fait beau et que l’apéro coule à flot. Bon, je suis content pour eux, hein, mais ce n’est pas vraiment le genre d’information qui me parait nécessiter une carte. Jolie carte, ceci dit. Je ne connaissais pas l’existence de cet endroit, mais ça a l’air sympa.
Le nom de la personne à qui ils l’envoyaient est illisible, mais l’adresse est bonne, ça doit être à un voisin. Pendant un instant, j’hésite à mettre la carte dans une des autres boites aux lettres de l’immeuble, au hasard – tôt ou tard, elle finira bien par retrouver son destinataire. En même temps, on est un tout petit immeuble, il y a huit appartements en tout, je peux faire l’effort de toquer à quelques portes pour retrouver à qui est réellement destinée la carte.
Et puis, ils mettent deux fois « on pense bien à toi » sur leur carte postale. Ça sent le destinataire qui ne respire pas la joie de vivre en ce moment.
Je toque. Rez-de-chaussé droite, personne. Rez-de-chaussée gauche, une vieille dame qui met un temps fou à comprendre ce que je lui veux, mais une fois que le mystère est éclairci, elle est sûre que je peux aller directement au troisième gauche. Donc je tente.
Il est là et quand il m’ouvre, je me souviens l’avoir déjà croisé dans l’immeuble. Entre deux âges, le visage fermé, le regard sombre. Poli, mais pas le genre de voisin à qui on a envie de demander du sel. Il m’accueille avec un « Oui ? Qu’est-ce que vous voulez ? » assez bourru pour me donner envie de laisser tomber et dire que c’est une erreur, mais bon, maintenant je suis là , pas vrai ? Je lui tends la carte postale en répondant :
― On a mis ça par erreur dans ma boite aux lettres, vous savez à qui c’est adressé ?
― Fais voir.
Il m’arrache la carte des mains et commence à la lire, sourcils froncés. Ok, charmant. Entre ça et le tutoiement, je vais définitivement me tirer – je suis encore étudiant, mais je suis majeur et vacciné, merci bien, et ce n’est pas mon job de distribuer le courrier à des ours mal léchés, donc un peu de respect serait le minimum à avoir.
Puis je vois son visage s’éclairer, tous les traits s’adoucir jusqu’à former un début de sourire. A croire que c’est la plus belle nouvelle du monde, de savoir que l’apéro coule à flots au Grau-du-Roi.
Il se rappelle ensuite de mon existence et me dit :
― Ah, merci beaucoup. Oui, c’est pour moi… C’est des amis. Ils nous écrivent tous les ans, et… Là , je viens d’emménager, je pensais pas qu’ils l’enverraient à ma nouvelle adresse, et… Enfin, on s’en fout. Merci en tout cas, c’est gentil d’avoir pris la peine de me l’amener.
― Oh, c’est rien. C’est normal, entre voisins.
― Ouais, enfin c’est pas tout le monde qui se donne la peine, donc… Ecoute, à charge de revanche, si un jour tu as besoin de quelque chose.
Je hoche la tête. Ça m’étonnerait que je lui demande un jour quelque chose, mais sait-on jamais. J’essaye de deviner ce qui a causé cette transformation. Il est passé du « nous écrivent » à « mon adresse ». C’est peut-être ça le truc. Il est touché de voir que maintenant qu’il n’est plus la moitié d’un tout, il reste un ami, lui tout seul.
Je n’ose pas lui poser la question. Il s’est peut-être passé quelque chose de terrible dans sa vie pour qu’il tire tout le temps la gueule comme ça. Et s’il me répond que ça ne me regarde pas ? Ou pire, s’il me raconte une histoire horrible et que je ne sais pas comment réagir ?
C’est bon, j’ai fais ma BA, il est content, donc je réponds simplement :
― Pas de soucis. Je suis content que ça vous fasse plaisir. Bonne journée.
― Bonne journée »
Je le laisse avec sa carte. Peut-être qu’un jour j’en saurais plus sur son histoire. Peut-être pas. Mais je me souviendrais qu’il est capable de sourire.
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Une cuillère pour maman
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 21 aoĂ»tÂ
Thème : cuillère/tendresse
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La nuit est froide et claire, parcourue d’un vent glacé qui chasse au loin les nuages. La lune brille dans le ciel. Mais elle ne pourra pas guider mes pas jusqu’au bout. J’allume ma lanterne quand j’arrive à la lisière des bois.
Les hululements de chouettes et les bruissements de vie autour de moi sont familiers, rassurants même. Ils indiquent qu’aucun grand prédateur ne traine dans les environs. Les animaux ne fuient pas mon approche non plus. Mon pas est trop léger pour leur faire peur, même ce soir où je me presse, poussée par l’angoisse.
La potion n’était pas donnée, mais si elle fait effet, elle vaudra largement son prix.
Je sens le marais bien avant de distinguer les reflets de l’eau. Je connais des chemins sûrs dans le sol spongieux, de quoi éviter de marcher dans l’eau putride et pleine de sangsues. La nuit, tout est plus risqué, mais au moins je sais que je ne vais pas de faire de mauvaise rencontre. Par exemple, un voisin indélicat. Si quelqu’un savait ce que je viens faire ici… Non, ils ne comprendraient pas. Personne ne peut comprendre.
Sa tanière est au cœur du marécage, et dans son état il y est sans doute tapi. Une fois arrivée je signale ma présence avec un sifflement, pour ne pas lui faire peur. Je le connais depuis tout petit, mais il est vulnérable avec la maladie et pourrait vite se sentir en danger. Un coup de tentacule ou un jet d’épine est vite arrivé.
Il me reconnaît et laisse échapper un soupir misérable tout en tendant la tête hors de son trou. Je tends la main et caresse doucement ses écailles.
Il est toujours brûlant. Le maléfice ne l’a pas raté.
Je débouche la potion et sors une cuillère.
« Allez, bois ça, mon grand… ça devrait te purifier.
Avec un râle outré, il détourne la tête. J’insiste :
― Oui, je sais que ça sent la bénédiction, qu’est-ce que tu crois ? Ça va faire un peu mal, mais tu en as besoin ! C’est un sortilège très puissant qui t’a frappé !
Je ne suis pas sûre qu’il me comprenne, mais au moins autant qu’il sente au son de ma voix que je suis sûre de moi. D’après le mage, il lui faudra au moins trois cuillères de potion, à renouveler au bout de six heures. Je suis bonne pour passer la nuit ici. Et encore, s’il coopère.
― Oui, ouvre la bouche, il faut boire… Allez… une cuillère pour maman…
Ses dents fines comme des aiguilles s’entrouvent à peine assez pour que je glisse le bout de la cuillère et que je verse le liquide. Un nouveau râle indigné retentit. C’est sans doute aussi mauvais que ça en avait l’air.
Je prends le temps de le caresser et de l’encourager. Mon brave grand monstre des marais. Ça me fend le cœur de le voir dans cet état.
― Tout va bien… Tout va bien… »
Peu à peu, il se calme. Mais garde la bouche farouchement fermée. Ses grands yeux globuleux m’indiquent fermement qu’une fois, ça suffit.
Je soupire. La nuit va vraiment ĂŞtre longue.
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Parfaite
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 20 aoĂ»tÂ
Thème : aujourd’hui j’ai vu/peinture à l’huile
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Aujourd’hui, j’ai vu une vieille peinture à l’huile à la brocante. Et je l’ai achetée.
C’est seulement après coup, quand le vendeur l’a emballée dans un papier protecteur, que je me suis demandé pourquoi j’avais fait ça.
Je veux dire, il y en a des milliers, de vieilles croûtes, dans les brocantes. C’est pratiquement leur habitat naturel. Là -bas et chez les personnes âgées, et elles passent de l’un à l’autre sans s’arrêter par ma maison, en temps normal. Qu’est-ce qui m’a pris de m’arrêter à ce stand ? Et pire encore, d’acheter de la décoration sans réfléchir ?
Ce n’est pas mon genre d’être aussi impulsif, surtout en ce qui concerne mon chez-moi. Je vis dans un appartement minimaliste, et c’est volontaire. Les quelques touches de couleur sont très soigneusement choisies et installées à des endroits stratégiques pour un maximum d’effet. Où est-ce que je vais bien pouvoir la mettre, cette toile ?
D’ailleurs, pendant que je repars avec mon achat sous le bras, j’ai déjà du mal à me rappeler ce qu’elle représente. Ou même quelle est sa couleur dominante. Elle avait un thème, ça c’est certain. Ce n’était pas abstrait. Mais c’était quoi au juste ? Un personnage, un paysage, une nature morte ? J’en garde la vague idée de quelque chose de maritime… Ce qui est ridicule. Jamais ça ne pourra aller avec le reste de mon salon !
Ce trou de mémoire ridicule m’agace de plus en plus et je finis par m’arrêter dans une rue tranquille avant d’arriver à la maison. Il y a bien dû avoir quelque chose, sur cette toile, pour me convaincre de l’acheter ! Je la pose au sol, contre un immeuble, et entrouve délicatement le papier.
Au premier coup d’œil, je me rappelle de tout.
C’est une peinture de sirène. Bien sûr. Comment ai-je pu oublier ? Elle ressemble à l’amour de ma vie. A tous les amours de ma vie. Tous à la fois. Elle est absolument parfaite, et pouvoir la contempler chaque jour me comblera de joie, c’est certain. Oui. Parfaite…
Le doute me reprend dès que je referme le papier.
Mais non. Je l’ai achetée, je l’ai même re-vérifiée, elle a vraiment quelque chose de particulier, cette peinture. Même si je n’arrive plus à mettre le doigt dessus exactement.
Je me débrouillerai bien pour lui trouver une petite place quelque part.
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Le Plus Gros Fruit Que Le Monde Ait Connu
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 19 aoĂ»tÂ
Thème : éveil/donner un nom à un arbre
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Une fée, ça nait dans une fleur.
Celle-ci s’est éveillée dans le tronc d’un arbre. Un vieux hêtre, tordu et plein de mousse. Son tronc est noueux, troué, un havre pour tous les petits animaux qui se cherchent un abri moelleux dans la forêt.
La fée prend le temps de se glisser hors du tronc et de grimper le long de son écorce avant de déployer délicatement ses ailes, les faisant sécher au soleil. Elle qui vient à peine de naitre ne sait rien du monde ni de la magie, mais son instinct lui dit que quelque chose est étrange ici. Elle est bien plus grande qu’elle n’aurait dû. Plus puissante aussi. Et définitivement plus verte.
Elle ne sait pas exactement ce qu’elle aurait dû être, mais elle sait qu’elle ne l’est pas.
Enfin, peu importe. A pas délicats elle avance sur une branche et s’installe confortablement parmi les feuilles. Encore un peu de soleil, c’est si bon.
Sa longue langue creuse se déroule et va s’enfoncer dans les bourgeons tendres pour pomper un peu de sève. Pas mauvais. Mais encore une fois, ce n’est pas exactement comme ça que ça aurait dû se passer. Déjà , tout ceci manque de sucre. Ensuite, se nourrir n’est pas assez facile. Elle met du temps avant de se caler correctement l’estomac. Ensuite seulement elle prend le temps de vraiment regarder son environnement.
A présent qu’elle est éveillée, elle ne se rendormira plus jamais. Elle veillera sur sa fleur jusqu’à ce qu’elle fane, puis en créera un fruit, avant de faner à son tour. Sauf que cette fleur là , c’est un arbre. Autant dire qu’à l’échelle des fées, c’est une fleur absolument gigantesque, même pour une fée d’une taille plus que généreuse. En faire un fruit va demander un travail colossal.
La fée tapote l’écorce de sa nouvelle maison. Ce n’est pas grave si c’est long. Au contraire, passer plus de temps ensemble sera très agréable. Cet arbre lui plait beaucoup.
Elle lui annonce : « Tu vas t’appeler Le Plus Gros Fruit Que Le Monde Ait Connu !»
Le hêtre ne répond pas.
Elle prend ça pour un oui et se met à l’ouvrage.
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Perspectives
DĂ©fi d’écriture 30 jours pour Ă©crire, 18 aoĂ»tÂ
Thème : les extraterrestres/les murs      Â
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J’avance lentement dans le couloir, marquant discrètement mon passage par une rainure de l’ongle du pouce dans l’épaisse tapisserie des murs. Vu de l’extérieur, on croirait que j’effleure simplement le mur comme pour mieux me guider. Enfin je l’espère.
Le labyrinthe est changeant. Ça, j’en suis persuadé. Mais la façon dont il change doit avoir une logique. Une fois que je l’aurais appréhendée, je pourrais…
La perspective de mon évasion est presque douloureuse à ce stade.
J’ignore pourquoi je suis ici. J’ignore ce qu’est cet endroit. J’ignore s’il a une fin. J’ignore ce qu’il y a au-delà .
Tout ce que je sais, c’est que je suis seule, et que je refuse de rester ici.
Il y a pourtant tout ce qu’il faut. Le labyrinthe est une sorte de grand manoir aux nombreux étages, rempli de pièces farfelues mais intéressantes reliées par d’immenses couloirs et des escaliers interminables. On y trouve tout ce qu’il faut pour vivre et même plus encore – des chambres, des salles de bain, des cuisines, des salons, des bibliothèques, des salles de jeu, des serres, des celliers, des greniers, des cabanes de jardin… Tout, sauf un sens à ce qui se passe.
Et les murs bougent. Je n’ai jamais réussi à les voir ni les entendre bouger, mais les pièces changent d’emplacement dès que je les quitte du regard, même lorsque je veille à laisser la porte ouverte.
Toutes mes tentatives pour décrypter le labyrinthe ont été effacées, que ce soit des flèches tracées au feutre, des signes gravées au couteau dans le platre, et tous les plans que j’ai tenté d’établir, même celui dessiné sur ma propre peau. Je trouve beaucoup de matériel ici, j’ai même trouvé un atelier d’artiste où j’ai récupéré flacon d’encre de chine dans mon immense besace. Mais tôt ou tard, il faut toujours que je finisse par dormir. Et à mon réveil, tout a disparu.
Je retente ma chance en misant sur la discretion. Je pense qu’un maitre du jeu sadique est à l’œuvre, guettant le moindre de mes mouvements. S’il ne se rend pas compte que je trace mon chemin, il n’effacera pas mes traces, n’est-ce pas ? Mes marques d’ongle sont si légères que j’ai moi-même du mal à repérer du bout des doigts l’infime infractuosité qu’elles laissent sur la tapisserie. Personne d’autre ne pourra s’en apercevoir, non ?
Je ne vais pas tarder à le savoir de toutes manières. Je n’ai pas croisé de cuisine ni de chambre depuis longtemps, mais j’arrive dans un salon gris où un canapé orné d’un plaid moelleux feront parfaitement l’affaire. Il est temps de faire étape. Je sors de mon sac ma gourde d’eau et le sandwich que je me suis fait dans la dernière cuisine, ainsi qu’une barre chocolatée protéinée trouvée dans une salle de gym – les protéines c’est bon pour les forces, et le chocolat c’est bon pour le moral. Une fois mon bivouac terminé, je m’allonge sur le canapé et me laisse couler dans le sommeil.
Au début, j’essayais de me cacher pour dormir. Je ne me sentais pas assez en sécurité, dans cet endroit inconnu et incompréhensible. Maintenant, j’ai presque envie que quelqu’un m’attaque. Au moins il y aurait quelqu’un. Et je garde un couteau de boucher sous mon oreiller.
Une fois de plus, la nuit a été paisible.
Au réveil, je me précipite dans le couloir. Il semble parfaitement identique à celui d’hier, mais ça ne veut rien dire. Je tâte le mur…
Rien. Il n’y a plus la moindre trace laissée par mes ongles.
Je me laisse tomber au sol.
Ce n’était pas volontaire. C’est juste arrivé. Comme si j’étais un pantin dont on avait coupé les fils. Comme si j’étais trop écrasée par la réalité pour tenir encore debout.
Je suis perdue. Encore.
Je laisse un hoquet m’échapper, moitié rire, moitié sanglot. Je pense que je perds la tête. C’est peut-être ça le but, non ? Me faire prisonnière pour mieux me regarder sombrer lentement dans la folie ?
Et bien qu’ils regardent ! Je laisse échapper un rire rauque, sombre et remplit de larmes autant que de libération. Qu’ils regardent et qu’ils écoutent ! C’est fait, je suis folle ! Vous m’avez brisée ! Vous êtes contents, au moins ? Contemplez votre œuvre et savourez !
Seul le silence me répond.
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J’ignore combien de temps a passé. Mais j’ai faim. Et soif.
Alors je repars.
La folie ne me sortira pas d’ici.
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Le scientifique zélien consulte les données vitales de l’humaine, très inquiet. Il ne sait plus quoi faire pour la satisfaire. Toutes les pièces de l’enclos sont strictement identiques aux logements de référence qui ont été soigneusement scannés sur Terre, toutes les dégradations qu’elle inflige aux murs sont méticuleusement réparées, elle n’est jamais en contact avec le moindre indice lui indiquant qu’elle n’est plus sur Terre… et pourtant, sa santé mentale ne cesse de se dégrader.
Il espérait qu’en modifiant régulièrement son environnement, ça lui donnerait assez de stimulation cognitive pour qu’elle accepte l’enfermement de l’enclos, mais non. En même temps, tous les humains qui ont été enfermés dans une structure fixe ont finit par trouver le dernier mur de leur enclos et se sont ruinés la santé pour le percer, donc ce n’est pas la solution non plus. Quand à les mettre en groupe, c’est pire encore : la moitié du temps ils s’entretuent, l’autre moitié ils mettent au point des moyens terriblement destructeurs de ruiner leur propre enclos.
Sauver l’espèce de l’extinction risque d’être plus compliqué que prévu.
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